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Bernard Fontaine : « la SIDR fait sa révolution mais ce n’est qu’un retour aux sources »

10 nov 2014 | PAR Alain Foulon | N°291
« La SIDR est d’abord un bailleur social avant d’être un constructeur de logements. » - DR
Opérateur historique du logement social à La Réunion et premier bailleur social de l’Outre-mer, la SIDR est dirigée depuis le 1er janvier par une grosse pointure, un énarque, diplômé également de Normale Sup, qui profite de sa longue expérience à l’extérieur de son île natale, au service de l’État et au sein de Renault. Un nouveau patron qui a pour mission d’amorcer un tournant historique de la SEM d’État et qui ne fait pas dans la langue de bois.

« On peut dire que je suis socialiste, oui. Mais ce n’est pas pour autant que le « S » de SIDR veut dire socialiste. Dans mon boulot, il n’y a pas de gestion de droite et de gestion de gauche. » À 56 ans, de retour dans son île natale depuis cinq ans avec un grand plaisir, Bernard Fontaine ne prend pas la peine de marcher sur des œufs et répond à toutes les questions sans les éluder. Du plaisir, il en éprouve visiblement, celui qui apprécie l'artiste Daniel Waro et sa « façon géniale d’être réunionnais ». « Petit blanc » lui aussi, originaire de Bras de Ponthon (commune du Tampon) où son père était ouvrier du BTP et sa mère femme de ménage, il est le parfait exemple de la méritocratie républicaine. Une enfance heureuse dans une famille de 11 enfants, une passion pour les lettres qui le conduit, après des études secondaires au lycée Roland Garros, à s’envoler pour Clermont Ferrand à l’âge de 17 ans, avec un bac mention très bien en poche, pour faire hypokhâgne, puis khâgne (classes préparatoires littéraires). Logiquement, ce sera ensuite Normal Sup (celle de Saint Cloud) et l’idée de se consacrer à l’enseignement. Mais sa soif d’apprendre le conduit à l’ENA (École nationale d’administration), la référence pour les hauts fonctionnaires, d’où il sortira administrateur civil au Budget. On le retrouve néanmoins dans le privé, à la direction financière de Renault.

LES RACINES CULTURELLES DE LA RÉUNION

Sa carrière sera faite de va et vient entre le constructeur automobile, avec notamment un poste de directeur financier des filiales brésiliennes pendant quatre ans, lui permettant de maîtriser le portugais, et des fonctions au sein de différents ministères et services de l’État. Consultant de Jean-Louis Bianco au ministère du Logement, il sera amené à se pencher sur la question du logement social. Un dossier primordial aux yeux de celui qui sait ce que veut dire la précarité. Aussi, ce normalien énarque ne cache pas sa fibre socialiste. Il sera également conseillé de Jacques Lang au ministère de l’Éducation, puis, à l’Inspection des Finances, il aura l’occasion de travailler de nouveau sur le logement social et en particulier sur le rapport qui prône l’apport de la défiscalisation à ce dispositif de l’État. Il retrouve ses racines réunionnaises en 2008 avec un poste de directeur général des services du Conseil général, puis prend la tête de la SAPHIR, société d’économie mixte chargée de la gestion de l’eau destinée à l’irrigation agricole dans le sud de l’île. « J’ai toujours travaillé avec passion et ce n’est pas la taille de l’entreprise qui compte », explique Bernard Fontaine pour qu’on comprenne mieux ses choix de carrière.
« La Réunion a beaucoup changé, c’est vrai, mais, sur un plan culturel, beaucoup moins qu’on ne pourrait le penser… Au contraire, on a constaté dans les années 80 un retour à ses sources en prenant conscience de son unicité dans sa diversité. » Il constate d’ailleurs que « La Réunion, c’est un mini Brésil » et que son origine réunionnaise n’est pas étrangère à son attachement à ce pays. Ce littéraire s’amuse à retrouver des racines portugaises dans certains mots créoles comme « bringelle » ou même des noms propres comme Técher. Quand on lui demande si sa maîtrise du portugais lui permettra d’envisager, pour le compte de la SIDR, des interventions au Mozambique, pays qui intéresse beaucoup les entrepreneurs de La Réunion actuellement, il se montre plus réservé. « Je ne crois pas vraiment à la vente d’ingénierie à l’extérieur. Et l’heure est plutôt au recentrage. » Ainsi, le retour aux sources culturelles qu’il évoque pour La Réunion est aussi de mise pour le bailleur social. Une révolution en quelque sorte ? « On peut le dire si l’on considère le sens de ce mot qui signifie retour au point de départ. » Concrètement, cela ne fera pas vraiment plaisir aux entreprises de construction car la SIDR va se consacrer davantage à sa mission sociale qui passe par l’animation des quartiers, leur structuration, et par la rénovation des logements. Sur un parc de 22 706 unités (dont 400 commerces), la SEM a recensé quelque 3 000 logements particulièrement dégradés. Le mouvement s’est amorcé en 2014 avec 225 logements réhabilités et s’amplifiera en 2015 avec un prévisionnel de 583. Des opérations qui se réalisent avec ou sans le concours de l’ANRU (Agence nationale de la rénovation urbaine).

