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Bertrand Mallet, chargé de mission au conservatoire de Mascarin : «Il faut sauver le bois de paille-en-queue »

1 nov 2018 | PAR La rédaction | N°334
L’environnement n’était pas une préoccupation à l’époque de sa construction, il y a 40 ans, et le bois de paille-en-queue a souffert. DR
À proximité du chantier de la NRL pousse une espèce végétale endémique aux Mascareignes, le bois de paille-en-queue. Des moyens sont déployés pour la préserver.

Tout le monde voit les filaos déracinés sur les plages de l’Ouest et comprend qu’il s’agit d’un problème lié à l’environnement. En revanche, d’autres dégradations passent complètement inaperçues, comme par exemple la disparition du bois de senteur (ou de chanteur). « Il en est fait mention dans la littérature du XIXe siècle comme d’un arbre très commun dans les zones basses de l’Ouest de La Réunion », explique Bertrand Mallet, chargé de mission au Conservatoire botanique national & Centre permanent d’initiatives pour l’environnement de Mascarin.
« Dans les années 1970, l’espèce semblait avoir disparu, puis les recensements successifs ont permis de retrouver… cinq pieds naturels seulement ! Les deux premiers, retrouvés dans la nature, ont été bouturés par des naturalistes réunionnais puis transmis au Conservatoire botanique national de Brest (celui de La Réunion n’existait pas encore). Il s’est avéré que ces deux pieds ont fleuri et correspondaient à un mâle et une femelle, ce qui a permis de produire des graines à Brest et de produire de jeunes plants en quantité pour les envoyer à La Réunion. Mais cela montre combien notre environnement est fragile et doit être surveillé. »

Espèces envahissantes

Ainsi du bois de paille-en-queue (ou bois de chenilles), un arbuste qui pousse à proximité du chantier de la NRL, sur la falaise qui sur-plombe la route actuelle. L’environnement n’était pas une préoccupation à l’époque de sa construction, il y a 40 ans, et le bois de paille-en-queue a souffert. Les travaux palliatifs (filets, gabions, purges préventives) n’ont fait qu’aggraver la situation, créant des conditions favorables pour des espèces envahissantes comme la liane papillon. Tout est mis en œuvre pour éviter que la NRL ne répète les mêmes erreurs. « Le bois de paille-en-queue est en danger mais la bonne nouvelle est qu’il est capable de pousser ailleurs que sur la falaise qui longe la route du littoral. On peut donc faire des récoltes et des germinations, même ici au conservatoire de Mascarin, loin de la mer. »
On a fait des expérimentations pour connaître l’influence de l’air salin sur son développement, par rapport à la liane papillon. En clair, on a mis des plants en compétition et on a mesuré leur développement en fonction des conditions. Au final, il semble que l’espèce envahissante est plus sensible aux embruns. Elle pourrait donc être favorisée par la NRL, car les digues peuvent perturber le milieu naturel en protégeant la falaise des embruns. « Dans le plan directeur de conservation du bois de paille-en-queue, que nous avons rédigé, nous proposons de mettre en œuvre une gestion des menaces à l’échelle de la falaise littorale du Nord-ouest de La Réunion et de développer et tester des protocoles de réintroduction par semis directs. » 
On notera que le bois de paille-en-queue est endémique aux Mascareignes (Réunion et Maurice) mais qu’il a déjà presque totalement disparu de l’île sœur, où il ne resterait qu’une dizaine de spécimens.

Forêt semi-sèche
C’est l’exemple même de mesure dont la durée dépasse de très loin celle du chantier, car on ne fait pas pousser une forêt en quelques années ! Sur le secteur de la Grande Chaloupe, des reliques de forêt sèche et de nouvelles parcelles acquises spécialement à cet effet par le Conservatoire du littoral, font l’objet de plantation et d’entretien. Ceci dans le cadre du projet « Life+ Forêt sèche » piloté par le Parc national de La Réunion et le Conservatoire du littoral.
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