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Comment appliquer le concept de Smart City à La Réunion ?

Treize personnes ont participé à ce Business Tecoma Forum sur le concept de Smart City. Deux atelier de travail devraient suivre afin de forumler des propositions concrètes. Le forum et le ateliers sont animés par le cabinet de coaching Conseil & Services. Johnny Abitbo
Les projets de ville nouvelle et d’Ecocité appellent à une réflexion sur les moyens de concevoir une Smart City réunionnaise qui soit une ville intelligente, équitable et durable. Ne faut-il pas aussi œuvrer sur un concept de Smart Island pour y associer tous les Réunionnais ?


La Smart City réunionnaise devra-t-elle se créer à l’échelle d’une ville existante, d’une ville nouvelle à caractère d’Ecocité ou à l’échelle du territoire insulaire, rejoignant alors le concept de Smart Island ? « Depuis 2008, à travers le monde, 50% des populations sont citadines et l’on observe l’avènement du digital dans l’aménagement de la ville, remarque Gaston Bigey, directeur général de Nexa, l’Agence régionale de développement, d’investissement et d’innovation. Il nous faut repenser l’organisation de villes plus inclusives et plus intelligentes dans la gestion des réseaux, des interconnexions, des données et dans la gestion des flux d’énergie, de déchets et de matières premières. À l’aune de la création de villes nouvelles, à La Réunion, et du projet d’Ecocité qui se développe dans l’ouest, comment pourrions-nous formuler ensemble des projets de Smart City à la réunionnaise ? » En mars 2017, la Région Réunion a d’ailleurs créé un Comité pour le développement des services et usages du numérique (SUN) pour définir, avec l’ensemble des partenaires publics et privés, une stratégie unifiée de pilotage. Une démarche qui devait être officialisée en ce mois de mai 2017. « Nous avons un rôle de sensibilisation auprès des services et des acteurs locaux, sur l’ensemble du territoire, pour promouvoir des initiatives concordantes et non dispersées en matière de production, de collecte et d’utilisation de données. Un pilotage qui nécessite le développement d’une culture de la donnée », précise Joëlle Nonet, chef de projet SUN pour la Région Réunion.
 

Gaston Bigey, directeur général de Nexa : « À l’aune de la création de villes nouvelles, à La Réunion, et du projet d’Ecocité qui se développe dans l’Ouest, comment pourrions-nous formuler ensemble des projets de Smart City  à la réunionnaise ? »
Gaston Bigey, directeur général de Nexa : « À l’aune de la création de villes nouvelles, à La Réunion, et du projet d’Ecocité qui se développe dans l’Ouest, comment pourrions-nous formuler ensemble des projets de Smart City 
à la réunionnaise ? »  Johnny Abitbo
 

DÉFINIR LA VILLE INTELLIGENTE

Qu’est-ce donc qu’une Smart City ? « Travaillons, dans un premier temps, à faire ressortir une vision commune de ce que devrait être, pour nous, une ville intelligente », propose Laurent Gajac, coach, gérant de Conseil & Services et animateur du Tecoma Business Forum avec ses collaborateurs Sylvie Lafargue et Louis Laurent Léger. Cette première définition formera une base de travail pour un groupe d’acteurs volontaires pour participer à deux prochains ateliers. « Nous travaillerons à l’émergence d’une ou deux pistes de projets de Smart City pour La Réunion afin d’élaborer ensuite un plan d’action qui sera décrit dans un supplément de l’Eco austral publié en fin d’année », rappelle Laurent Gajac. Il apparaît des notions différentes du concept de ville intelligente, suivant qu’il repose prioritairement sur de l’intelligence humaine ou sur de l’intelligence artificielle.

