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Maurice

Comment devenir un vrai centre fintech africain

La 9e édition du Forum des Afrique(s) s’est tenue au Labourdonnais Waterfront Hotel. Un débat très riche puisqu’il rassemblait des entrepreneurs de la Fintech, des financiers et des représentants du gouvernement. L’ambition mauricienne d’être, en Afrique, un centre fintech qui compte n’est pas déraisonnable. Mais une transformation profonde est nécessaire…

Sébastien Pitot, Group Head of Operations chez AXYS, après avoir expliqué les objectifs du Forum des Afrique(s), a présenté des infographies démontrant le potentiel de la Fintech. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à l’échelle mondiale, la Fintech a attiré 47,1 milliards d’euros d’investissements en capital-risque en 2019, soit le double enregistré en 2017 (23,6 milliards d’euros). Certes, l’Afrique y occupe encore une part marginale, mais la progression s’y révèle encore plus forte. 
Sébastien Pitot note au passage que Maurice ne figure même pas sur les listes des centres fintech. L’Amérique du Nord domine largement sur le plan mondial, mais, en Afrique, ce sont l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, le Rwanda, le Nigéria et le Sénégal qui mènent la danse, selon le Global Fintech Index. Sur le continent, où le taux de bancarisation ne dépasse pas les 20 %, la Fintech s’impose comme un levier de développement majeur. Mais Maurice n’a pas l’intention de rester sur la touche et dispose de solides atouts pour devenir un vrai hub fintech africain. 
On peut déjà citer certaines caractéristiques mauriciennes : une population utilisant encore très peu les solutions fintech au quotidien ; un taux de bancarisation frôlant les 90 % ; les banques, la grande distribution et les assurances qui ont entamé tout récemment la numérisation de leurs interfaces ; un commerce électronique qui en est à ses débuts. Comment Maurice peut-elle donc prétendre devenir un hub fintech pour le continent ? Interrogé par L’Éco austral en 2019, Dawit Bekele, directeur de la branche africaine de l’Internet Society, voyait Maurice comme la capitale de l’Internet en Afrique. Et différents rapports semblent lui donner raison. 

Fintech


Le temps presse 

Selon la GSM Association, qui représente près de 800 opérateurs et constructeurs de téléphonie mobile, Maurice est numéro un en Afrique dans quatre des cinq indices et catalyseurs de la connectivité internet pour les mobiles : la connectivité mobile, le prix de la connexion internet, la maturité des consommateurs et les contenus et services. En conclusion, Maurice est peut-être très en retard dans l’utilisation des solutions fintech, mais avec sa Regulatory Sandbox License et ses particularités économiques, infrastructurelles et financières, elle a de belles cartes à jouer. La preuve, la multinationale Checkout.com emploie localement plus de 50 personnes. C’est l’un des leaders mondiaux du paiement en ligne avec une valorisation estimée à plus de deux milliards de dollars. « Maurice a un secteur financier considéré comme très sophistiqué avec un cadre légal bien rôdé, mis en place ces vingt dernières années. Pour créer l’écosystème parfait pour les entreprises de la Fintech à Maurice, il faut un cadre réglementaire adéquat, un environnement d’affaires favorable et des opérateurs de services financiers sérieux. Ces trois critères feront de Maurice la plateforme idéale dans la région Afrique », avance Faraz Rojid, responsable des services financiers de l’Economic Development Board (EDB), l’organe chargé de promouvoir les investissements étrangers à Maurice. Pour ce faire, l’EDB a lancé en 2018 le Mauritius Africa Fintech Hub (MAFH). Cette organisation à but non-lucratif a pour objectif, non seulement de fédérer les différents acteurs du secteur, mais aussi de créer cet écosystème qui placerait enfin l’île sur la carte de la Fintech en Afrique. 
 

Sébastien Pitot
Sébastien Pitot, Group Head of Operations chez AXYS « C'est bien de se dire Fintechfriendly,mais encore faut-il se donner les moyens de l'être. »
 


