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Océan Indien

Beachcomber renoue avec une forte croissance

7 sep 2015 | PAR Alain Foulon | N°301
Gilbert Espitalier-Noël, CEO de Beachcomber depuis le 1er juillet :« Nous avons connu une très bonne basse saison, de mai à fin août, à l’exception de juin qui n’a pas été terrible et les perspectives sont en très nette amélioration, de + 15% à + 30% selon les mois. Sur le mois de janvier 2016, nous nous situons actuellement à + 30% dans les réservations. » - Davidsen Arnachellum
Le premier groupe hôtelier mauricien reprend des couleurs après avoir connu une période difficile. Son nouveau patron, Gilbert Espitalier-Noël, annonce également son retour au sein de l’AHRIM (Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice).

Difficile de ne pas parler de Beachcomber quand on parle du tourisme à Maurice. Avec ses 2 000 chambres, le groupe hôtelier représente à lui seul quelque 13 % de la capacité hôtelière mauricienne, estimée entre 11 000 et 12 000 chambres selon les calculs, sachant que le secteur informel demeure difficile à quantifier. Sa cotation à la Bourse, sous la dénomination New Mauritius Hotels, se révèle dynamique avec des mouvements réguliers de la part d’investisseurs locaux et internationaux. On estime le nombre d’actionnaires à environ 7 000, mais le groupe ENL s’est imposé comme actionnaire de référence avec aujourd’hui près de 30 % du capital détenu en direct ou via Rogers. Il faut noter aussi que l’ancien CEO du groupe, Herbert Couacaud, qui a pris sa retraite, en détient 7 %. Si l’on ajoute le groupe mauricien Swan, à environ 6 %, et les actionnaires individuels, l’assise locale du groupe hôtelier demeure forte. 

L’EUROPE RESTE UN MARCHÉ PORTEUR

Gilbert Espitalier-Noël, issu du groupe familial ENL, a pris les rênes de Beachcomber (l’enseigne du groupe hôtelier) en juillet 2015, dans une période difficile. La direction commerciale a été confiée à François Venin, qui dirigeait auparavant les hôtels « Le Canonnier » et « Le Mauricia ». Du sang neuf pour s’attaquer à un gros challenge qui consiste à stimuler la croissance à Maurice et surtout à équilibrer les comptes au Maroc. Un challenge d’autant plus difficile que le terrorisme islamiste en Afrique du Nord, qui a culminé avec l’attentat de Sousse, en Tunisie, fin juin, ne manque pas d’impacter la destination marocaine. Mais « à toute chose malheur est bon » : Maurice en profite. « Nous avons connu une très bonne basse saison, de mai à fin août, à l’exception de juin qui n’a pas été terrible et les perspectives sont en très nette amélioration, de + 15 % à + 30 % selon les mois. Sur le mois de janvier 2016, nous nous situons actuellement à + 30 % dans les réservations », souligne Gilbert Expitalier-Noël. Une tendance haussière qui ne s’explique pas seulement par les difficultés de l’Afrique du Nord, mais par la reprise économique dans certains pays d’Europe qui reste de loin le premier marché émetteur pour Beachcomber. « Notre clientèle n’a pas beaucoup évolué même si nous avons enregistré une percée en Chine qui représente 4 % à 5 % de nos visiteurs. » Le haut de gamme fonctionne encore très bien sur le vieux continent, comme le montre le succès du cinq étoiles Royal Palm, l’un des fleurons du groupe, situé à Grand Baie. Son repositionnement, le faisant passer de 84 à 67 chambres plus grandes et vendues plus chères, a amélioré sa rentabilité. D’ailleurs, Gilbert Espitalier-Noël se montre sceptique au sujet des statistiques qui indiquent une baisse des dépenses par touriste. « Je me demande si l’on prend bien en compte toutes les dépenses, comme celles d’un touriste dans un restaurant ou dans un centre commercial. » Des dépenses d’autant plus difficiles à comptabiliser que 40 % des visiteurs de Maurice ne séjournent pas dans un hôtel. En tout cas, Beachcomber ne constate pas de baisse dans ses recettes par client même si sa gamme de huit hôtels mauriciens lui permet de parfaitement segmenter son offre. Le nouveau « Trou aux Biches », avec ses 333 chambres haut de gamme, commence d’ailleurs à décoller après avoir perdu dans un premier temps sa clientèle traditionnelle.  

LE DIFFICILE PARI DU MAROC

Au Maroc, le groupe exploite le Royal Palm Marrakech qui n’a ouvert en pleine capacité qu’en janvier 2015 avec 133 suites. Ce cinq étoiles très haut de gamme n’a pas encore atteint son seuil de rentabilité. Mais avec un golf désormais opérationnel et même s’il est affecté par la menace terroriste, il devrait dès cet exercice (clôturé au 30 septembre) présenter un cash flow positif, pour ensuite atteindre sa rentabilité comptable dans l’exercice suivant. Avec cet hôtel et un programme de 300 villas (dont 73 ont été vendues et 93 déjà construites), le groupe mauricien a dû s’endetter beaucoup plus que prévu. En effet, cet ambitieux projet a été monté au départ en association avec André Azoulay, conseiller du roi du Maroc. Mais un différend avec Herbert Couacaud, sur lequel le groupe n’a pas communiqué, a fait qu’André Azoulay s’est retiré. En conséquence, Beachcomber a dû porter seul le projet, dans une période où ses activités mauriciennes subissaient un ralentissement et alors qu’il s’endettait pour réaliser le nouveau « Trou aux Biches ». L’hôtel marocain représente à lui seul un investissement de 80 millions d’euros. Aujourd’hui, Gilbert Espitalier-Noël ne souhaite pas s’appesantir sur le passé, mais compte bien rentabiliser l’opération, tout en reconnaissant que, pour les villas, « cela prendra trois ou quatre ans ».  
Aux Seychelles, le groupe exploite un hôtel de 87 suites, « Le Sainte Anne », situé sur l’île du même nom. Un marché difficile où la concurrence s’est exacerbée et où les coûts d’opération demeurent élevés, en particulier pour l’approvisionnement. Mais un gros effort de formation a permis de réduire la main d’œuvre expatriée qui est passée de 77 % à 20 %. Quoi qu’il en soit, la rentabilité demeure inférieure à celle des hôtels de Maurice. 

DE BELLES PERSPECTIVES EN ALLEMAGNE

Le nouveau patron de Beachcomber annonce son retour au sein de l’AHRIM (Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice) d’ici la fin de l’année, et pas pour y faire de la figuration. « En tant que premier opérateur, notre place est à l’intérieur de l’AHRIM et nous comptons bien y être très actifs. » Herbert Couacaud avait décidé de quitter l’association professionnelle il y a une dizaine d’années en raison d’un désaccord avec ses prises de position. 
L’avenir de l’hôtellerie mauricienne s’annonce désormais plus radieux avec davantage de dessertes aériennes. Beachcomber compte bien profiter du retour d’Austrian Airlines et de l’arrivée de Lufthansa pour se développer sur les marchés germaniques. La bonne santé de l’économie allemande en fait un marché attractif et il faut signaler d’ailleurs que la clientèle allemande a occupé en 2014 la première position aux Seychelles. Quant à la clientèle chinoise, dont on parle beaucoup, Gilbert Espitalier-Noël table sur son doublement, ce qui la ferait passer à environ 8 % de sa clientèle. Pas question pour autant de spécialiser certains hôtels dans les touristes chinois, mais deux ou trois établissements devraient les prospecter de manière plus agressive.

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