Philippe Holstein, chargé l’intelligence territoriale chez Nexa : « Il s’agit de penser et de vivre ensemble une ville ouverte, sobre et résiliente. »
Philippe Holstein, chargé l’intelligence territoriale chez Nexa : « Il s’agit de penser et de vivre ensemble une ville ouverte, sobre et résiliente. »  Johnny Abitbo
 


« La traduction du mot Smart évoque plutôt, selon moi, une intelligence collective, une ville qui mobilise de l’intelligence et qui fait appel au bon sens », déclare Philippe Jean-Pierre, président du Comité régional d’innovation. Il existe une approche conceptuelle et une approche organisationnelle. « Cela implique beaucoup de capacités de gestion, pour les flux de données comme pour la gestion d’énergie », commente Joëlle Nonet. Les valeurs que l’on attache à l’évocation d’une ville intelligente sont plus faciles à identifier que les modalités techniques d’organisation. « Il s’agit de penser et de vivre ensemble une ville ouverte, sobre et résiliente », avance Philippe Holstein, chargé de l’intelligence territoriale chez Nexa. 
 

Laurent Gajac, coach, gérant de Conseil & Services et animateur du Tecoma Business Forum avec ses collaborateurs Sylvie Lafargue et Louis Laurent Léger : « Nous travaillerons à l’émergence d’une ou deux pistes de projets de Smart City pour La Réunion afin d’élaborer ensuite un plan d’action. »
Laurent Gajac, coach, gérant de Conseil & Services et animateur du Tecoma Business Forum avec ses collaborateurs Sylvie Lafargue et Louis Laurent Léger : « Nous travaillerons à l’émergence d’une ou deux pistes de projets de Smart City pour La Réunion afin d’élaborer ensuite un plan d’action. »  Johnny Abitbo
 

UNE FEUILLE BLANCHE À CAMBAIE

La conception ex nihilo de l’éco-quartier de Beauséjour, à Sainte-Marie, s’est fait sur le modèle d’une ville nouvelle, connectée et durable. Une gouvernance collaborative favorise le vivre ensemble et travaille à créer une ambiance solidaire entre professionnels, habitants, associations et riverains, dans une modernité numérique. « À Beauséjour, tous les logements sont câblés et la fibre est arrivée avant tous les autres réseaux. Pour les premiers locataires, ce sont les « tuyaux » qui ont créé les usages », commente Xavier Hermesse, directeur général adjoint de ZEOP, premier opérateur du très haut débit à La Réunion.

Catherine Morel, directrice du CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) : « Il faudra aussi repenser les déplacements et concevoir, dans un même ensemble de type Ecocité, à la fois du logement et des espaces de divertissement, de travail, d’éducation et d’autres activités essentielles. »
Catherine Morel, directrice du CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) : « Il faudra aussi repenser les déplacements et concevoir, dans un même ensemble de type Ecocité, à la fois du logement et des espaces de divertissement, de travail, d’éducation et d’autres activités essentielles. » Johnny Abitbo
 


Mais le grand projet d’une ville nouvelle réunionnaise est en phase de conception sur le Territoire de la Côte Ouest (TCO). « Le projet d’Ecocité regroupera une partie de la commune de La Possession, 100% de la commune du Port et une partie de Saint-Paul où se trouve le site de Cambaie. Celui-ci est un site non urbanisé et donc un beau terrain de jeu qui s’offre à nous. Nous essayons d’imaginer la ville de demain, mais dans le respect des traditions pour offrir un confort de vie à toutes les générations, associées dans un ensemble où les déplacements seront réduits au minimum. Nous voulons promouvoir les énergies renouvelables qui peuvent contribuer à la désalinisation de l’eau de mer. Limiter le gaspillage de l’eau et la production de déchets dont nous étudierons la valorisation énergétique et le potentiel de fertilisation pour les sols », annonce Teddy Soret, directeur de cabinet du TCO.  
 