« Le rythme auquel la Fintech s’impose en Afrique et partout dans le monde s’accélère. Mais je n'ai jamais utilisé autant d'argent liquide dans ma vie que depuis que je suis ici (depuis plus de 18 mois - NDLR). Si 89 % de la population est bancarisée, 82 % à 83 % des paiements se font en espèces ou par chèque ! Il y a un décalage entre nous, en tant que hub fintech, et la réalité sur le terrain », témoigne Michal Szymanski, CEO du MAFH. De quoi inquiéter car les concurrents continentaux semblent accélérer les choses. 
« Est-ce que Maurice peut se permettre d’attendre sagement que le progrès la rattrape d’ici cinq ou dix ans ou, au contraire, accélérer la transformation ? D’autres pays comme le Rwanda, les Seychelles, le Maroc, la Tunisie et le Bénin bougent beaucoup plus vite et se trouvent même en avance sur nous dans certains secteurs. Si nous voulons positionner Maurice comme le hub de la Fintech en Afrique, alors nous devons montrer au monde que nous avons effectivement adopté la technologie des services financiers dans notre quotidien.  Nous sommes en train de perdre notre avance sur les autres. Faisant partie du Africa Fintech Network, nous travaillons avec 31 autres pays. Nous avons réalisé que les petites juridictions comme Maurice peuvent bouger beaucoup plus rapidement. » 
Qu’en est-il des atouts mauriciens ? Michal Szymanski répond : « Où que vous alliez, Maurice jouit d’une excellente réputation et est perçue comme un pays stable et sûr pour faire des affaires. Notre valeur ajoutée est la réactivité du régulateur et la vitesse d’adoption des innovations. Nous n'avons ni les ressources naturelles ni la main d'oeuvre pour concurrencer d’autres pays. Singapour, avec seulement 5,6 millions d’habitants, est le hub fintech pour l'Asie alors qu’il se situe à côté de l’Inde et de la Chine ! La Regulatory Sandbox License que nous avons est la Ferrari de l’Afrique mais est-ce que nous l’utilisons ? » 

 

Afrikanus Kofi Akosah
Afrikanus Kofi Akosah, CEO de Qubitica « Si nous, qui participons à ce forum, quittons ce pays, qu’arriverat- il à Maurice ? Nous devons être impliqués dans les prises de décision. »
 

Collaborateurs et non pas compétiteurs 

Pour Paul Perrier, CEO de Fundkiss, qui opère dans le financement participatif pour les emprunts des PME, il faut faire preuve de patience. « L'écosystème a beaucoup évolué au cours de ces trois dernières années, nous avons aujourd’hui besoin d'être patients. En tant qu'opérateurs, nous voulons aller vite mais il y a certaines réalités. Il faut que quelques sociétés implantées à Maurice se fassent connaître sur le plan international et ces nouvelles superstars mettront Maurice sur la carte du monde. Nous avons déjà quelques pépites comme DEMARS, mais nous devons encourager les jeunes entrepreneurs mauriciens. La Silicon Valley a mis vingt ans pour arriver là où elle est aujourd'hui. » 
Initialement, la Fintech a été perçue comme un élément perturbateur, impactant les modèles économiques des services financiers classiques. Mais il semble que la réputation soit un facteur décisif et que le secteur soit donc plus enclin à incorporer les solutions et entreprises fintech dans ses structures. Cela est-il le cas à Maurice ? 

 

Benito Elisa
Benito Elisa, CEO de Wakanada 4.0 « Nous éduquons les gens et les entreprises en Afrique. Nous leur fournissons les technologies et leur
montrons comment les utiliser. »
 


« Les entreprises qui démarrent dans la Fintech ont besoin de capitaux, les banques, elles, ne comprennent pas la technologie. L’argent, ça les connaît, elles connaissent la portée et les avantages, mais la crypto-monnaie, la blockchain ce n’est pas leur tasse de thé. Des deux côtés, il y a un besoin réel de formation, un besoin de mise à l’échelle de compétences, de gestion et de savoir-faire », répond Shaun Burrow, fondateur et CEO de DEMARS, qui propose une solution aux services financiers africains pour transférer de l’argent facilement et à moindre coût entre les pays.
« Je pense qu’il y a quatre ou cinq ans, les grandes sociétés financières ont essayé de résister à ce changement et ont entretenu l'idée que la Fintech était l’ennemi. Au fil du temps, la mentalité a commencé à changer, ajoute Vincent Chatard, Chief Operating Officer de la MCB. Dans un avenir proche, verra- t-on plus de partenariat entre grandes sociétés financières et sociétés fintech ou les vieilles animosités referont-elles surface? L’avenir le dira ! » 

 

Michal Szymanski
Michal Szymanski, CEO du Mauritius Africa Fintech Hub « Il y a une totale déconnexion entre l’ambition de faire de Maurice un hub fintech et la réalité sur le terrain. »
 

