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Charles Cartier : « Nous sommes en pleine guerre mondiale des talents »

1 mai 2016 | PAR Annie Lebot | N°308
Charles Cartier, président de l’OTAM (Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius) : « Les entreprises doivent s’adapter aux besoins d’un marché extrêmement mouvant, impliquant que nos ressources doivent être formées et sans cesse reformées, une réalité peu évidente à comprendre lorsqu’on évolue loin de cette économie. » Annie Lebot
Selon le président de l’OTAM (Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius), Maurice se positionnera comme pôle d’excellence africain des TIC si elle sait retenir ses talents et attirer les compétences étrangères.


Face aux nouvelles vagues des technologies de l’information et de la communication - le big data, l’intelligence artificielle, la 3D, les jeux vidéos, la réalité augmentée, le développement d’applications mobiles, sans oublier les services externalisés - le gouvernement a-t-il mis en œuvre une stratégie claire et visionnaire, notamment dans la formation des jeunes ? C’est la question posée par Charles Cartier, président de l’OTAM, association représentative des entreprises du secteur. Sans être alarmiste, il incite les autorités mauriciennes à mesurer l’urgence des besoins en compétences humaines. C’est en prenant ce point en considération que Maurice trouvera les arguments pour atteindre et conforter une position de leader dans le secteur des nouvelles technologies. 

SUPPRIMER LES BOURSES ET PROPOSER DES FORMATIONS POINTUES SUR PLACE
Conduisant son troisième mandat à la tête de l’OTAM depuis son élection le 29 mars dernier, Charles Cartier incite à l’organisation d’un vrai débat national sur les mesures qui doivent être prises pour retenir et attirer les cerveaux dans l’île. Déjà, rappelle t-il, dans sa globalité, l’industrie digitale est constamment confrontée à des bouleversements parce que les technologies évoluent très vite. « Les entreprises doivent s’adapter aux besoins d’un marché extrêmement mouvant, impliquant que nos ressources doivent être formées et sans cesse reformées, une réalité peu évidente à comprendre lorsqu’on évolue loin de cette économie ». Le président de l’OTAM fait ici allusion à un listing de propositions faites au ministère compétent voilà un an pour accélérer la croissance du secteur. L’association y signalait notamment la situation désavantageuse de l’île à cause de son pool de talents limités qui oblige au recrutement extérieur. Certes, convient-il, ce problème de manque d’effectifs n’est pas propre à Maurice car il prend d’abord racine dans le phénomène de désaffection, à échelle mondiale, de la filière STEM propre à l’enseignement anglophone – Science, Technology, Engineering and Mathematics -, alors que celle-ci offre d’intéressantes perspectives d’avenir dans les domaines des nouvelles technologies. En guise de remède, l’administration Obama a pris voilà deux mois la décision d’offrir sa Green Card pendant trois ans au jeune qui aura fait le choix de suivre cette filière d’études dans son pays d’origine. « N’est-ce pas la preuve que nous sommes bel et bien entrés dans une guerre des talents », expose Charles Cartier. Et pour disposer de ressources humaines compétentes, Maurice doit trouver des solutions. Parmi elles, le président de l’OTAM évoque la possibilité de se servir de l’argent des bourses d’État pour attirer les meilleurs universitaires et former la crème des étudiants sur place, plutôt que de les pousser à étudier à l’étranger où ils finiront par s’installer.  

PROFITER DU DYNAMISME DE LA COMMUNAUTÉ HIGH TECH

Au delà de cette problématique de fuite des cerveaux vers l’étranger, Charles Cartier n’envisage pas le développement des TIC sans un boom conséquent des petites entreprises. D’ailleurs, l’émergence d’organisations comme Mauritius Maker Community, Mauritius Internet User Group ou encore Mauritius Software Craftmen Community, très impliquées dans l’organisation d’événements, de débats et de rendez-vous pour passionnés – Code & Coffee et la Developer Conference (DevCon) - témoigne du dynamisme de la communauté high tech locale. La fièvre des start-up s’est également emparée du secteur privé qui poussent les jeunes à innover (voir nos encadrés à ce sujet). L’île compte même quelques « succes stories » qui boostent les jeunes ambitions. Gaston Clarenc, aujourd’hui à la tête de mycar.mu, était loin de se douter que myjob.mu, le portail de l’emploi mauricien lancé en 2008 avec son associé d’alors, allait être racheté plus de 20 fois sa valeur un an plus tard par le poids lourd irlandais Soum Group. Quant à Dietsensor – un capteur moléculaire qui lit les nutriments des cellules d’un aliment ou d’une boisson  - une application développée dans l’île – il a été distingué dans le cadre des CES Innovation Awards 2016 dans la catégorie Software et Mobile Apps, le plaçant parmi les 27 meilleures innovations digitales au monde. 
 

