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Comment faire pour que la culture de start-ups donne des fruits

1 juin 2017 | PAR Benjamin Postaire | N°320
Une dizaine de start-ups réunionnaises vaudraient déjà plus de 5 millions d’euros. Stocklib/Michael Brown
On assiste depuis plusieurs années, à La Réunion, à l’émergence de start-ups qui n’ont rien à envier à leurs congénères de France métropolitaine et d’ailleurs. Il faut maintenant leur permettre de mûrir…


Start-up : jeune entreprise innovante à fort potentiel de croissance. Voilà pour la définition « officielle ». Dans les faits, le terme a été légèrement galvaudé et il n’est pas forcément aisé de différencier une « start-up » au sens strict d’une jeune entreprise « classique ». Peu importe. À La Réunion, les chiffres de création d’entreprises sont particulièrement élevés : 1 543 au premier trimestre 2017 et 6 038 sur l’année 2016 selon les données de l’Insee relayées par nexstat.re, le nouveau portail de données économiques en opensource lancé par Nexa (Agence régionale de développement, d’investissement et d’innovation). Toutes ces nouvelles entreprises ne durent pas et toutes ne sont évidemment pas des start-ups. Néanmoins, l’engouement pour l’entrepreneuriat est bien réel. Le Startupweekend, organisé au moins une fois par an par l’association WebCup depuis 2011, en est la parfaite illustration. Cet événement mondial, qui consiste à réunir bonnes volontés et talents pour créer des projets innovants en 54 heures, rencontre un fort écho dans l’île et des start-ups, aujourd’hui bien réelles, sont nées durant ces week-ends à rallonge. 

L’INNOVATION EST À L’OFFENSIVE

Concours, incubateurs, espaces de coworking... Les initiatives fleurissent pour encourager et accompagner les entrepreneurs. L’actualité des derniers mois est d’ailleurs révélatrice. En avril, Epitech, la célèbre école de l’innovation et de l’expertise informatique, a annoncé son ouverture à Saint-André pour la rentrée prochaine. Dans le même temps, la Cinor (Communauté intercommunale du nord) et Digital Réunion, l’association des professionnels, ont reçu une délégation du Pays Basque pour le lancement du projet Ocean Work Center (à lire dans notre dossier). En mai, la Technopole de La Réunion, incubateur précurseur des start-ups réunionnaises, proposait le 5e concours de création d’entreprises innovantes avec une remise des prix le 14 juin. Enfin, Nexa a organisé la 9e Semaine de l’Innovation, dédiée aux nouveaux modes de management d’équipe et de projet, du 29 mai au 7 juin.
« L’innovation fait désormais partie de la culture économique réunionnaise. C’est important car pour être compétitives sur le plan local, mais aussi international, les entreprises réunionnaises doivent proposer des innovations de rupture », souligne Gaston Bigey, directeur général délégué de Nexa. Cette société d’économie mixte, satellite de la Région Réunion, se veut un acteur incontournable dans l’accompagnement des start-ups « pays ». Soutien à des concours et événements, organisation de formations, d’ateliers ou de sessions de sensibilisation avec des intervenants de renom, mais aussi accompagnement d’entrepreneurs ou de jeunes entreprises comme accélérateur de croissance, l’offre est riche et le champ d’intervention large.

UN NOUVEAU CAP À FRANCHIR

Dans cette économie en perpétuelle mouvement, les synergies entre les différents acteurs représentent un enjeu majeur. Natatcha Bénard, installée au Village by CA de Paris pour lancer l’application MyOmegaSmart (voir notre article à ce sujet) explique : « Les responsables innovation des grands groupes sont très présents au village, ils viennent en quelque sorte faire leur marché. Certains salariés de ces groupes y ont même leur bureau pour profiter de cette effervescence. » Une effervescence qu’on retrouve à La Réunion. Pourtant, peu de start-ups émergent réellement. C’est du moins le constat que fait, sans détour, Gaston Bigey. « Nous sommes dans un éco-système de l’animation, avec beaucoup d’acteurs. Nous devons passer un cap dans le développement de l’innovation : d’une logique de sensibilisation, d’accompagnement à l’émergence de projets, à une vraie stratégie de construction de champions régionaux, nationaux et internationaux, qui créent des activités et des emplois. » Pour y parvenir, il faut, en premier lieu, créer des échanges. Nexa propose notamment à de jeunes entreprises à fort potentiel de rencontrer des « accélérateurs nationaux » via la manifestation Innovation Outremer, à Paris. L’agence régionale travaille également pour permettre à des start-ups réunionnaises d’intégrer la Station F, créée par Xavier Niel et plus grand campus de start-ups au monde.
Digital Réunion, avec La Réunion French Tech, participe aussi cette idée d’ouverture sur l’extérieur (à lire dans ce dossier). Voyages d’affaires, déplacements sur des salons internationaux ou encore organisation d’événements sur le territoire comme le Forum international NxSE sont autant de moyens de mettre en relation les acteurs, mais aussi, surtout, de leur faire rencontrer des investisseurs. Car si les idées et projets ne manquent pas à La Réunion, les financements, en revanche, font souvent défaut. Bourses, prix ou lots des différents concours ne sont pas de véritables leviers et n’ont d’ailleurs pas cette vocation. Reste alors le recours à des dispositifs de financement public comme ceux proposés par la Banque publique d’investissement (BPI) ou le réseau Initiative Réunion Entreprendre. 

UN NOUVEAU FONDS D’INVESTISSEMENT EN PROJET

Quid des investisseurs privés ? Les acteurs sont unanimes : le modèle bancaire est inadapté au financement des start-ups et de projets innovants, par essence risqués. Pour répondre à ce besoin de financements privés, l’association Start’n Run, avec le soutien de Nexa, a lancé en 2016 l’événement « Adopte Une Start-up ». L’objectif : faire se rencontrer entrepreneurs et investisseurs. Rémi Voluer, président de l’association et co-créateur de l’entreprise Seyes (voir notre article), fait du développement de Business Angels sur l’île un leitmotiv. « Il faut faire comprendre qu’investir est un pari, un risque. C’est une question de mentalité mais pas uniquement. Il vaut mieux que 10 investisseurs parient sur 10 start-ups plutôt que chacun sur une seule, voilà une manière intelligente de réduire le risque. » Une solution également prônée par Nexa et son directeur général délégué. Un fonds d’investissement regroupant des partenaires privés et piloté par Nexa est en projet. « L’objectif est de mutualiser le risque pour vaincre la frilosité et trouver des relais de croissance », explique Gaston Bigey. Comme pour montrer l’exemple, Nexa investit 2 millions d’euros dans Bioalgostral et un million dans Oscadi, deux start-ups à très forts potentiels. Au Crédit Agricole, en même temps que le projet Village by CA (voir notre article) a été créé un Fonds de soutien à l’innovation de 400 000 euros et actée une participation à deux fonds nationaux de 50 millions d’euros chacun auxquels peuvent donc prétendre les start-ups réunionnaises. Le marché est, espérons-le, en train de mûrir et d’évoluer. « Une dizaine de start-ups réunionnaises valent plus de cinq millions d’euros », estime Rémi Voluer. Un bon début. Pour Gaston Bigey, « l’innovation ne doit pas être un simple outil de communication, mais un levier de transformation du territoire ». 

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