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50 milliards : les non-dits du président François Hollande

2014 sera-t-elle l’année d’un réel tournant pour des réformes courageuses ou de la fuite en avant des annonces d’économies budgétaires non respectées et des déficits qui se creusent ? - Présidence de la République

Alléger les charges des entreprises et l’État trop lourd, trop lent, trop cher en accélérant les réformes, voilà ce qu’on peut retenir de la conférence de François Hollande. Sur les principes, rien à dire. Mais, sur la mise en œuvre, c’est autre chose.  

Premier objectif : la baisse des charges des entreprises et le fameux « pacte de responsabilité ».
Soit, baisser les charges des entreprises de 10 milliards de plus (en 2016) va dans le bon sens et remplacer l’usine à gaz du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – Ndlr) par une baisse franche et simple des charges aussi. À condition de ne pas se faire d’illusions sur l’impact sur l’emploi de cette mesure. À condition, aussi, que les partenaires sociaux se mettent d’accord sur le sujet et que le volet des contreparties soit rendu inoffensif et non contraignant (ex-CICE compris). Si les charges sur le travail sont trop élevées en France, pourquoi demander des contreparties, par ailleurs impossibles à définir au niveau de chaque entreprise ? Sachant au surplus que les impôts sur les entreprises ont augmenté de… 32 milliards d’euros entre 2010 et 2013 ?
Sur le volet des économies sur les dépenses publiques se pose la question de l’identification des 50 milliards annoncés.
Bon point : tous les acteurs publics seront concernés, l’État, la Sécurité sociale et les collectivités pour réaliser 4% d’économies sur les 1 200 milliards de dépenses publiques. Il aurait été de bon ton que le président fixe d’ores et déjà un cap avec un nombre de milliards de dépenses publiques maximal pour 2017. Par exemple un maximum de 1 200 milliards par an jusqu’à la fin du quinquennat (les projections du gouvernement sont à 1 269 milliards d’euros en 2017) serait déjà une annonce claire et compréhensible par tous.
Sur ces 50 milliards, tout est dans les non-dits.
En effet, comment imaginer que les fusions de communes, de départements et de régions vont générer des économies sans une baisse significative des effectifs locaux ? Observer une inflexion significative de la dépense locale, disons de 4%, suppose de ne pas renouveler de l’ordre de 240 000 postes dans la fonction publique locale d’ici à 2017 (5,7 milliards d’économies).
 

L’ÉDUCATION NATIONALE EN QUESTION

 
La piste d’inciter par un bonus-malus les regroupements de collectivités va dans le bon sens et pourrait être une des clefs de la baisse des dépenses locales, mais il faut fixer les fusions prioritaires (communes de moins de 5 000 habitants, puis de moins de 10 000), le nombre de régions et les choix à opérer pour les départements qui, à plus de 50% de dépenses sociales, doublonnent avec les CAF et les CCAS. On manque aussi d’objectifs clairs quant à la spécialisation des missions publiques (quelles missions cède l’État, etc.). C’est la mère des réformes, sur laquelle tous les gouvernements butent face à un Sénat déterminé, quelle que soit sa majorité.
L’autre non-dit est celui de l’Éducation nationale. Les 50 milliards d’économies sont inatteignables si l’on ne touche pas aux doublons dans l’éducation, qui est un des plus gros postes de dépenses publiques (129 milliards d’euros). Là encore, il va falloir décentraliser la gestion.
La France est le seul pays en Europe à gérer ses professeurs à un niveau exclusivement central. L’éducation est la première mission à transférer entièrement aux régions et aux communes, comme l’ont fait avant nous l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la Suède. Et là, il y a des économies très importantes à la clef, à la fois sur les fonctions support et sur la masse salariale.
Troisième non-dit au niveau des dépenses sociales : il faudra qu’elles baissent au-delà des économies sur les fraudes et des déremboursements de médicaments. Penser que l’on peut faire 4% d’économies sur le volet social sans toucher, par exemple, aux indemnités de chômage (4 milliards d’euros de déficit attendus en 2014), à la rationalisation des établissements hospitaliers (AP-HP…) ou aux retraites qui pèsent 278 milliards dans les dépenses publiques n’est pas crédible.

La question qui se pose maintenant est : 2014 sera-t-elle l’année d’un réel tournant pour des réformes courageuses, au-delà des dénis et des tabous français (on le souhaite)… ou de la fuite en avant des annonces d’économies budgétaires non respectées et des déficits qui se creusent ?
  • Agnès Verdier-Molinié

    Agnès Verdier-Molinié

    Directrice de la Fondation iFRAP (Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) depuis décembre 2009, Agnès Verdier-Molinié est diplômée d’histoire économique contemporaine. Elle a rejoint l’iFRAP en 2002 en tant que chercheur, puis en tant que responsable des relations institutionnelles, après un parcours dans les médias, notamment au « Figaro », à « L’Express » et à « France Info ». Elle a été membre du comité exécutif du Codice (Conseil pour la diffusion de la culture économique) nommé en 2008 par la ministre des Finances Christine Lagarde (le Codice a été dissous en 2010). Agnès Verdier-Molinié est aussi auteur, aux éditions Jean-Claude Lattès, de « La Mondialisation va-t-elle… nous tuer ? » (2008), des « Fonctionnaires contre l’État. Le grand sabotage », aux éditions Albin Michel (2011) et « 60 milliards d’économies ! Oui… mais tous les ans », aux éditions Albin Michel (2013). Elle a été élue « personnalité think tank de l’année 2010 » dans le cadre des trophées des think tanks organisés par l’Observatoire français des think tanks.

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