La « Cybercité » est encore loin d’être la Silicon Valley de l’océan Indien.  Si 600 entreprises évoluent dans le secteur des TIC et du BPO, les start-up demeurent peu nombreuses.  Davidsen Arnachellum
La « Cybercité » est encore loin d’être la Silicon Valley de l’océan Indien.  Si 600 entreprises évoluent dans le secteur des TIC et du BPO, les start-up demeurent peu nombreuses.  Davidsen Arnachellum
 

« LE PROFIL DE L’INVESTISSEUR DOIT CHANGER »

Dirait-on que la place mauricienne a du dynamisme à revendre ? Certes, mais la situation est loin d’être pleinement satisfaisante et les autorités doivent pour cela aider les petites structures à prendre leur place, selon Charles Cartier. Sur les 600 entreprises affiliées au secteur des TIC et du BPO (Business Process Outsourcing), 40 emploient aujourd’hui 80% des 20 000 personnes y travaillant. « Si nous n’inversons pas la tendance, nous n’aurons pas réussi, insiste le président de l’OTAM, car des petites structures naissent le dynamisme, les initiatives novatrices et le souffle pour impulser l’emploi et développer l’économie. » Dans cette veine d’idées, l’association a déjà transformé ses statuts pour accueillir les petites entreprises en ramenant leur taux de contribution à hauteur de 1/7ème par rapport aux plus grandes. L’OTAM espère ainsi recruter des membres à nouveau profil.
Un autre enjeu porte sur la capacité de l’administration à sortir de sa définition actuelle de l’investisseur. Si, dans les années 80, Maurice a imaginé son développement en retenant uniquement les gros investisseurs tournés vers l’immobilier et l’industrie, le Board of Investment (BOI) devrait être capable d’imaginer un autre dispositif d’accueil à destination du détenteur de 10 000 euros et d’une brillante idée. « Nous devons laisser entrer au moins 200 entrepreneurs correspondant à ce profil pour que un à cinq sortent du lot, il s’agit d’un rapport purement mathématique qui permettrait peut-être à Maurice d’accoucher d’un second Mark Zuckerberg. Proche de nos côtes, Madagascar a la réputation d’être meilleure que Maurice pour produire et retenir les produits STEM et si la Grande île devait un jour bénéficier d’un climat politique stable, Maurice deviendrait aussitôt insignifiante sur la scène nternationale de l’économie digitale, conclut Charles Cartier.

Elizabeth Ellis, Project Manager de La Turbine.
Elizabeth Ellis, Project Manager de La Turbine.

LE GROUPE ENL LANCE LA TURBINE POUR INCUBER DES START-UP
La naissance en octobre 2015 de La Turbine, incubateur de start-up né de l’impulsion du groupe ENL, est parmi les meilleures illustrations d’une tendance, celle de l’initiative entrepreneuriale sous mode 2.0. Le Business Idea Competition, concours intervenu pour marquer son lancement officiel avait alors rallié 120 participants et l’événement a permis de mettre en évidence cette réalité, rappelle Elizabeth Ellis, Project Manager de La Turbine. « Dix projets sur les 15 retenus en finale sont des plateformes de services internet ou des applications mobiles. » 

LE MÉDIA ONLINE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES
En février 2015, deux mordus ont lancé ICT.io, un site internet d’informations entièrement dédié au secteur TIC et BPO à Maurice et dans l’océan Indien. Si ce média online couvre l’actualité du secteur, tient un calendrier qui permet de voir l’essentiel des rendez-vous et donne la parole aux professionnels, il propose aussi des rubriques plus originales, comme celle dédiée aux tests de services en ligne et app mobiles, ou encore celle qui informe sur les gadgets et technologies disponibles à Maurice. Souhaitant être la parole, l’œil et l’oreille d’une communauté high-tech de plus en plus avertie et soucieuse de partager, ICT.io est l’incarnation d’une passion commune de deux Français pour les nouvelles technologies : Vincent Pollet, issu d’une école supérieure de commerce et Louis Oberlé, ingénieur informatique. En lançant cette plateforme pour les amoureux de high-tech, ils ont occupé une place qui ne demandait qu’à être prise, compte tenu de l’importante progression que connaît ce secteur d’activité.
LA BARCLAYS SE LANCE AUSSI DANS L’INCUBATION
La banque a lancé officiellement le 16 avril, à l’hôtel Labourdonnais, « Elev8 », son incubateur de start-up en présence du ministre de la Technologie, de la Communication et de l’Innovation, Etienne Sinatambou. Avec ce programme, pas moins de 20 entrepreneurs pourront bénéficier d’un soutien pour concrétiser leur projet d’entreprise.  
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