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Christine Nguyen Thac Lam, Chief Operating Officer chez Harel Mallac : « Notre ambition est d’accompagner la transition énergétique mondiale »

Pour plus d’efficacité face aux nouveaux défis du monde, Christine Nguyen Thac Lam repense l’organisation de Harel Mallac, passant d’une hiérarchie pyramidale à une structure matricielle. Davidsen Arnachellum
Faire de Harel Mallac une entreprise régionale, c’est la mission de Christine Nguyen Thac Lam dont la vie est presque un roman. Une histoire qui commence dans les derniers feux de la guerre du Viêt-Nam pour rebondir en France et finalement à Maurice.

Une autre époque : 1975, l’année de la chute de Saïgon. « C’est là où je suis née. Saïgon et non Hô-Chi-Minh-Ville. » À la fin de la guerre du Viêt-Nam et après la défaite du régime pro-occidental, le pays est réunifié et la capitale du Sud Viêt-Nam est rebaptisée du nom du père de l’indépendance, Hô Chí Minh. « C’est sans doute le premier tournant de ma vie », explique, émue, Christine Nguyen Thac Lam. Il est vrai que le destin personnel de la Chief Operating Officer (COO) de la division Equipment & Systems du groupe Harel Mallac est intrinsèquement lié aux soubresauts de l’Histoire. 
Son père, colonel dans l’armée sudiste, et sa mère, professeur de mathématiques, décident de quitter leur pays : « Nous savions que c’était un adieu. » Mais au lieu de s’envoler vers les États-Unis via le programme de réinsertion mis en place par l’armée américaine, la famille Nguyen Thac met le cap sur la France. « Ma mère y avait des frères qui étaient médecins en Bretagne ». C’est finalement à Taverny, en banlieue parisienne, que la famille s’installe.  

De Louis Le Grand à HEC

L’adaptation de cette enfant unique se fait très vite. « Moi qui parlais à peine français à mon arrivée, je parvins à pratiquer couramment la langue de Molière en six mois. » Douée, l’adolescente enchaîne une scolarité brillante au point où, au collège, un de ses professeurs lui parle des classes préparatoires, ces filières d’enseignement supérieur extrêmement sélectives préparant aux concours d’admission aux grandes écoles. « Je n’en avais jamais entendu parler », avoue-t-elle. Et c’est ainsi qu’elle est reçue au lycée Louis Le Grand, à Paris, l’un des plus célèbres établissements français d’où est issue une grande partie de l’intelligentsia hexagonale et francophile internationale. Bac scientifique en poche (obtenu avec mention), elle intègre une classe prépa pour la célèbre école des Hautes études commerciales (HEC). « Ma famille a dû déménager à Paris pour me soutenir. » Il est vrai que les prépas sont réputées pour le travail intensif qu’elles exigent. « Je n’ai pas beaucoup profité du Quartier latin », avoue-t-elle.
Fraîchement diplômée, elle est embauchée en 1991 par la filiale française (14 milliards d’euros de chiffre d’affaires) de la « super major » pétrolière ExxonMobil. Spécialiste du contrôle de gestion et financier, elle y restera 13 ans avant de rejoindre un autre géant, celui-là des biens de consommation courante : Procter & Gamble France (deux milliards d’euros de chiffre d’affaires). Elle poursuit sa carrière dans une division d’Alcan, spécialiste de l’aluminium et filiale du groupe anglo-australien Rio Tinto. Mais son rachat par un fonds d’investisse ment américain la fait basculer dans le capitalisme le plus sauvage. « Une pression constante et irrespirable pour satisfaire les actionnaires. Mais j’y suis devenue une experte en cash flow et en gestion d’organisation. »
Un chasseur de tête la contacte alors et lui propose de venir à…Maurice. « Pays que je ne connaissais pas ». L’opportunité qui s’offre à elle est de devenir Chief Financial Officer (CFO, directrice financière) pour le cluster Pepsi du groupe Currimjee. « Dès ma rencontre avec Azim (le Managing Director de Quality Beverages Limited), j’ai été séduite par le challenge. J’étais revenue dans une entreprise à taille humaine. » Elle assure dès lors la fusion entre Quality Beverages et Vital en mettant en place les meilleures pratiques financières et managériales. 


« La transformation organisationnelle que j’ai mise en place dans ma division pourra servir de test pour l’ensemble du groupe. »  Davidsen Arnachellum
 

Repenser l’organisation

Fin 2016, elle est contactée par Charles Harel, le CEO du groupe Harel Mallac. Pour se voir proposer, à sa grande surprise, un poste de Chief Operating Officer (COO, directeur général des opérations) avec pour mission la prise en charge de la division Equipment & Systems du groupe. Cette fois, elle n’est plus dans la stratégie mais responsable des opérations, à la tête de quatre entités : EO Solutions, Linxia, Novengi et, depuis mars 2017, Corex Solar International. C’est un véritable baptême du feu pour Christine Nguyen Thac Lam qui commande des analyses pour mieux comprendre les événements, consulte les équipes et partage ses ressources. Pour répondre aux défis du monde d’aujourd’hui, elle repense l’organisation pour la rendre plus efficace en passant d’une hiérarchie pyramidale à une structure matricielle. « En bref, il s’agit de mettre en place le sens du service en interne. Cette transformation organisationnelle que j’ai mise en place dans ma division pourra servir de test pour l’ensemble du groupe. » Mais le vrai tournant du groupe est le choix stratégique de l’énergie renouvelable. « Cela a débuté avec l’inauguration, en 2017, de la ferme solaire de deux mégawatts, Solar Field, une filiale du groupe, à Mont Choisy. C’était la deuxième ferme photovoltaïque de l’île. » La stratégie s’est poursuivie avec le rachat de 51% de Corex Solar International, société spécialisée dans l’énergie solaire et basée à La Réunion. 
« Je dois souligner que cette opération n’a pris que six mois. C’est bien la preuve que la culture d’entreprise a changé chez Harel Mallac. Cette opération stratégique nous permet de devenir un acteur incontournable de l’énergie photovoltaïque dans l’océan Indien et en Afrique en nous appuyant sur la technologie et l’expertise françaises et le network mondial de Corex Solar International. Déjà présents à Madagascar, à La Réunion, en Zambie, en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda, nous allons pénétrer le marché international. Notre ambition est de faire de Harel Mallac un groupe régional qui accompagne la transition énergé -tique mondiale ! » Une femme qui ne manque pas de ressources.


Franck Rivas-Manzo (à g.), président de Corex Solar International, et Charles Harel, CEO du groupe Harel Mallac, signant le 17 avril 2018 l’accord finalisant la prise de participation de 51 % dans la société spécialisée dans l’énergie solaire par le groupe Harel Mallac.  Davidsen Arnachellum

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