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Afrique

Algérie : la détresse économique

1 sep 2019 | PAR Bernard Lugan | N°343
Photo : Davidsen Arnachellum
Tous les voyants sont au rouge dans ce pays d’Afrique du Nord qui n’a pas su réellement diversifier son économie et a vécu jusqu’alors de la rente des hydrocarbures. Sauf que le déclin des réserves se confirme après avoir été longtemps caché.

Avec certains des principaux patrons emprisonnés, des banquiers qui n’accordent plus de crédits et des transferts de fonds problématiques, l’économie algérienne est en détresse. Les trois quarts des entreprises sont ainsi incapables de verser les acomptes prévisionnels au titre de l’impôt sur les bénéfices pour l’année en cours. Quant aux faillites, elles ont eu pour résultat la mise au chômage de 200 000 travailleurs depuis le 1er janvier 2019… Dans un pays où le taux réel de chômage atteignait déjà des records.
Seule source de revenus de l’État, le secteur des hydrocarbures décline année après année. Au premier trimestre 2019, il a ainsi reculé de 7,7 % en raison de la baisse de production due à l’épuisement des nappes pétrolières. Nous avons également là, la confirmation de ce que L’Afrique Réelle écrit depuis plusieurs années, à savoir que les réserves de l’Algérie ont été volontairement surestimées.
Résultat, les réserves de change n’étaient plus que de 72,6 milliards de dollars fin avril 2019, soit une baisse de 7,2 % par rapport à décembre 2018 (source : Ministère des Finances, juillet 2019). Cette baisse est d’autant plus dramatique que le pays doit acheter à l’étranger les trois quarts des matières premières et des équipements indispensables à ses entreprises, tant publiques que privées. Il doit également importer de quoi habiller, soigner et équiper ses 43 millions d’habitants. Avec une priorité qui est de les nourrir. Or, comme l’agriculture algérienne et ses dérivés ne permettent de satisfaire qu’entre 40 % et 50 % des besoins alimentaires du pays, il est nécessaire de faire de colossales importations. 
C’est ainsi que près de la moitié (40 %) de la facture de tous les achats faits à l’étranger - soit le quart (!!!) des recettes tirées des hydrocarbures -, est consacrée à l’importation de produits alimentaires de base dont l’Algérie était exportatrice avant l’indépendance de 1962... N’en déplaise à l’ONM (Organisation nationale des moudjahidine) qui, pour tenter de faire oublier sa colossale responsabilité dans la faillite de l’Algérie, ose demander le vote d’une loi criminalisant la colonisation française…

Le premier importateur de biens alimentaires en afrique

Vomis par la rue, les vampires du « Système », gavés de leurs détournements, peuvent-ils encore refuser de reconnaître que si l’Algérie est désormais le premier importateur africain de biens alimentaires pour un total annuel moyen de 12 milliards de dollars (Centre national de l’informatique et des statistiques-douanes-CNIS), cela est la conséquence à la fois de leur incompétence et de leurs détournements ?
Les millions de manifestants qui, vendredi après vendredi, battent la chaussée, en sont, eux, parfaitement conscients et ils attendent de pouvoir leur faire rendre gorge. Or, c’est précisément parce qu’il sait qu’il est face à une véritable révolution et que la survie de ses membres est en jeu, que le « Système » fait la sourde oreille.

L'auteur
Historien français spécialiste de l’Afrique où il a enseigné durant de nombreuses années, Bernard Lugan est l’auteur d’une multitude d’ouvrages dont une monumentale Histoire de l’Afrique. Parmi les plus récents, on peut citer Mythes et manipulations de l’histoire africaine, L’Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours et Les guerres du Sahel des origines à nos jours. Il a été professeur à l’École de guerre, à Paris, et a enseigné aux écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Il a été conférencier à l’Institut des hautes études de défense national (IHEDN) et expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda-ONU (TPIR). Il édite par Internet la publication mensuelle L’Afrique Réelle.
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