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Océan Indien

CHRIS HARKER, CEO DE CIMENTIS : « Nous avons saisi l’opportunité d’acquérir une dimension régionale »

31 mai 2022 | PAR Jean-Michel Durand | N°368
Chris Harker : « Cementis s’appuiera sur l’expertise et l’engagement de ses équipes pour être, encore davantage, un acteur régional responsable et fiable dans son domaine. » Photo : Davidsen Arnachellum
Six mois après l’acquisition de LafargeHolcim Océan Indien par Cementis, filiale du groupe mauricien Taylor Smith, le Britannique Chris Harker, « Chief Executive Officer » (CEO) de Cementis Océan Indien, dresse un état des lieux. Il précise les ambitions de ce nouvel acteur régional présent à La Réunion, à Maurice, à Madagascar, à Mayotte, aux Comores et aux Seychelles.

L’Éco austral : La vente des activités de Lafarge et d’Holcim dans notre région signe le départ du géant LafargeHolcim (devenu Holcim) après 70 ans de présence. Comment expliquez-vous ce retrait ? Et peut-on avoir une idée du montant de la transaction ?
Chris Harker
: Holcim opère sur de nombreux marchés et l’on peut penser que son retrait de l’océan Indien est un choix stratégique visant à optimiser davantage son portefeuille, conformément à son modèle économique. Pour notre groupe, c’était une excellente opportunité de prendre une dimension régionale. Concernant le montant de la transaction, nous ne sommes pas en mesure d’en fournir les détails financiers, comme vous pouvez certainement le comprendre. 

Si toutes les entités ont été renommées Cementis, les marques des produits restent les mêmes : Baobab à Maurice, Volcan et Kosto à La Réunion, Lova, Orimbato et Manda à Madagascar, Hodari aux Comores et à Mayotte. Pourquoi ?
Le marché du ciment dans la région a proposé pendant longtemps une offre relativement limitée. Il nous apparaissait important de conserver ces marques fortes, respectées et reconnues pour leur qualité par nos clients. Parallèlement, nous avons choisi d’agrandir notre offre en adoptant de plus en plus de matières premières locales. Cela nous permettra de proposer des produits et services encore mieux adaptés aux besoins spécifiques de nos clients.

Comment analysez-vous les différents marchés du ciment dans la sous-région ? 
L’océan Indien est un marché diversifié offrant un équilibre entre des marchés matures, Maurice et La Réunion, et émergents lesquels se situent à divers stades de développement et de niveau de consommation. Les marchés de Maurice et de la Réunion nous permettent d’améliorer l’offre de nos produits en apportant des solutions spécifiques aux ingénieurs, architectes et maçons qualifiés comme à l’industrie de la construction en général. Les exigences de ces marchés nous offrent une opportunité d’intégration verticale de notre activité en produits et services, comme on peut le voir à La Réunion. En revanche, les marchés émergents sont à des stades de développement très différents. Celui qui offre le plus grand potentiel est Madagascar. Dans la Grande Île, nous avons une usine intégrée allant de la matière première à la production de clinker (un constituant du ciment composé de calcaire et de silice - NDLR). Si elle fonctionne actuellement à pleine capacité, sa production est complétée par des importations en vrac, livrées au port de Tamatave (Toamasina). 


Le marché du ciment est un bon indicateur de la santé d’une économie. Un adage bien connu veut que « quand le bâtiment va, tout va ». Constatez-vous de gros projets dans les différentes îles ?
La demande de ciment est tirée par trois secteurs que nous segmentons en « résidentiel » (développement privé), « non résidentiel » (les marchés des bureaux et des bâtiments à plus grande échelle) et « infrastructurel » (des grands travaux liés à la fois à des investissements publics et privés). Nous avons observé différents développements infrastructurels clés dans la région, en particulier autour des transports et des installations portuaires. Ces investissements sont essentiels pour développer et soutenir la compétitivité de nos économies de manière durable. Par exemple, Cementis (Madagascar) participe à l’extension du port de Toamasina en développant une surface de 15 hectares pour stocker des conteneurs et en produisant 3 150 blocs en béton pour protéger les futurs quais et embarcadères contre les vagues. Ces travaux vont réduire les coûts de transport et permettre d’augmenter la capacité de transbordement. 

