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Maurice

Avinash Goburdhun renouvelle l’industrie textile haut de gamme

1 déc 2019 | PAR Renaud Guiliani | N°346
S’appuyant sur les précieux savoir-faire locaux, tout en investissant dans des technologies afin d’améliorer sa productivité, Wensum produit pour les plus grandes marques européennes de costumes. Depuis l’annonce du Brexit, ses débouchés sont désormais sur les marchés émergents, en Afrique, en Asie, ainsi qu’aux États-Unis.
Un « patron social » qui offre une collation tous les jours à ses employés et a ouvert un service de crèche-garderie.
Un « patron social » qui offre une collation tous les jours à ses employés et a ouvert un service de crèche-garderie.   Photo : DA
 





Dans la perspective de l’annonce du Brexit, la dégringolade de près de 25 % de la livre sterling a bien failli avoir raison de l’existence de Wensum. Si le directeur exécutif de l’usine, Avinash Goburdhun, compte aujourd’hui parmi les nominés de l’édition 2019 du Tecoma Award, c’est bien parce qu’il a fait ce qu’il a fallu pour éviter cette catastrophe.
Ainsi, cette unité pionnière basée à la campagne près de Curepipe, à la Brasserie précisément, a fait l’objet d’une diversification de ses débouchés. Alors que de nombreux observateurs la croyaient perdue, elle se retrouve aujourd’hui à continuer de fournir des vêtements haut de gamme, voire très haut de gamme, majoritairement des costumes et des manteaux portant quelques-unes des plus belles griffes européennes. Cela sur des marchés situés à des milliers de kilomètres de ce qui a été durant quatre décennies d’existence sa destination principale : Savile Row.
Dans le quartier de Mayfair, cette fameuse rue de Londres qui abrite depuis près de deux siècles les échoppes des meilleurs tailleurs, on trouvait dans divers endroits les produits de l’usine mauricienne, aujourd’hui détenue par un conglomérat d’investisseurs basés à Hong Kong. Ce fut le cas jusqu’au moment où la majorité de sujets de Sa Majesté Elizabeth II s’est prononcée en faveur de la sortie de l’Union européenne. Là, tout a basculé. Aujourd’hui, en un temps record, cette même production est acheminée pour près de la moitié sur trois autres continents. Elle part en Chine, à Taïwan et Singapour pour l’Asie, en Afrique du Sud et surtout au Kenya, pour le continent africain, ainsi qu’aux États-Unis. Le reste de la production est vendu en Angleterre et en France, principalement. Ainsi, la marge est globalement sauve, grâce notamment à des accords préférentiels en matière de taxes.

Social et technologie

La pérennisation des activités textiles de Wensum - parmi les premières lancées à Maurice - est la conséquence de la gestion, très largement saluée, d’Avinash Goburdhun. À commencer par les salariés qui bénéficient d’avantages sociaux particuliers. « Nous tenons absolument à ne pas perdre les précieux savoir-faire et l’expérience qui nous permettent de produire des vêtements de très grande qualité. Pour cela, nous avons décidé de servir chaque matin aux 450 employés, pour la plupart Mauriciens, un petit-déjeuner copieux. » L’entreprise dispose également d’une crèche dans l’enceinte de l’usine, pour les familles qui ont besoin de faire garder un ou plusieurs enfants en bas âge pendant leurs heures de travail.
« Nous offrons aussi la première paire de lunettes à tous ceux qui en ont besoin. Quant aux retraités qui souhaitent continuer à travailler après l’âge légal de cessation d’activité, nous les reprenons au même salaire, avec les primes », explique la responsable des ressources humaines de l’usine.
Avinash Goburdhun a eu d’autres choix à faire, notamment pour renforcer la compétitivité de Wensum. À l’investissement récent dans des machines allemandes ayant recours aux technologies de pointe, s’ajoute le suivi permanent des innovations disponibles dans la filière. Ce qui devrait déboucher sur de nouvelles acquisitions de matériel permettant de continuer à traiter les tissus les plus précieux au rythme de 10 000 costumes sur mesure exportés chaque année dans le monde entier, en plus des séries commandées par les grandes marques.

 

Dès l’annonce du Brexit, Avinash Goburdhun a su réorienter ses exportations sur l’Asie, l’Afrique et le marché américain.
Dès l’annonce du Brexit, Avinash Goburdhun a su réorienter ses exportations sur l’Asie, l’Afrique et le marché américain.  
Photo : Davidsen Arnachellum
 

PROGRESSION

Difficile de parler de progression concernant Wensum qui, l’an dernier, a réalisé un chiffre d’affaires de 600 millions de roupies (15 millions d’euros) contre 700 millions (17,5 millions d’euros) lors des années précédant l’annonce du Brexit. Le plus remarquable quant à la stratégie mise en œuvre par Avinash Goburdhun est le maintien des revenus grâce à la diversification des débouchés commerciaux. Il y a quelques années, 95 % de la production étaient vendus sur le marché de Savile Row, à Londres, et 5 % en France. Aujourd’hui 45 % de la production partent en Chine, au Japon, à Taïwan et Singapour, pour l’Asie, en Afrique du Sud et surtout au Kenya, pour le continent africain, ainsi qu’aux États-Unis. Les avantages conférés par les accords douaniers permettent aux costumes d’être vendus hors taxe, donc à des prix très compétitifs pour des produits du segment haut de gamme.

INNOVATION

En matière d’innovation, le principal défi relevé par Wensum consiste à conjuguer efficacement technologies de pointe et savoir-faire à la main de tailleurs ayant 20 ans ou plus d’expérience, bref à marier mécanisation et sur-mesure. L’entreprise est engagée dans un travail de veille technologique de façon à pouvoir continuer à fournir du sur-mesure aux quatre coins du monde et à honorer les séries commandées par les marques.

DYNAMISME À L’EXTÉRIEUR DE MAURICE

Tourné vers l’exportation, Wensum manifeste un dynamisme à l’extérieur consistant à se réorienter pour fournir de nouveaux marchés, dans les mêmes délais et avec des exigences pas moins sévères, voire plus poussées. De nouveaux clients qui paient mieux et plus vite que ceux des marchés historiques. 

ENGAGEMENT CITOYEN

Le directeur exécutif de Wensum préfère parler d’actions sociales que d’engagement citoyen. Il se réjouit de savoir que chaque employé a droit à une collation tous les jours, se voit offrir sa première paire de lunettes, a accès à une crèche-garderie pour ses enfants et que personne n’est obligé de cesser de travailler à 60 ou 65 ans.

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Un « patron social » qui offre une collation tous les jours à ses employés et a ouvert un service de crèche-garderie.   Photo : DA   Dans la perspective de l’annonce du Brexit, la dégringolade de près de 25 % de la livre sterling a bien failli avoir raison de l’existence de Wensum. Si le directeur exécutif de l’usine, Avinash Goburdhun, compte aujourd’hui parmi ...