Joëlle Nonet, chef de projet SUN (Services et usages du numérique) pour la Région Réunion : « Nous avons un rôle de sensibilisation auprès des services et des acteurs locaux, sur l’ensemble du territoire, pour promouvoir des initiatives concordantes et non dispersées en matière de production, de collecte et d’utilisation de données. »
Joëlle Nonet, chef de projet SUN (Services et usages du numérique) pour la Région Réunion : « Nous avons un rôle de sensibilisation auprès des services et des acteurs locaux, sur l’ensemble du territoire, pour promouvoir des initiatives concordantes et non dispersées en matière de production, de collecte et d’utilisation de données. »  Johnny Abitbo
 

SMART CITY OU SMART ISLAND

La ville intelligente apparaît tout d’abord comme une ville digitale, que le Parlement européen a décrit comme « une ville qui cherche à résoudre les problèmes grâce à des solutions basées sur les TIC mobilisant de multiples parties prenantes ». Généralisée, cette mise en réseau ouvre le champ des possibles à une gestion collaborative de la vie de la cité. Le concept de Smart City s’étend, plus largement, à l’implication des citoyens dans le fonctionnement de solutions durables en matière de transports, d’énergie, de gestion des déchets, de démocratie directe et d’intégration sociale. « Chez ZEOP, nous préférons parler de Smart Island, déclare Xavier Hermesse. L’homogénéité de l’île permet de concevoir un maillage complet par le très haut débit, auquel nous travaillons. La Réunion peut rayonner, dans l’océan Indien, en tant que territoire intelligent, aux standards européens, où un modèle de société durable vient renforcer des atouts naturels et touristiques. »

Xavier Hermesse, directeur général adjoint de ZEOP : « Nous préférons parler de Smart Island. L’homogénéité de l’île permet de concevoir un maillage complet par le très haut débit, auquel nous travaillons. »
Xavier Hermesse, directeur général adjoint de ZEOP : « Nous préférons parler de Smart Island. L’homogénéité de l’île permet de concevoir un maillage complet par le très haut débit, auquel nous travaillons. »  Johnny Abitbo
 


Une Smart Island peut-elle se constituer en optimisant l’organisation des villes existantes ? En déployant ce concept et cet état d’esprit pour faire évoluer ce qui existe déjà. « Dans le projet de SUN, nous souhaitons modéliser la ville intelligente sur un plan régional, à l’échelle du territoire, précise Joëlle Nonet. Certaines initiatives devront plutôt être expérimentées au niveau des quartiers, d’autres à des niveaux intercommunaux. Nous devons réfléchir à l’échelle des différents projets qui pourront constituer un territoire intelligent, en lien avec d’autres niveaux de lecture du territoire. » À l’échelle de l’île, on ne partira pas d’une feuille blanche mais d’équipements et d’organisations qu’on rendra plus intelligents. 
 

Teddy Sorret, directeur de cabinet du TCO (Territoire de la côte ouest) qui travaille sur un ambitieux projet d’Écocité : « Le projet regroupera une partie de la com-mune de La Possession, 100% de la com-mune du Port et une partie de Saint-Paul où se trouve le site de Cambaie. Celui-ci est un site non urbanisé et donc un beau terrain de jeu qui s’offre à nous. »
Teddy Sorret, directeur de cabinet du TCO (Territoire de la côte ouest) qui travaille sur un ambitieux projet d’Écocité : « Le projet regroupera une partie de la commune de La Possession, 100% de la commune du Port et une partie de Saint-Paul où se trouve le site de Cambaie. Celui-ci est un site non urbanisé et donc un beau terrain de jeu qui s’offre à nous. »  Johnny Abitbo
 

L’APPORT DES JEUNES GÉNÉRATIONS

L’urbanisation de l’île gagnera à être mieux gérée car elle s’étend vers les Hauts en créant des poches d’habitations qui s’élargissent dans des zones à vocation agricole. « Il y a un problème d’étalement urbain, avec des espaces naturels qu’il faut préserver de la ville, constate Catherine Morel, directrice du CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement). Il faudra aussi repenser les déplacements et concevoir, dans un même ensemble de type Ecocité, à la fois du logement et des espaces de divertissement, de travail, d’éducation et d’autres activités essentielles. » Le CAUE intervient aussi dans les établissements scolaires, du primaire et du secondaire, pour sensibiliser les élèves à des réflexions sur la ville de demain, la végétation dans la ville, les déplacements ou encore les bâtiments bioclimatiques.

