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Réunion

Air France prend de l’altitude malgré French Bee et les Gilets jaunes

1 avr 2019 | PAR Ignace de Witte | N°338
Un « retrofit » (réaménagement) des douze avions en service sur l’océan Indien est prévu de fin 2019 à fin 2020, car les cabines des 777-300 sont jugées un peu vieillissantes. ©Droits réservés
CLAIRE TABAKIAN, DIRECTRICE RÉGIONALE D’AIR FRANCE-KLM, PRÉSENTE UN BILAN PLUTÔT SATISFAISANT DE L’ANNÉE 2018, MALGRÉ UNE GRÈVE DE QUINZE JOURS, LA HAUSSE DU PRIX DES CARBURANTS ET L’ARRIVÉE DE FRENCH BEE, SANS PARLER DE LA CRISE DES GILETS JAUNES. DE QUOI SE TROUVER AU COUDE-À-COUDE AVEC AIR AUSTRAL.

« L’année a été bonne pour Air France, notamment à La Réunion », confirme Claire Tabakian, même si elle n’est pas en mesure de donner des chiffres détaillés, car les résultats de La Réunion sont noyés au niveau du bilan financier dans ceux du « secteur géographique » qui comprend Antilles, Caraïbes, Guyane et océan Indien et dont le chiffre d’affaires s’élève à 1,6 milliard d’euros, sur un total de 21,7 milliards d’euros (transport aérien seul). La compagnie low-cost French Bee, lancée mi- 2017, a dopé le trafic et n’a pas empêché Air France de progresser. « En 2018, nous avons transporté 2 770 passagers de plus par rapport à 2016, c’est-à-dire avant l’arrivée de French Bee », souligne Claire Tabakian. C’est confirmé par les statistiques de l’aéroport Roland Garros : entre 2016 et 2018, la ligne France a progressé de + 21 %, passant de 1 207 424  à 1 460 806 passagers, et Air France a transporté 414 511 passagers en 2018 (arrivées +  départs) contre 411 741 en 2016.
Par contre, pour les tarifs, c’est une autre histoire ! L’arrivée de French Bee – qui détient désormais 19 % de parts de marché - a obligé tout le monde à revoir sa politique commerciale, même si Claire tabakian relativise… « Les billets sans bagage, Air France les proposait déjà depuis longtemps sur les États-Unis ». Et puis, la baisse du prix des billets d’avion est une tendance forte au niveau mondial : « C’est un fait, on paie moins cher son billet aujourd’hui qu’il y a dix ans. »
Air France ne veut surtout pas se lancer dans une guerre tarifaire, ce n’est pas sa vocation. Elle veut rester la compagnie aérienne emblématique de la France, une compagnie premium. C’est pourquoi les efforts se concentrent sur les prestations, notamment la gastronomie. « Le choix entre différents plats chauds en classe éco, nous sommes les seuls à le proposer ! »
La fin de l’année 2018 a été compliquée pour tout le monde à cause des Gilets jaunes ou plus exactement des « Gillot jaunes », qualificatif qu’on peut attribuer aux passagers en retard, Gillot étant le nom que portait autrefois l’aéroport Roland Garros. Air France a dû recourir à un hélicoptère pour transférer les équipages de leur hôtel jusqu’à l’aéroport, certains avions ont dû faire une escale technique au Kenya pour faire le plein de carburant, etc. En revanche, le mois de janvier a été excellent : « Avec plus 1 000 passagers par rapport à janvier 2018, on est au coude-à-coude avec Air Austral sur la ligne Réunion-Métropole (29 % de parts de marché pour Air France contre 28 % pour Air Austral, pour le premier mois de l’année – NDLR). »