Le ciment est un produit qui dégage peu de valeur ajoutée. Maurice et La Réunion étant des marchés plus « matures », peut-on imaginer le lancement de produits plus élaborés ?
Je ne partage pas votre avis ! Le ciment a une forte valeur ajoutée avec l’ajout d’une gamme de produits allant de la pouzzolane (roche volcanique utilisée dans la fabrication de certains ciments à prise lente - NDLR) aux cendres volantes, en passant par le calcaire, le gypse et bien plus encore. Ces produits ont des propriétés spécifiques qui complètent davantage la valeur créée par l’industrie de la construction. Au fur et à mesure que nous développons et étendons notre portefeuille, nous interagissons constamment avec toutes nos parties prenantes sur le développement de produits, l’inventaire disponible et l’intégration verticale. Les clients sont toujours au premier plan de nos réflexions et de nos objectifs. 

Cementis Océan Indien, c’est aujourd’hui cinq terminaux de ciment et surtout une usine intégrée, une usine de broyage et une usine de béton préfabriqué. Peut-on imaginer une meilleure synergie entre vos différents sites industriels ?
Les différentes demandes du marché nécessitent autant de solutions, et ces solutions découlent souvent de la disponibilité des matières premières. Nous sommes heureux d’avoir acquis des actifs de haute qualité sur lesquels nous pouvons désormais nous appuyer en intégrant ou en développant verticalement nos opérations existantes. Nous allons augmenter l’offre globale pour nos clients, en investissant dans l’amélioration de nos offres à valeur ajoutée et de notre périmètre géographique. Pour accroître la synergie  entre nos différents sites industriels, il faut aussi cibler des investissements en mesure d’accompagner la réduction continue de notre empreinte environnementale. Cela passe sans aucun doute par une efficacité accrue, une maximisation de contenu local associé à un approvisionnement réfléchi et équilibré de toutes nos matières premières, produits et consommables. Tout ceci avec une approche ciblée sur l’ensemble de la chaîne de valeur. 

L’outil industriel mauricien comprend neuf silos à ciment d’une capacité de stockage de 35 500 tonnes.
L’outil industriel mauricien comprend neuf silos à ciment d’une capacité de stockage de 35 500 tonnes.  Photo : Davidsen Arnachellum
 

Justement, selon certaines études, la production de ciment représente 7 % des émissions mondiales de CO2. Face à cela, les acteurs mondiaux du secteur veulent réduire leurs émissions de CO2 d’un quart d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050. Comment cela se passe-t-il pour Cementis ?
Le changement climatique est un défi majeur. Toutes les entreprises ont un impact sur le climat et la nôtre également. Je suis dans le métier depuis 25 ans, c’est un sujet sur lequel le secteur réfléchit depuis longtemps. À Cementis, nous développerons nos propres capacités en recherche et développement avec nos propres laboratoires pour développer des technologies alternatives permettant de réduire les émissions de CO2. Des investissements sont en cours pour développer des produits verts et capturer le dioxyde de carbone produit dans le processus de production et les processus en aval. En outre, à Maurice, nous n’utilisons plus de sacs en polypropylène et nous cherchons à réduire tous les plastiques, tant dans les unités industrielles que dans les bureaux. Mais ce n’est qu’une partie du processus. Pour réduire notre empreinte carbone, nous sélectionnons rigoureusement nos fournisseurs de ciment et de clinker, nous misons sur l’efficacité de la logistique associée, la maximisation du contenu local et l’exploitation minière urbaine, à savoir le recyclage et la réutilisation des déchets de construction. Il s’agit d’auditer les fournisseurs pour s’assurer qu’ils soient conformes à ce qu’ils prétendent être, de s’approprier notre chaîne d’approvisionnement et de responsabiliser les entreprises. 