Un stade encore embryonnaire 

L’ambition affichée par Port-Louis suscite l’intérêt de nombreuses entreprises qui veulent se lancer. Le but final de toutes ces  fintech reste le même : aller à la conquête de l’Afrique après avoir ouvert un bureau et s’être développé à Maurice. Un mode opératoire auquel souscrit Benito Elisa, fondateur et CEO de Wakanada 4.0 et de son média, Benito Fintech News : « J’ai baptisé ma compagnie Wakanda 4.0, en hommage au film Black Panther, de Marvel. Wakanda, c’est la ville cachée et futuriste de l’Afrique. Pour moi, la Fintech se trouve encore au stade embryonnaire. Chez Wakanda 4.0, nous voulons éduquer la population et les entreprises à Maurice et en Afrique sur les technologies existantes. Nous les aidons à acquérir ces technologies. Je travaillais autrefois dans le secteur de la finance, je connais donc les possibilités qu’offre la technologie. Il y a tant de régions en Afrique où les habitants ne peuvent avoir accès aux services bancaires. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire. » 
Il y a cinq ans, l’entreprise de Suyash Sumaroo, aujourd’hui fondateur et CEO de Horizon Africa et Code Vigor, se spécialisait dans la conception de sites web et d’applications mobiles. « Que des trucs ennuyeux. » Jusqu’à ce qu’un client, il y a quatre ans, lui pose la question qui va révolutionner son monde : « Pourquoi devrais-je vous faire confiance et vous donner accès à mes données pour que vous les conserviez sur votre plateforme ? » 
 

Rajnish Hawabhay
Rajnish Hawabhay, Chief Technical Officer au ministère de la Technologie, de la Communication et de l’Innovation « L’absence de partage d’informations est un frein majeur. »
 


« Je ne savais pas quoi lui répondre, explique Suyash Sumaroo, jusqu'au jour où je suis tombé sur la blockchain. J’ai commencé à l’étudier et, après six mois, j'ai proposé une solution qui, je crois, a été parmi les premières applications blockchain réalisées à Maurice. J'avais ma réponse. Il y avait un outil catalyseur suffisamment disruptif pour changer la face de n’importe quel secteur. C’est aussi le moment où j’ai commencé à me familiariser avec les crypto-monnaies. Cela vaut le coup de se spécialiser dans ce secteur spécifique. » 
Suyash Sumaroo, dont Michal Szymanski dit qu’« il fait partie du top 10 des développeurs blockchain en Afrique », considère lui aussi que l’industrie de la fintech en est encore à ses balbutiements. « On est en au stade de la recherche et du développement, mais la demande est là. Il y a encore beaucoup à faire et nous voulons être à l’avant-garde à Maurice. »
 

Shaun Burrow
Shaun Burrow, CEO de DEMARS « Les entreprises de la Fintech ont besoin de capitaux et les banques d’experts maîtrisant la technologie. »
 


Si l’Afrique attire les entreprises mauriciennes, il en va de même pour des entrepreneurs étrangers désirant faire leurs premiers pas à Port-Louis, attirés par les promesses d’un pays qui se donne les moyens de ses ambitions. Le Mahorais Dhitoimaraini Foundi, CEO d’Olive Crowd, en fait partie. « Mon choix s’explique par une équation très simple. On voit que l’Occident est en crise et que l’Afrique est en plein développement. Tout le monde dit que l’avenir, c’est l’Afrique. Et l’Afrique, c’est nous. C’est ce qui m’a motivé à venir à Maurice. Et je trouve très ambitieux l’objectif fièrement affiché par les autorités. Maurice est un carrefour entre l’Afrique et l’Asie et la raison d’être d’une fintech n’est pas de se focaliser sur le marché local mais de viser l’international. Il y a aussi ce besoin de démocratiser la Fintech dans la littérature économique et entrepreneuriale. Parce que, finalement, on développe la Fintech pour qui et pourquoi ? » 

Classement
 

« Sommes-nous vraiment au paradis de la liberté économique ? » 

Pour son premier anniversaire, le MAFH a fait réaliser un sondage sur l’écosystème fintech et, bien que la facilité de faire des affaires soit soulignée, un obstacle récurrent est le système bancaire. Comble du comble, dans un centre fintech en devenir ! Ghanéen et journaliste de métier, Afrikanus Kofi Akosah, CEO de Qubitica, a dû quitter son pays. Sans compte bancaire ni carte de crédit, il traverse l’Afrique armé uniquement de son téléphone mobile qui contient une application de crypto-monnaie. 
La réputation de Maurice en Afrique n’est plus à faire et lorsque l’occasion lui est donnée de poser ses valises à Port-Louis, Kofi dit aussitôt oui. Hélas, le pied tout juste posé sur le sol mauricien, les difficultés commencent. 
La crypto-monnaie n’étant pas pratique courante dans le pays, il se voit obligé d’entamer des démarches pour ouvrir un compte en banque… Cela lui prendra deux semaines. 
 

