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Affaire Claudine Razaimamonjy : le début du grand nettoyage ?

12 avr 2017 | PAR Jacques Rombi
Pour la première fois, le 7 avril, une personnalité proche du pouvoir en place présumée coupable dans une affaire de corruption est « tombée ». Claudine Razaimamonjy, conseillère spéciale du président et amie proche de la Première Dame, est soupçonnée de détournements de fonds pour au moins 450 millions d’ariary (environ 130 000 euros).


La femme d’affaires, qui a bâti un imposant établissement hôtelier en un temps record à la veille du Sommet de la Francophonie, est notamment impliquée dans l’octroi de subventions exceptionnelles d’un montant de près de 150 millions d’ariary (43 000 euros) pour l’année 2014 et de 200 millions d’ariary (58 000 euros) pour l’année 2015 à la Commune rurale d’Ialananindro, dans le District de Fianarantsoa II, Région Haute Matsiatra d’où elle est originaire.
 
UN TRAVAIL DU BUREAU ANTI CORRUPTION (BIANCO)

Les juges d’instruction au niveau de la chaîne pénale anti-corruption ont prononcé le placement sous mandat de dépôt de la conseillère spéciale, suite à un travail d’investigation du Bureau Anti Corruption (BIANCO) mis en place pour traiter les affaires de corruption qui ruinent le pays depuis des décennies. À l’annonce de la sentence, la conseillère s’est évanouie et transférée d’urgence à l’hôpital d’où ses avocats demandent une évacuation sanitaire d’urgence. Aussitôt, ses partisans sont montés au créneau pour défendre cette originaire de Fianarantsoa en faisant jouer la fibre ethnique. Un terrain très dangereux dans ce pays où les équilibres régionaux restent fragiles et en proie à des tensions de plus en plus fortes. Plus grave encore, toute honte bue, ce sont d’importantes personnalités politiques qui l’ont défendue. Déjà, dans la soirée du 5 avril, c’est le ministre de la « Justice » en personne Charles Andriamiseza qui avait organisé une conférence de presse dès l’annonce de la garde à vue pour défendre sa protégée, n’hésitant pas à critiquer le travail du BIANCO (et du coup se mettre à dos le Syndicat de la Magistrature qu’il est sensé protéger).
 
DES ÉLUS SOUTIENNENT CLAUDINE RAZAIMAMONJY

Dès vendredi soir, ses partisans sont montés au front pour dénoncer également les pratiques du Bianco et réclamer la libération de Claudine Razaimamonjy. Le sénateur Riana Andria­man­davy, élu à Fianarantsoa, s’est, particulièrement illustré dans la défense de sa compatriote régionale, également sa belle-sœur.
Même son de cloche du côté du sénateur Olivier Rakoto­vazaha ou d’un autre élu de Fianarantsoa, le sénateur Hery Germain Andria­rilala, qui a pu bénéficier d’une dizaine de minutes sur le plateau du journal télévisé de la télévision nationale (TVM), afin de démonter le Bianco et le Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM).
De nombreux parlementaires partisans du pouvoir font également la tournée de certains organes de presse pour réclamer la libération de Claudine Razaima­monjy en même temps que de nombreux partisans manifestent leur soutien à la femme d’affaire devant l’hôpital ou le siège du Bianco (déjà soumis à des caillassages) alors que d’un autre côté les réseaux sociaux s’enflamment pour dénoncer cette nouvelle ingérence politique dans les affaires de la Justice.
Pour la première fois en effet, une personnalité proche du pouvoir en place présumée coupable dans une affaire de corruption est « tombée ».
La président Hery Rajaonarimampianina est ainsi mis à l’épreuve : en continuant d’affirmer son soutien à l’indépendance de la Justice, il ne fait que confirmer son rôle de chef d’État garant des Institutions qu’il a mises en place. Pourtant si Claudine Razaimamonjy devait, pour un motif quelconque, retrouver la liberté avant la fin de l’instruction ou même être « évasanée » (ce qui est considéré également comme une tentative pour échapper à la Justice, le bras de fer entre ses partisans soutenus en haut lieu par des sénateurs et autres chefs ethniques, et le peuple assoiffé de Justice ne fera qu’empirer et l’on sait malheureusement comment cela se termine à Madagascar.
Dans tous les cas, ce dossier n’a pas fini de faire du bruit :
Le sénateur Riana Andriamandavy a demandé « Que le Bianco sorte aussi les dossiers de Mamy Ravatomanga et de Marc Ravalomanana (…) pourquoi seulement des dossiers contre le HVM ? ».
Un autre manifestant dans la foule a lancé : « qu’importe d’où vient son argent, du moment qu’elle soit notre bienfaitrice ».
En bref avec ce dossier c’est tout le château de cartes de la corruption qui sévit dans le pays qui risque de s’écrouler.
De son côté Jean Louis Andria­mifidy, DG du BIANCO, reste droit dans ses bottes et déclare : « en choisissant de lutter contre la corruption, je me suis préparé à vivre pareille situation ». À suivre…
 
 

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