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France

César Macron bafoué par les irréductibles Gaulois

1 déc 2018 | PAR Alain Foulon | N°335

En quelques semaines, la France vient de vivre des événements qui s’inscriront dans les livres d’Histoire. Un mouvement national de révolte populaire, s’identifiant par des gilets jaunes, a jailli soudainement en dehors de tout cadre institutionnel, rejetant toute référence aux partis politiques et aux syndicats jugés non représentatifs et carrément « vendus ». On peut y voir naturellement la révolte de la « France périphérique », celle des laissés-pour-compte de la mondialisation. Cette analyse n’a rien d’original et elle a été minutieusement détaillée par Christophe Guilluy depuis près de trente ans, signe que le malaise ne date pas d’hier. Ce géographe est connu pour des ouvrages plus récents qui ont défrayé la chronique : Fractures françaises (2013), La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (2015), Le Crépuscule de la France d’en haut (2017) et No society – La fin de la classe moyenne occidentale (octobre 2018). Dans ce dernier ouvrage, il se penche sur la vague populiste qui traverse le monde occidental et l’on peut dire que le mouvement des Gilets jaunes surfe sur cette vague. 

Fracture territoriale et fracture culturelle

Mais dès 1990, Christophe Guilluy avait publié un Atlas des fractures françaises qui faisait le constat des inégalités spatiales. Si, en bon géographe, son auteur examine les fractures sociales sur un plan territorial, on pourrait aussi parler de fracture culturelle pour décrire cette division d’un pays en deux blocs antagonistes. Le rejet par référendum en 2005 (avec  54,68 % de « non ») du « traité établissant une Constitution pour l’Europe » a été un signe fort du décalage entre le « pays légal » et le « pays réel ». En effet, ce traité avait été signé à Rome par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne le 29 octobre 2004. Mais plutôt que d’en tirer des leçons, ces derniers l’ont remplacé par le traité de Lisbonne, non soumis à référendum et entré en vigueur le 1er décembre 2009. Dans un pays comme la France, l’un des rares au monde, avec l’Angleterre et la Russie, à avoir été régicide, l’ordre établi par la nouvelle Rome siégeant à Bruxelles ne pouvait être qu’un désordre établi. La révolte actuelle est une réaction à la paupérisation d’une partie des Français qui subissent l’explosion des taxes. Quelques chiffres suffisent à le comprendre. Depuis 2009, on enregistre 17 milliards d’euros de taxes locales nouvelles, 25 milliards d’euros d’impôts sur le revenu en plus et 36 milliards d’euros supplémentaires de TVA, cette taxe sur la consommation. Et nous ne parlons pas de la CSG qu’Emmanuel Macron avait décidé d’alourdir pour les retraités. 
Au total, Eric Verhaeghe (*) montre que si l’on prend tout en compte, y compris la TVA, plus de 90 milliards d’euros supplémentaires ont été ponctionnés aux ménages depuis 2009.

« Gouverner, c’est prévoir » 

L’autre enseignement du mouvement des Gilets jaunes est l’amateurisme des dirigeants actuels de la France et leur méconnaissance du pays. À croire que le pouvoir est entre les mains d’une bande de technocrates déconnectés de la réalité. « Gouverner, c’est prévoir » ; si l’on s’en tient à ce précepte, on peut dire qu’Emmanuel Macron ne maîtrise pas l’art de gouverner. Il a dû s’adresser aux Français d’un air pantois, allant jusqu’à leur adresser des excuses et lâchant beaucoup de lest. Quoi qu’il arrive, on peut donc dire que les Gilets jaunes ont gagné… 
Devenu monarque par la magie de la Constitution de la Ve République, Emmanuel Macron a oublié que sa base électorale n’était que de 18,19 %, le pourcentage de votes qu’il a recueillis (par rapport au nombre d’électeurs inscrits) au premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Et s’il l’a emporté au deuxième tour, avec 43,61 %, face à Marine Le Pen, ce n’était pas un mouvement d’adhésion à sa personne mais plutôt un rejet de la présidente du Front national. Aujourd’hui, son quinquennat est fortement écorné et celui qui voulait conduire de grandes réformes économiques est condamné à faire du social. Avec quel argent ? La question se pose. 
On ne peut pas tondre davantage la classe moyenne. Les riches ont pour beaucoup quitté le pays et le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF) ne réglerait pas la question. Emmanuel Macron en sera-t-il réduit à vendre la France à de riches émirs et autres rois du pétrole ? Il est temps d’alléger les impôts et de favoriser la création de richesse. Pour cela, il faut rétablir l’ascenseur social pour ne pas condamner les jeunes Français les plus prometteurs à s’expatrier. Il faut aussi en finir avec le capitalisme de connivence et laisser prospérer les vrais entrepreneurs, ceux qui prennent des risques. 

(*) Né en 1968, Eric Verhaeghe est un énarque atypique. Il est le fondateur du cabinet d'innovation sociale Parménide et de Tripalio, premier site en ligne d'information sociale. Il est l'auteur de Jusqu'ici, tout va bien ! - Énarque, membre du Medef, président de l'Apec, je jette l'éponge ! et de Faut-il quitter la France ? 

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