Suyash Sumaroo
Suyash Sumaroo, CEO de Code Vigor et Horizon Africa « Il y a un marché, les gens recherchent de l'expertise dans la blockchain (…). Si vous avez le bon produit, c'est un business qui s’exporte. »
 


« Sur le continent, nous avons beaucoup entendu parler de Maurice et de sa liberté économique et nous avons pour elle le plus profond respect. Nous avons rapidement enregistré l’entreprise. Mais pour ouvrir le compte bancaire, c'était une autre paire de manches. Quelqu'un m’a envoyé de l'argent d’une banque sur le compte d’une autre, il a fallu que j’attende une semaine pour toucher l’argent ! La plupart des transactions à Maurice se font en cash ou par chèque. Et les banques ne travaillent pas le samedi et le dimanche. En Afrique, nous n’avons pas ce genre de problème. À Maurice, il faut attendre deux jours pour avoir une carte de débit. Est-ce vraiment le paradis de la liberté économique ? Je me demande aussi quelle est l'utilité de la Regulatory Sandbox License. J’ai l’impression d’avoir quitté ma vie de nomade pour être désormais piégé dans votre pays. Si nous, les vrais pionniers de la Fintech, nous remballons nos valises, que va-t-il arriver à ce secteur à Maurice ? Les autorités doivent nous impliquer dans les prises de décision. » 
Réagissant aux propos du patron de Qubitica, Vincent Chatard (MCB) estime que le problème de la lenteur de réactivité des banques est comparable à celle des banques européennes il y a dix ans. « Ce n’est pas la faute des banques mais des régulateurs. Le cadre réglementaire a besoin d’évoluer. Nous voulons que tous nos clients puissent ouvrir leurs comptes en ligne. Grâce à l'avancée de la technologie, vous pouvez ouvrir un compte en vous prenant en selfie. En termes d’infrastructure toutefois, il y a un manque. C’est pour cela que nous avons créé notre propre usine numérique où nous employons aujourd’hui 150 personnes. Il a fallu aux banques européennes et sud-africaines cinq ans pour arriver où elles sont aujourd’hui. Nous croyons en la Fintech et nous recherchons des partenariats au sein même de l’écosystème. Nous sommes effectivement en retard sur certains pays d’Afrique, mais nous pensons que nous pouvons y arriver. Maurice doit se donner les moyens et attirer les pépites africaines. » 
 

Vincent Chatard
Vincent Chatard, Chief Operating Officer de la Mauritius Commercial Bank « Nous entamons une transformation numérique. C'est difficile, mais c'est quelque chose que nous devons faire… »
 


Junaid Uddhin, responsable de la régulation chez MAFH, abonde dans le même sens : « Le marché est très sensible aux innovations et, en l'absence de réglementations pouvant s'adapter à un marché en constante évolution, qu'adviendra-t-il des fintech ? Allons-nous retomber automatiquement sous l'une des nombreuses lois régies par la FSC (le régulateur des services financiers non-bancaires - NDLR) ? La première question est de savoir si les lois elles-mêmes sont à jour. Les régulateurs sont-ils vraiment à l'écoute du marché et travaillent-ils vraiment plus rapidement pour mettre à jour les lois ? La conformité est quelque chose de très important et difficile. La réputation du pays sur le marché mondial est d'une importance capitale. Mais les conformités ne peuvent pas dicter la survie d'une industrie. » 

 

Junald Uddhin
Junaid Uddhin, responsable de la régulation au Mauritius Africa Fintech Hub « Les conformités ne peuvent pas dicter la survie d'une industrie. Il est important d’avoir une communication étroite entre toutes les parties prenantes. »
 

Liste noire 

« Du côté des régulateurs, que devons-nous faire pour encourager davantage les entreprises africaines à venir à Maurice ? », demande Sébastien Pitot (AXYS). Même si les intervenants au forum ont tous salué la participation du ministère et de l’EDB, Junaid Uddhin regrette que la Banque de Maurice (BOM) et la FSC ne puissent participer à ce genre de discussion. « Ces problèmes ne sont pas limités à Maurice. À Singapour ou au Royaume-Uni, c'est la même chose. La réglementation peine toujours à suivre l’innovation. Pour répondre à la question, nous avons commencé à mettre les choses en place pour travailler avec les régulateurs. Dans chaque pays, au lieu de recevoir des informations des acteurs du système, du secteur privé et des institutions, la banque centrale pense qu'elle sait tout », regrette Michal Szymanski. 
Rajnish Hawabhay, responsable de la technique au ministère de la Technologie, de la Communication et de l’Innovation, se montre plus optimiste. « En juillet 2019, la loi sur la facilitation du commerce a été modifiée pour inclure les transactions électroniques, ce qui permet à ce jour au gouvernement de partager sa base de données nationale avec le secteur privé. C'est une grande première. Cette plateforme fonctionne parfaitement et nous allons bientôt l’ouvrir aux banques. Leur dossier sera approuvé dans un délai maximal de deux semaines. Notre ministère a su se montrer réactif. Grâce à ce système nous pourrons même envisager l’ouverture d’un compte bancaire en ligne. » 
 