Philippe Jean-Pierre, président du Comité régional d’innovation : « Une Smart City évoque une intelligence collective, une ville qui mobilise de l’intelligence et qui fait appel au bon sens. »
Philippe Jean-Pierre, président du Comité régional d’innovation : « Une Smart City évoque une intelligence collective, une ville qui mobilise de l’intelligence et qui fait appel au bon sens. »  Johnny Abitbo
 


« La ville de demain ne sera pas pour nous, mais pour les générations qui arrivent, reprend Teddy Soret. Au TCO, nous réfléchissons au moyen d’associer les plus jeunes à cette réflexion. Pour qu’ils puissent y apporter leur pierre car ils vivent dans un univers connecté et ils construisent un monde nouveau. » Grâce au site de jeux vidéo Minecraft, le TCO va lancer un concours, sur plusieurs années, pour que les élèves imaginent leur Ecocité et la fasse évoluer au cours de leur scolarité. « Il y aura un référent Minecraft dans chaque établissement scolaire et à  partir d’une carte commune de La Réunion comme point de départ, ce sera un moyen de modéliser visuellement une Smart Island », ajoute Teddy Soret.
 

Jimmy Ko-Kivok-Yun, ingénieur  de recherche à l’université de  La Réunion : « Pour la ville intelligente de demain, la notion de renouvellement me paraît importante, renouvellement des idées autant que des énergies et ressources. »
Jimmy Ko-Kivok-Yun, ingénieur de recherche à l’université de La Réunion : « Pour la ville intelligente de demain, la notion de renouvellement me paraît importante, renouvellement des idées autant que des énergies et ressources. »  Johnny Abitbo
 

FAIRE ÉMERGER UN PLAN D’ACTION

Entretenir des échanges entre différentes expertises pour faire avancer un projet de Smart Island à La Réunion est une opportunité qu’apporte le Tecoma Business Forum. Huit participants se sont portés volontaires pour participer à deux ateliers animé par Conseil & Services et ayant pour objectif de faire émerger un plan d’action pour faire progresser La Réunion vers un avenir de Smart Island. « Pour la ville intelligente de demain, la notion de renouvellement me paraît importante, que ce soit dans la gestion de l’eau, la valorisation des déchets ou simplement dans les idées », commente Jimmy Ko-Kivok-Yun, ingénieur de recherche à l’université de La Réunion. La problématique des transports devient aussi cruciale à La Réunion. « Les transports en commun par le rail, ou monorail, permettraient d’alléger considérablement le trafic automobile, souligne Denis Dupuy, architecte. Cela requiert une harmonisation à l’échelle de l’île. » 
 

Vincent Saminadin, chargé d’études Urbanisme économique et commercial à l’Agorah, l’agence régionale d’urbanisme : « Une modélisation visuelle d’un projet de Smart Island sera le meilleur moyen de faire appréhender le concept par le plus grand nombre possible de Réunionnais. »
Vincent Saminadin, chargé d’études Urbanisme économique et commercial à l’Agorah, l’agence régionale d’urbanisme : « Une modélisation visuelle d’un projet de Smart Island sera le meilleur moyen de faire appréhender le concept par le plus grand nombre possible de Réunionnais. »  Johnny Abitbo
 


« Comme pour toute chose à mettre en place, il faudra un chef de file », observe Frédéric Lorion, responsable de l’Observatoire de l’économie chez Nexa. L’idée d’une réalisation visuelle d’un projet de Smart Island, dans une perspective collaborative et évolutive, semble faire l’unanimité chez les participants. « C’est le meilleur moyen de faire appréhender le concept par le plus grand nombre possible de Réunionnais, toutes générations confondues », entérine Vincent Saminadin, chargé d’études Urbanisme économique et commercial à l’Agorah, l’agence régional d’urbanisme.

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