Orly Est et Orly Ouest, c’est fini

Ces bons chiffres sont conformes aux prévisions de l’IATA qui indiquent la poursuite de la croissance du transport aérien au niveau mondial. Air France ne se contente pas de cette bonne conjecture et se donne des moyens. « Nous allons commencer le retrofit (réaménagement - NDLR) de tous nos avions fin 2019. Il y en a douze (six à Orly et six à Charles de-Gaulle, pour La Réunion, Maurice et Madagascar - NDLR). Au rythme d’un avion par mois, cela sera terminé fin 2020. » Les cabines des 777-300 sont en effet jugées un peu vieillissantes par certains passagers. 
Par ailleurs, mi-avril, Orly Est et Orly Ouest ont fusionné pour devenir Orly 1, 2, 3 et 4 (Air France étant basé à Orly 3), avec un tout nouveau salon Air France qui ouvrira ses portes au mois d’octobre.
D’après vous, quels sont les chiffres que Claire Tabakian regarde en premier pour suivre l’activité de son entreprise ? Réponse : «…Les recettes, le yield (recette unitaire par passager - NDLR), les coûts, le taux de remplissage. Je regarde aussi les engagements sur les semaines à venir. »

Des alliances stratégiques

En ce qui concerne le prix des billets, il est décidé à Paris, en concertation avec la direction régionale, qui lui fournit sa vision du marché local. Pas moins de 60 % des passagers transportés par Air France à La Réunion achètent en effet leur billet en dehors de l’île : « Cela s’explique par le réseau Air France, qui compte 36 destinations en Métropole et 195 dans le monde. »
Air France n’ayant aucun avion basé localement, elle ne fait pas partie de l’Alliance Vanille (Air Austral, Air Madagascar, Air Mauritius et Air Seychelles), mais elle développe des alliances stratégiques. Air France est ainsi actionnaire minoritaire d’une douzaine de compagnies aériennes dans le monde, dont Air Mauritius (8,5 %) et Air Madagascar. Son partenaire de référence dans la région est Air Mauritius. « Un joint-venture est une forme de partenariat qui va plus loin que le simple partage de code : on partage les tâches, les coûts et les recettes. » Air France est en joint-venture avec Air Mauritius pour les vols entre Maurice et Paris et en code-share entre Maurice et La Réunion. Le même joint-venture n’a jamais pu se concrétiser avec Air Madagascar. 

Une année 2019 très prometteuse
Selon l’International Air Transport Association (IATA), le nombre de passagers dans le monde devrait atteindre 4,59 milliards, contre 4,34 milliards en 2018. Quant aux recettes, elles devraient s’élever à 885 milliards de dollars pour l’ensemble des compagnies aériennes, en hausse de 7,7 % par rapport aux 821 milliards de dollars de 2018. Les bénéfices devraient faire encore mieux avec une progression de près de 10 %, à 35,5 milliards de dollars. 
Claire Tabakian
Claire Tabakian, directrice régionale d’Air France-KLM : « En 2018, nous avons transporté 2 770 passagers de plus par rapport à 2016, c’est-à-dire avant l’arrivée de French Bee. »  Photo : Guillaume Foulon




Une femme aux commandes pour la seconde fois
Claire Tabakian, en poste depuis juillet 2018, a été précédée par Bénédicte Pellerin, directrice régionale de 2007 à 2012. On notera d’ailleurs que, pour la première fois de son histoire, le conseil d’administration de la compagnie aérienne est présidé par une femme, Anne-Marie Couderc, ancienne ministre de l’Emploi d’Alain Juppé. C’est aussi une femme, Anne Rigail, qui a été nommée directrice générale le 12 décembre 2018. 
Pour sa part, Claire Tabakian, qui est diplômée de l’école supérieure de commerce ESCP Europe, a rejoint Air France en 1998. Depuis 2015, elle se trouvait au siège à Paris, en charge des politiques commerciales monde vis-à-vis des agences de voyages. Auparavant, elle était en poste à Tel-Aviv, de 2012 à 2015, après Dakar de 2008 à 2012.


Part du marché
 

Air France a conservé 0,01% d'Air Madagascar
L’État malgache détenait 89 % de la compagnie nationale et 11 % étaient détenus par des petits porteurs (dont Air France) avant l’entrée d’Air Aus-tral dans le capital. La compagnie réunionnaise en détient désormais 49 % et l’État malgache 50,56 %. Air France n’a conservé que 0,01 %.
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