Expérience  en béton

Chris Harker, CEO de Cementis Océan Indien, a plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie du ciment. Il a notamment travaillé pour Blue Circle et Italcementi, avec une solide expérience en fusion et acquisition. Il collabore avec Heba Capdevila, directrice générale de Cementis (Mauritius) et Chief Operating Officer (COO) du groupe.
Cementis (Réunion)
 
Si Holcim Réunion a vu en 2020 son chiffre d’affaires baisser de 24,18 %, à 31,5 millions d’euros, elle a pu réduire fortement ses pertes à 1,9 million d’euros, alors qu’elle s’élevaient à 18 millions d’euros en 2019. On peut penser que la priorité de Cementis, après son rachat en 2021, sera d’améliorer encore la rentabilité pour atteindre l’équilibre puis dégager un résultat positif. Pour cela, il dispose des atouts d’une entreprise présente sur toute l’île. Cementis (Réunion) dispose d’une capacité de production de 200 000 m3 de béton par an qui sont utilisés dans la construction de bâtiments, dans la voirie, les travaux routiers et le génie civil. La filiale réunionnaise du groupe possède son propre laboratoire situé au Port qui contrôle les résistances de ces bétons pour être conformes à la norme NF EN 206-1. Toutes ses centrales à béton sont certifiées Norme française (NF). Cementis (Réunion) produit une gamme complète de ciments normalisés, en vrac et en sac. Sur le marché du vrac, trois produits sont commercialisés auprès des centrales à béton et des usines de préfabrication : Le CEM II 42.5 PM (destiné aux travaux de bâtiment et de génie civil nécessitant de fortes résistances à court terme) ; Le CEM III 42.5 PMES (destiné aux travaux en mer) ; Le CEM I 52.5 (destiné aux bétons de bâtiment et de génie civil). Sur le marché du sac, Cementis (Réunion) distribue les marques Volcan et Kosto, disponibles en version classique, et Magik.
Cementis (Maurice)
 
Lafarge (Maurice) a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 39,2 millions d’euros. Son site industriel comprend neuf silos à ciment d’une capacité de stockage de 35 500 tonnes, une station de mélange, un palettiseur automatique offrant une livraison sur palette, trois points d’ensachage et une déchargeuse pouvant atteindre une vitesse de chargement de 450 tonnes par heure. En 2019, pour ses 60 ans, Lafarge (Maurice) a inauguré son troisième Baobab Distribution Centre avec une capacité de stockage de 3 000 tonnes. Appartenant aujourd’hui au groupe Cimentis, l’entreprise offre un service de livraison de ciment en sac et en vrac de la marque Baobab. Les différents types de ciment à Maurice sont Baobab CEM I 42.5, Baobab CEM II 42.5, Baobab CEM II 32.5 et Baobab 22.5 (ciment de maçonnerie). Cementis (Maurice) fournit également le marché rodriguais.
Cementis (Madagascar)
 
Dans la Grande Île, Holcim Madagascar a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 44,1 millions d’euros et un résultat net de 550 000 euros. L’entreprise fournit le secteur de la construction et distribue ses produits sous les marques Lova, Orimbato, Manda et Toky. Cementis (Madagascar) est certifiée aux normes ISO 9001 et 14001 et respecte des standards élevés en matière de système de management de la qualité et de l’environnement. L’entreprise participe aux grands travaux : elle a approvisionné en ciment la construction du stade Barea Mahamasina d’une capacité de 40 000 places assises, au centre de Tana, et celle de la rocade Iarivo qui relie les rues principales de la capitale à la route nationale 2 sur 8,2 kilomètres de long. C’est la première fois que le béton extrudé a été utilisé pour un projet à Madagascar. L’entreprise participe aussi à l’extension du port de Toamasina en développant une surface de 15 hectares pour stocker des conteneurs et en produisant 3 150 blocs en béton pour protéger les futurs quais et embarcadères contre les vagues.
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