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Réunion

Alain Séraphine élevé au grade d’officier de l’Ordre national du mérite

1 fév 2018 | PAR Alain Foulon | N°326
Le préfet Adolphe Colrat (à gauche), qui a été secrétaire général de la préfecture de La Réunion de 1992 à 1995, est venu en personne remettre sa décoration à Alain Séraphine.
À 66 ans, l’artiste réunionnais demeure un créateur infatigable. On lui doit aussi des inventions dans l’habitat et l’énergie et, surtout, il a initié l’école des beaux arts, l’Institut de l’image de l’océan Indien et le studio Pipangaï.

La disparition de sa mère mauricienne quand il avait 6 ans a fait d’Alain Séraphine un écorché vif. Celle de son père, alors qu’il était âgé de 13 ans, a fait de lui un orphelin qui s’est retrouvé en difficulté scolaire. C’est l’art plastique qui l’a sauvé, lui permettant de sublimer sa sensibilité à fleur de peau. Il se fera connaître en remportant un concours de la Sécurité sociale pour réaliser une fresque murale en céramique de 30 mètres sur 3 mètres. De quoi séduire le maire de sa commune, Le Port, qui n’est autre que Paul Vergès à cette époque. Ce dernier lui commande une tapisserie de même dimension que l’artiste réalise avec de la laine et du crin de poulain. « Avec l’argent de cette tapisserie, j’ai pu créer fin 1977 l’atelier portois, un fablab avant l’heure », se souvient Alain Séraphine. 

ARTISTE IMPLIQUÉ ET MILITANT DE L’ÉDUCATION

Outre sa passion artistique, avide de matériaux multiples comme le fanjan (une fougère arborescente), le tamarin, le verre, le cuivre, la pierre ou encore l’expoxy, le créateur a aussi des côtés « Géo Trouvetou » quand il invente un four économe en énergie ou de l’habitat durable. « Artiste impliqué » et « militant de l’éducation », comme il s’en revendique, il multiplie les entreprises à vocation culturelle, sociale et économique. Convaincu par sa propre expérience que l’art, et plus largement la création, peut éviter de franchir les « portes du pétinencier », pour reprendre les paroles d’un grand chanteur qui vient de disparaître. On peut citer le Village Titan, l’école des beaux arts, qui sera reprise par l’État « au nom de l’autonomie » (ce qui est plutôt paradoxal), la biennale du cinéma, l’Institut de l’image de l’océan Indien (Iloi) et le studio Pipangaï avec le soutien du groupe Océinde. 
 

Alain Séraphine prépare son exposition « Jeu de dames », composée de sculptures géantes de femmes. Elle sera présentée dans le courant de l’année à Shanghai.
Alain Séraphine prépare son exposition « Jeu de dames », composée de sculptures géantes de femmes. Elle sera présentée dans le courant de l’année à Shanghai. 
 

FASCINÉ PAR LA SOCIÉTÉ MATRIARCALE RÉUNIONNAISE

Aujourd’hui, Pipangaï coproduit des longs métrages dans le cinéma d’animation et se distingue à l’extérieur de l’île. À l’époque de l’émergence de cette entreprise originale, créée sous la forme d’une société d’économie mixte, le préfet Adolphe Colrat occupait le poste de secrétaire général de la préfecture (de 1992 à 1995) et a soutenu l’initiative. De quoi expliquer qu’Adolphe Colrat, actuellement inspecteur général des finances en service extraordinaire au ministère de l'Économie et des Finances, ait tenu à venir personnellement remettre à Alain Séraphine son insigne d’officier de l’Ordre national du mérite. Ainsi décoré, l’artiste n’en reste pas moins un artiste et prépare une grande exposition à Shanghai dans le courant de l’année. Au moins seize sculptures géantes de femmes vont se déployer dans un Jeu de dames (c’est le nom de l’exposition). Sans doute, encore une fois, la quête de sa mère pour Alain Séraphine qui a été élevé par sa grand-mère et se dit fasciné par la société matriarcale réunionnaise. Une société où, familièrement, l’homme désigne son épouse comme son gouvernement.

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