LE DÉFI : FAIRE DU SOCIAL MAIS RAMENER LES COMPTES DANS LE VERT

Ce recentrage des activités est une nécessité économique car la SIDR a enregistré en 2013 un déficit de 5,5 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 123,5 millions. La restructuration passe par un allègement des réserves foncières qui s’élèvent à 78 hectares. « Quand on garde des terrains trop longtemps, on risque de subir une évolution des règles d’urbanisme avec des reclassements comme dans le Bas de la Rivière, à Saint-Denis, en zone inondable ou sur le littoral de Trois Bassins où des terres ont été reconverties dans l’agriculture. Ces réserves foncières génèrent également des coûts de gestion élevés qui n’ont rien à voir avec ce que doivent supporter les bailleurs sociaux en métropole. »

« Je ne crois pas vraiment à la vente d’ingénierie à l’extérieur. Et l’heure est plutôt au recentrage. » - DR
« Je ne crois pas vraiment à la vente d’ingénierie à l’extérieur. Et l’heure est plutôt au recentrage. » - DR

Bernard Fontaine aime à rappeler que la SDIR est d’abord un bailleur social avant d’être un constructeur de logements. Pour autant, il estime quand même les mises en construction à environ 750 en 2014. Quand on évoque les besoins énormes avec quelque 25 000 demandes non satisfaite, il tempère. « Ces chiffres sont à prendre avec précaution. On se situerait plutôt à 20 000 et il faudrait les examiner au cas par cas. Nous n’avons pas affaire à des SDF. »

ENTRETENIR L’ESPRIT PIONNIER

En matière de défiscalisation, il voit d’un bon œil la réforme, prévue en 2016, qui la remplacera par un crédit d’impôt. Cela revient un peu au même mais en évitant l’intervention de cabinets spécialisés qui surenchérit les coûts.
Bernard Fontaine croit en la mission sociale de la SIDR et dans l’idée de l’insertion par l’économie qui passe par l’implication des jeunes des quartiers dans les travaux. « Aux Camélias, à Saint-Denis, nous avons investi 130 millions, mais ce n’est pas encore suffisant. » Il croit aussi dans le soutien au secteur associatif et dans le SBA (Small Business Act) qui vise à rendre plus accessibles les appels d’offres aux petites entreprises. En la matière, le bailleur social se situe dans la continuité puisqu’il a été un pionnier dans cette démarche. « Pionniers, nous l’avons été aussi dans les chauffe-eau solaires que nous incluons dans les réhabilitations et, plus largement, dans le développement durable à travers les systèmes d’éclairage, les canalisations et la ventilation… » La limite reste le rapport qualité-prix, reconnaît néanmoins le directeur général.
Dans sa feuille de route, il a fait inscrire des programmes dédiés aux populations les plus vulnérables, aux seniors et aux personnes à mobilité réduite. La montée en puissance de la réhabilitation pourrait générer une véritable filière professionnelle. Et ce n’est pas évident car engager des travaux dans un logement occupé demande une parfaite synchronisation et un certain doigté.
Autre objectif de Bernard Fontaine, la revente d’appartements anciens à leurs occupants. Pas évident non plus quand il s’agit de collectif car il y a la question de la copropriété à régler si certains occupants sont propriétaires et d’autres seulement locataires.
Une chose est sûre en tout cas. Sous sa direction, la SIDR sera un peu moins un bâtisseur et un peu plus une assistante sociale. Une satisfaction pour le petit blanc des hauts, passionné par le Brésil et sa Réunion natale qui ressemble tant à ce pays.
 

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