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Banque de La Réunion : la reconquête

22 aoû 2014 | PAR Alain Foulon | N°287
Bernard Frémont, directeur général de la BR depuis deux ans : « La croissance exogène est l’avenir des entreprises réunionnaises. » - Ipreunion.com
Entretien avec le patron de la deuxième banque réunionnaise qui affiche de beaux résultats et une nette progression sur un marché plutôt atone. Bernard Frémont anticipe aussi l’ouverture régionale de l’économie.

L’Eco austral : Alors qu’on estime le taux de croissance du PIB de La Réunion à 0,6% en 2013, le bilan de la Banque de La Réunion indique une croissance de son Produit net bancaire (PNB) de 2,4%. Et surtout, votre résultat brut d’exploitation progresse de 7,4% dans un contexte général de baisse des marges. Comment expliquez-vous ces bons résultats ?


Bernard Frémont : La Banque de la Réunion est une banque de plein exercice, c’est-à-dire que l’ensemble de ses opérations sont réalisées, sur place et par ses collaborateurs, ce qui lui confère une forte dynamique et réactivité. Ces bons  résultats, comme vous le soulignez, sont la résultante d’une proximité de nos conseillers avec les clients pour mieux répondre à leurs besoins, d’un « middle » et « back-office » de grande qualité permettant un suivi précis des dossiers et d’une maîtrise des risques et des frais généraux. Ceux-ci n’ont augmenté que de 0,5% entre 2012 et 2013. Cela paraît simple, mais, en réalité, pour atteindre ces objectifs, il faut une mobilisation et une vigilance permanentes de toutes les équipes.

Vous avez fait encore beaucoup mieux au premier trimestre 2014 avec une progression de 5% et près de 2 100 nouveaux clients. On peut dire que vous êtes en pleine conquête de parts de marché ?


Nous sommes toujours en conquête, mais cette performance est davantage liée à la bonne adaptation de notre offre de services aux différents marchés : jeunes, adultes, séniors, professionnels, entreprises, associations, collectivités, etc. Par exemple, pour les particuliers, notre approche est basée sur une bonne connaissance des besoins lors des différents cycles de la vie : enfance, adolescence, études, entrée dans la vie active, évolution de carrière, retraite. Parallèlement, nous poursuivons notre politique de baisse tarifaire entamée depuis plusieurs années. Aujourd’hui, nous sommes sur le podium des banques les moins chères de La Réunion, d’après le dernier observatoire de l’IEDOM publié en avril dernier, et septième banque la moins chère sur le plan national sur l’un des profils sélectionnés par l’étude de « CLCV-Mieux Vivre Votre Argent ». Nous continuons aussi à  développer les moyens pour améliorer encore la proximité et le dialogue avec nos clients. Cela semble à première vue paradoxal, mais nous investissons en même temps dans les services à distance par Internet et dans l’ouverture de nouvelles agences de proximité, comme celle  de La Montagne. Nous voulons répondre à tous ceux qui souhaitent une banque 100% digitale comme à ceux qui préfèrent la relation humaine en se rendant dans nos 32 agences et centres  d’affaires entreprises ou en appelant nos conseillers du Centre de relations clients.

On peut constater que la Banque de La Réunion est le premier prêteur aux entreprises avec 45% des encours de crédits à elle toute seule. Apparemment, et malgré les grosses pertes enregistrées en 2009, vous n’avez pas peur de prendre des risques ?


Pour être plus précis, cette part de marché de près de 45% concerne les crédits de trésorerie. Le risque constitue la base de nos métiers. Une banque qui ne fait pas de prêts est condamnée à disparaître. Je rappelle que nos encours de crédits dépassaient les 2 milliards d’euros au 31 Décembre 2013. Nous avons des règles et des ratios qu’il convient de respecter. Nous n’avons jamais refusé un bon dossier et ce n’est pas de gaité de cœur que  nous refusons un prêt, c’est un manque à gagner pour la banque, mais nous avons un devoir de conseil et une éthique qui nous amènent parfois à décliner des demandes de concours. Dans ce cas, les clients nous témoignent souvent, après coup,  leur reconnaissance de  leur avoir évité un mauvais investissement. Notre excellente  connaissance du marché et de son environnement est l’un des atouts indispensables pour éviter de commettre des erreurs. Nous avons besoin d’avoir une vision globale du client, d’où l’importance du dialogue. Ces échanges confidentiels permettent de mieux comprendre l’entreprise, ses forces et ses faiblesses et ainsi de répondre précisément à ses demandes, comme ce qui se pratique dans les pays anglo-saxons.


