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France

Bernard Lannes, président de la Coordination rurale : « Notre fonction première est nourricière »

1 mar 2019 | PAR La rédaction | N°337
« L’agriculture n’est plus une priorité européenne alors qu’elle demeure ou est devenue celle des États-Unis, de la Chine et de la Russie (où l’on parle d’arme alimentaire). » DR
Originaire du Gers, Bernard Lannes préside depuis 2010 le deuxième syndicat agricole de France qui revendique être « le premier 100 % agriculteurs ». Cet homme de convictions et d’expériences s’exprime sans langue de bois à l’occasion du Salon international de l’agriculture de Paris.

L’Eco austral : Qu’avez-vous pensé du discours d’Emmanuel Macron sur l’agriculture ?
Bernard Lannes
: C’était un beau discours. Mais au-delà des mots, il faut s’interroger pour savoir si, par exemple, l’avenir des agriculteurs français, c’est de déverser nos céréales subventionnées en Afrique pour nourrir ce continent. Limiter l’agriculture française à une vocation exportatrice est une hérésie totale, d’autant plus que notre profession est souvent la victime des négociations internationales. Les accords bilatéraux nous tuent car, trop souvent, nous sommes une variable d’ajustement dans les mains des politiques. Nous plaidons donc pour une exception « agriculturelle » qui allie la défense de notre fonc tion nourricière à l’échelon français et celle de la qualité de nos productions. 

Comment voyez-vous l’évolution des questions agricoles françaises dans les années à venir ?
Il est clair que les subventions européennes, indispensables à notre survie, vont baisser de 10 % à 15 %. Syndicat apolitique, nous constatons que dans un contexte de crise des migrants et de montée des extrêmes, l’agriculture n’est plus une priorité européenne alors qu’elle demeure ou est devenue celle des États-Unis, de la Chine et de la Russie (où l’on parle d’« arme alimentaire »). La Politique agricole commune (PAC) devrait être rebaptisée Politique alimentaire commune. Dans ce domaine, on doit tendre vers l’excellence, mais ce n’est pas le problème qui est bien celui de la financiarisation. Le prix des terres agricoles va continuer à monter et il faut s’adapter en conséquence pour rester compétitifs, loin de ceux qui voudraient faire de nous de simples « jardiniers du paysage »

Les Safer (sociétés d’aménagement foncier) ont-elles encore une utilité pour aider au maintien d’une agriculture paysanne ?
Nous sommes parties prenantes des Safer pour ne pas les laisser uniquement entre les mains de la FNSEA, mais, honnêtement, elles ne servent plus à rien si ce n’est à permettre à certains de s’agrandir.

Qui est responsable de la baisse des revenus agricoles et des faibles marges des exploitants ? 
Nous n’avons que ce que nous méritons. Le monde agricole continue à élire des représentants qui ne remettent pas en cause les choix erronés de nos dirigeants politiques. Les intermédiaires de l’agroalimentaire sont très concentrés et ont la mainmise sur certaines filières (lait, abattage...). Les coopératives, une structure saine en soit, représentent 60 % de la filière laitière par exemple, mais 75 % d’entre-elles sont concentrées et dans les mains effectives de groupes comme Lactalis ou Danone. Cela fausse les rapports de force.

Comment expliquez-vous la stagnation de vos résultats électoraux un peu au-dessus de 20 % ?
Le problème des élections aux chambres d’agriculture, c’est que ce ne sont pas de réelles élections syndicales, au sens propre du mot. Au sein de la Coordination rurale, nous nous arrêtons à la ferme, à la vie des exploitations, tandis que la FNSEA, liée à la MSA et au Crédit Agricole, va beaucoup plus loin et inclut par exemple l’agroalimentaire. Les chambres d’agriculture s’éloignent des réalités du terrain et l’on pourrait aisément s’en passer. D’où la forte augmentation de l’abstention ces dernières années.

Certains pays européens défendent ils-mieux que nous leur agriculture ?
Oui, bien sûr. C’est le cas de l’Autriche, mais aussi plus près de nous de l’Espagne où l’agriculture est considérée comme un moyen de sauver l’économie du pays et où l’eau est une priorité nationale. 

Comment appréhendez-vous la dérive radicale de certaines associations véganes et de défense du bien-être animal ?
L’évolution des modes de consommation n’est pas gênante en soit. Ce qui nous inquiète, c’est le militantisme agressif de certaines associations comme Boucherie abolition ou L269. Là, c’est la démocratie et la pluralité des choix de vie qui est remis en cause. J’irai même plus loin : il y a au sein de certaines associations une dérive sectaire pointée par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires - NDLR). 

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