Dhitoimaraini Foundi
Dhitoimaraini Foundi, CEO d’Olive Crowd « Notre dispositif de RSL (Regulatory Sandbox License), dans sa forme actuelle, ne nous permet pas d’aller loin. »
 


Réagissant à l’exaspération de certains intervenants, Faraz Rojid vient éclairer le débat. « Nous ne pouvons pas parler de réglementation sans voir son contexte. Parlons des banques numériques ! Maurice ne peut pas à elle seule créer une règle spécifique pour elles. La Banque de Maurice est engagée dans un certain nombre d'accords internationaux et doit s'y conformer. Selon la loi bancaire, toute banque peut venir à Maurice à condition qu'elle remplisse les conditions stipulées dans la loi bancaire. La FSC a dit en 2019 que nous avions besoin de règles pour le marché numérique (les crypto-monnaies) et cela a été annoncé dans le dernier budget de l’État. Mais des organisations ont avancé que si nous autorisions la crypto-monnaie dans notre circuit monétaire, on serait mis sur liste noire. » Il faut souligner au passage que, même sans crypto-monnaie, Maurice vient d’être reléguée par l’Union européenne dans la liste noire des pays non coopératifs en matière de mouvements financiers. Cette décision est intervenue après la tenue de ce Forum des Afrique(s). Maurice avait pourtant accompli des efforts lui permettant de sortir de la liste grise. Le secteur financier va devoir réagir très vite. Quoi qu’il en soit, cela n’enlève rien aux opportunités de la Fintech. Bien au contraire. 
 

Paul Perrier
Paul Perrier, CEO de Fundkiss « Nous permettons aux PME d'emprunter directement auprès de notre communauté d'investisseurs… »
 

 

Maurice bien placée pour la 4e révolution industrielle 
Maurice a une belle carte à jouer en tant que hub fintech africain. Selon la Banque africaine de développement (BAD), elle fait partie des cinq pays africains disposant du potentiel nécessaire pour faire face aux défis de la quatrième révolution industrielle qui implique l’introduction de la technologie dans les différents secteurs d’activité. Ce rapport sur les potentialités de la quatrième révolution industrielle en Afrique a été présenté en février 2020 à Abidjan. Il avance que « Maurice fait figure d'exception à la règle générale qui s'applique à l'Afrique. Le pays a développé des atouts pour construire un écosystème technologique et d'innovation relativement solide, un cadre institutionnel parmi les plus performants au monde, des liens plus solides avec les chaînes de valeur mondiales et une attractivité pour les investisseurs. » Cependant, le rapport ajoute que, « le capital humain reste un défi », malgré le bon score de Maurice en matière de scolarisation. Les autres pays mis en avant par le rapport de la BAD sont l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Ghana et le Botswana.
Faraz Rojid


Faraz Rojid : des précisions sur la « Regulatory Sandbox License » 

Faraz Rojid, Head of Financial Services à l’Economic Development Board (EDB), apporte son éclairage sur ce dispositif : « La Regulatory Sandbox License, c’est une ligne : l'article 22 de l’Economic Development Board Act de 2018 qui stipule qu'en l'absence d'un cadre réglementaire, l'EDB peut établir des règles pour les entreprises. Vous avez ici deux exemples de bénéficiaires : Fundkiss et Olive Crowd. Le premier opère dans le prêt participatif et l’autre dans le financement participatif en actions. » 
Comment mieux « vendre » son innovation 
Une proposition de Dhitoimaraini Foundi, CEO d’Olive Crowd, a été accueillie favorablement par la plupart des participants au Forum des Afrique (s). Il s’agit de permettre aux demandeurs d’une Regulatory Sandbox License (RSL) de venir en personne présenter leur projet et sa pertinence. Une espèce de « pitch » en quelque sorte…
 
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Maurice

Comment devenir un vrai centre fintech africain

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