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Réunion

Alain Séraphine nous invite dans son « Jeu de Dames »

1 avr 2018 | PAR La rédaction | N°328
L’artiste réunionnais a pu présenter son exposition, composée de sculptures géantes de femmes, en réalité virtuelle au sein de Mémoire de l’Avenir, à Paris. En attendant l’exposition réelle qui devrait se tenir à Shanghai dans le courant de l’année 2018.

Jeux de Dames, c’est le titre d’une exposition qui ne compte pas moins de seize œuvres disséminées sur un échiquier plutôt qu’un damier puisqu’il compte 64 cases. « C’est le nom de l’exposition, explique Alain Séraphine, l’artiste réunionnais qui œuvre dans la ville du Port depuis des décennies, mais, en fin de compte, même s’il y a des tours et des fous, ce n’est pas un jeu de stratégie. » Plutôt un hommage aux femmes qui occupent une grande place dans la société réunionnaise qu’Alain Séraphine considère comme foncièrement matriarcale. L’échéquier, en dimension réelle, mesure 15 mètres sur 15 mètres. Pour le moment, il se découvre, avec ses sculptures géantes, en réalité virtuelle grâce à des lunettes qui donnent parfaitement le change. À tel point qu’on se prend à craindre de heurter ces sculptures lorsqu’on se promène virtuellement sur l’échiquier. Une expérience qu’ont pu vivre les visiteurs de l’exposition dans l’enceinte de Mémoire de l’Avenir, une association située dans le XXe arrondissement de Paris et qui se trouve en proche relation avec l’Unesco. 
Jean-Pierre Dalbéra, qui fut pendant plus de vingt ans directeur de la numérisation du patrimoine matériel et immatériel en France, travaille activement au projet d’exposition réelle. Et Alain Séraphine pourrait y ajouter des sculptures supplémentaires. Pour l’artiste réunionnais, qui a perdu sa mère à l’âge de 6 ans et a été élevé par sa grand-mère, cet hommage aux femmes réunionnaises fait office de thérapie. Mais cela lui donne aussi l’occasion d’exprimer toute sa créativité.

L’artiste commente ses œuvres



1) Dame Antenne : « Cette pièce sculpturale, qui dans sa partie bois fut travaillée de manière classique, l’usage d’autres matériaux, d’autres techniques d’assemblage voire de recyclage et de détournement d’objets, la place dans un temps nouveau qui questionne notre humanité. En effet, cette petite dame Méti-sable arrive au moment où le numérique et la génétique font émerger à l’échelle planétaire le téléphone mobile, le GPS et les questions de mutation génétique. Alors, d’une main de pierre, cette petite dame pétrie de tradition, toutes antennes ouvertes, veut bien s’ouvrir au monde. Toutefois, comme pour protéger ce qui lui resterait d’intimité, peut-être son antenne est-elle à la fois parapluie et paratonnerre ? »



2 ) Dame Building Shanghai : « Elle s’érige comme étant la quatrième tour du jeu et semble dire que Shanghai serait une belle femme qui, sur la pointe de ses pieds chaussés de hauts talons, cultive son rêve de gratter le ciel. Et si ces chaussures, dont les talons-aiguilles touchant à peine le sol, symbolisaient les fondations du gratte-ciel et signifiaient l’insouciance de cette jeune et belle femme qu’est Shanghai ? »



3 ) Dame Chaussure : « Une pièce mettant en scène cette relation toujours un peu étrange que souvent les femmes entretiennent avec les chaussures et plus particulièrement celles à talons. Dame Chaussure, qui se prélasse dans cette unique chaussure qui la love, serait-elle l’expression du mythe de Cendrillon bien ancré dans la mémoire populaire collective ? »



4 ) Identité : « C’est l’une des quatre tours de Jeu de dames ; elle culmine à près de 4 mètres de hauteur et se veut être l’alpha d’un peuple en devenir : Méti-sable. Méti-sable, en quête d’identité, serait encore de type insecte tout en étant déjà humanoïde. Par un port de cou altier, elle semble affirmer sa dignité. Sa silhouette empruntée au mythe des Amazones, ou encore à des postures massaï, respire à la fois la féminité et la détermination guerrière. Par une subtile liberté de mouvement, elle semble s’être libérée déjà d’un carcan symbolisé ici par un tronc équarri de tamarin. Si cette Méti-sable affichait tout simplement une volonté d’être femme, fière, digne et libre… La liberté des origines peut-être ? »



5 ) Dame Tronc : « Ce serait une de ces femmes de télévision qui ne sont connue de tous que par le haut de leur corps. Serait-elle donc l’une de ces femmes qui, au cours de ces dernières années, crevaient l’écran de télé de manière peu contestable par leur charme et leur intelligence ? De fait, elles généraient des rêves, de l’imaginaire pour ne pas dire des fantasmes… Et si Dame Tronc était l’illustration de l’expression l’appel des sirènes ? »



6 ) Réunion de famille : « Cette masse de bois pré-sculptée par la nature, tout en étant porteuse de mémoire, s’affirmera comme source d’inspiration. Elle semble évoquer à la fois l’île et la famille. Cette famille, qui occupe et modèle l’île dans son ensemble, a pour couleur dominante l’ambré du tamarin. Elle évoquerait déjà le mélange entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Elle affiche pourtant encore en son sein la présence d’une femme couleur d’ébène, taillée dans la fougère arborescente (le fanjan), et d’un enfant-roi qui trône au-dessus de la tribu. Cet enfant, modelé par un patchwork de galets, se veut être l’emblème de cette fusion magmatique qui, aujourd’hui encore, façonne l’île et la mentalité de ses habitants.
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