Vos actionnaires peuvent aussi se frotter les mains puisque vous leur offrez un dividende de 4,23 euros par action, ce qui n’était pas arrivé depuis cinq ans ?


Nous sommes une société anonyme cotée à la bourse de Paris depuis 1858. Une partie de notre capital est détenue par des Réunionnais. Nous devons en même temps servir nos clients et nos actionnaires qui nous ont fait confiance pendant les moments difficiles. Il est normal qu’ils profitent  des bénéfices de leur banque et je les remercie pour leur confiance


Le secteur bancaire réunionnais se caractérise par une activité quasiment nulle à l’international et les banques se battent sur le seul marché local qui présente une croissance très limitée. Comment expliquez-vous cette situation alors qu’on parle de plus en plus de s’ouvrir à l’international pour les entreprises réunionnaises ?


Vous avez entièrement raison, la croissance exogène est l’avenir de nos entreprises. Vous parlez à un convaincu car une grande partie de ma carrière a été faite à l’international, d’abord en Angleterre, ensuite aux Etats Unis. Aujourd’hui, la demande d’accompagnement de nos clients sur les marchés régionaux et internationaux reste  faible, mais je pense que cela va évoluer rapidement avec l’ouverture de Madagascar et de certains pays d’Afrique proches aux investisseurs étrangers. Aujourd’hui, Il y a des opportunités à saisir, sans tarder. La Banque de la Réunion anticipe en renforçant sa direction internationale. Elle met en place des outils pour faciliter les échanges, comme la convention signée avec la Banque des Mascareignes à Maurice et celle avec la BMOI à Madagascar. Nous mettons aussi à disposition de nos clients le réseau international de BPCE IOM et de Natixis qui représente plus de 15 000 experts dans plus de 80 pays. Dans la zone, il y a aussi un deuxième département français à côté de chez nous, Mayotte, où nous avons trois implantations.

Votre présence a été remarquée à la Foire internationale de Madagascar (FIM) où vous avez mis en avant votre partenariat avec la BMOI (à Madagascar) qui appartient au même groupe BPCE (Banques populaires – Caisses d’Épargne) que la BR. Pouvez-vous nous préciser cette stratégie ?


Il s’agit d’une stratégie de synergie entre les différents services du réseau BPCE IOM. Notre participation  pour la deuxième année consécutive à la FIM en est un exemple. Nous avons tenu un stand commun avec la BMOI. Il est important pour nous de pouvoir être à côté de nos clients sur ce type de manifestation. Notre position géographique et notre appartenance au groupe BPCE International et Outre-mer nous placent tout naturellement en intermédiaire auprès de ces banques de plein exercice que je viens de citer. Leurs clients  trouvent chez nous un accueil personnalisé lorsqu’ils sont recommandés par un de ces partenaires. Il en est de même des nôtres qui souhaitent se rendre à la BMOI ou à la Banque des Mascareignes.

LES COMPTES 2013 SONT BONS

Le résultat net de 21,8 millions d’euros ne repose pas que sur des reprises de provision puisque le produit net bancaire a progressé de 2,4%, à 91,4 millions d’euros, et le résultat brut d’exploitation de 7,4%. Dans un contexte de faible croissance, la BR a su conquérir des parts de marché.



 

BERNARD FRÉMONT : LE VIRUS DE L’INTERNATIONAL

Diplômé de Sup de Co Paris, de la fac de droit d’Assas et d’un 3e cycle de Science Po, ce quinquagénaire, pianiste et coureur de marathon, a commencé sa carrière en Angleterre, au fonds d’investissement Kleinwort Benson, avant de travailler aux Etats-Unis, à Youston (Texas) et  à New York, pour le compte de la BFCE (Banque française du commerce extérieur) devenue Natexis (Banque Populaire) en 1997. Ce qui le conduira dans le giron du groupe BPCE (Banques Populaires – Caisses d’Épargne), deuxième groupe bancaire français. Après avoir été directeur régional de Natexis à Lyon, il connaîtra sa première expérience de la banque de détail en tant que directeur général adjoint de la Banque Populaire Loire et Lyonnais. Une expérience concluante puisque la banque sera la première en France à être certifiée pour le traitement des réclamations et la première dans le monde à être certifiée Afnor pour l’accueil.
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