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Abel Hiol, délégué régional à la Recherche et à la Technologie : « On cherche l’innovation de rupture »

1 mar 2019 | PAR Ignace de Witte | N°337
Délégué régional à la Recherche et à la Technologie depuis mars 2016, Abel Hiol a été professeur des universités, à La Réunion en Guadeloupe et à Marseille. Titulaire d’un doctorat en biochimie de la nutrition et d’un doctorat en philosophie, il a travaillé de 1999 à 2002 aux États-Unis, au sein du National Institutes of Health, à Bethesda. Ignace de Witte
Chargé de mettre en œuvre la politique du gouvernement français en matière de recherche et d’innovation, Abel Hiol est convaincu que La Réunion a son mot à dire, car la recherche est aujourd’hui délocalisée.

« Certains ne savent pas que ce qui peut faire évoluer leur entreprise se trouve juste à côté d’eux », explique Abel Hiol. Effectivement, les chefs d’entreprise ont tous sans exception un expert-comptable et sont au courant de toutes les aides fiscales et subventions auxquelles ils peuvent prétendre. Par contre, qui les conseille en matière de veille technologique et d’innovation ? « La finance rejoint parfois la technologie, répond le délégué régional à la Recherche et à la Technologie (DRTT). L’entreprise peut utiliser les fonds auxquels elle peut prétendre pour acheter des brevets, c’est-à-dire de l’innovation ! »
Nous avons un peu provoqué le DRRT : « À quoi ça sert de faire de la recherche en France, les Américains sont loin devant tout le monde dans tous les domaines, et est-ce que cela a du sens de vouloir faire de la recherche sur notre petit caillou ? »
Sa réponse ne se pas fait attendre : « Détrompez-vous ! La Réunion a son mot à dire car la recherche est aujourd’hui délocalisée, notre île est un territoire de recherche unique, avec des défis climatiques, démographiques, économiques, sanitaires, etc. » 
La Réunion est en effet le premier territoire européen à avoir connu un tsunami : le 26 décembre 2004. Quand ce cataclysme a touché l’île, quasiment personne ne connaissait ce mot japonais ! La Réunion a également le triste privilège d’avoir subi une épidémie de chikungunya (mot swahili) en 2006, qui a fait 254 morts.
On pourrait également parler du diabète de type 2, dont souffre un pourcentage élevé de la population réunionnaise : 9,8 %, contre 4,6 %en Métropole. 

La recherche : une mission régalienne

Certaines recherches scientifiques sur la faune et la flore n’ont de sens qu’à La Réunion, hotspot de biodiversité à la fois marine et terrestre, reconnu au plan mondial. Pour Abel Hiol, c’est clair : « La recherche en France et à La Réunion relève des missions régaliennes de l’État. » On peut même ajouter, actualité oblige, que la recherche est une bonne utilisation de l’argent de nos impôts !
La Réunion a la chance d’avoir un véritable écosystème de recherche avec l’université (28 laboratoires et 400 chercheurs), le Critt, l’incubateur, le pôle de compétitivité Qualitropic, mais aussi le Village by CA et des entreprises locales qui disposent d’un véritable département R&D. « Pour avoir des résultats, développe Abel Hiol, il faut cet écosystème, donc des investissements, des financements. Nous fonctionnons actuellement sur le programme 2014-2020, de 7 millions d’euros, consacrés à la RDI (Recherche, développement et innovation) ».
La Région, qui a la compétence exclusive du développement économique de l’île et qui gère l’attribution des aides européennes, s’implique aussi activement, notamment dans le cadre de l’Incubateur régional de la recherche publique. 
Quand on s’intéresse à la RDI réunionnaise, on est toujours un peu frustré car les projets les plus formidables sont souvent en cours de développement et, pour éviter l’espionnage scientifique, ils sont tenus secrets. De plus, La Réunion bénéficie déjà d’un haut niveau de technologie. Or, innover, c’est aller plus loin. « On ne peut pas faire preuve de faiblesse intellectuelle, il faut au contraire beaucoup d’intelligence pour dépasser la simplicité et appréhender ce qui est complexe », souligne Abel Hiol. 

Apprendre à coder dès la maternelle
Abel Hiol veut diffuser la connaissance dès le plus jeune âge. « Par exemple, pourquoi ne pas apprendre le codage dès la maternelle ? » Après tout, le codage informatique est un langage comme les autres. Par exemple, <head></head><body>, c’est du code HTML (Hypertext Markup Language) qu’on utilise pour la création de sites internet. Si on trouve normal d’apprendre l’anglais en maternelle, pourquoi pas le HTML ? D’autant plus que la plupart des bambins de 3 ans savent déjà utiliser une tablette ou un téléphone portable.
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