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Au secours, ils veulent nous planifier !

1 aoû 2017 | PAR Alain Foulon | N°321


Claude Ananou, professeur à HEC Montréal, mais aussi entrepreneur expérimenté, considère qu’un Business Plan est un attrape-nigaud ou plutôt un prétendu attrape-banquier. Une espèce de recette de cuisine que vous pouvez trouver dans un bon livre (ou aujourd’hui sur le Web) et ferait de vous un grand chef. Mais bon, « il y a 19 000 livres qui ont été écrits sur les modèles d’affaires et ça ne donne pas de résultat », souligne Ananou. Il a donc conçu une approche originale de la création d’entreprise - « Synopp » - qui se passe du fameux Business Plan dont la mode remonte aux années 70. Le monde vivait alors son premier choc pétrolier et l’informatique arrivait dans les entreprises. C’était l’époque de la planification économique avec, en France, le Commissariat général du Plan et ses plans quinquennaux. On était encore dans l’illusion de se croire capables d’effacer les incertitudes, en attendant que l’évolution du monde nous montre le contraire. 

APRÈS L’URSS, LE TOUR DE MAURICE

La planification s’est révélée brutale en URSS où elle est surtout liée à la figure de Staline et à ses plans quinquennaux qui disaient ce qu’il fallait produire. De triste mémoire, le premier plan quinquennal, adopté en 1928, a entraîné la collectivisation forcée et la déportation de millions de paysans. Le mot « planification » est tellement entaché historiquement d’échecs et de dérives totalitaires qu’il vaut mieux l’oublier. À Maurice, Gérard Sanspeur, qui fait un peu office de ministre de l’Économie (même si le portefeuille des Finances est officiellement détenu par le Premier ministre), s’est fait brocarder récemment par l’économiste Eric Ng Ping Cheun pour l’avoir utilisé. La « planification économique » serait l’une des missions confiées au futur Economic Development Board (EDB) qui sera issu d’une fusion entre le Board of Investment (BOI), la Financial Services Promotion Agency (FSPA) et Enterprise Mauritius. « Comment ce qui a échoué ailleurs va-t-il réussir à Maurice ? », questionne Eric Ng, dans le journal « Le Défi » du 2 août, à propos du rôle de planificateur central confié à l’EDB. S’il est bon d’avoir un guichet unique pour simplifier la vie des entrepreneurs et des investisseurs, il faut aussi que ce guichet soit à leur écoute et anime un vaste remue-méninges impliquant tous les acteurs économiques, quels que soient leur taille et leur secteur. Les professionnels du tourisme ont aussi leur mot à dire car ils sont concernés au premier chef par l’image que donne le pays de lui-même. 

PARLONS PLUTÔT D’ANTICIPATION ET DE STRATÉGIE

Au bout du compte, c’est une stratégie claire qui doit se définir. Que va-t-on faire et comment le faire ? Sachant qu’on ne peut pas tout faire. Nokia fabriquait des bottes en caoutchouc et a pris la décision stratégique de se lancer dans les téléphones portables pour en devenir le leader mondial. Un leadership que l’entreprise finlandaise a d’ailleurs perdu, sans doute par manque d’anticipation, comme Kodak avec la photo numérique. Un organisme parapublic pourrait-il mieux anticiper qu’une entreprise privée les évolutions d’un monde de plus en plus incertain ? On peut toujours en douter et craindre le piège de la technocratie qui sévit également au sein des entreprises privées. À moins que cet organisme ne se dote de ressources humaines très atypiques et qu’il demeure ouvert sans avoir la prétention de tout régenter. Anticipation et stratégie, les deux mots vont de pair. Mais planification, ça sent la technocratie et « les lions sont alors menés par des ânes », pour reprendre le titre d’un best-seller de Charles Gave.

IL FAUT CRÉER DES MARCHÉS

Anticiper la fin des quotas sucriers, c’était se dire : « Qu’est-ce qu’on va faire avec nos champs de cannes ? » Et si La Réunion décidait d’inonder le monde avec ses ananas Victoria puisque ce sont les meilleurs ? La Nouvelle Zélande le fait bien avec ses Kiwis et ce n’est pas un pays sous-développé aux salaires de misère. Il faut se dire que le temps est fini où l’on prenait des parts de marché. Aujourd’hui, on crée des marchés et chaque client est un micro marché en lui-même. C’est dire si la planification est à consommer modérément. 

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Au secours, ils veulent nous planifier !

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