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Comment le CYROI a fait de La Réunion une terre de recherche

1 aoû 2017 | PAR Benjamin Postaire | N°321
Alina Tunin-Ley de l’association Hydro Réunion en compagnie de Christian Meriau, directeur du GIP CYROI. Hydro Réunion poursuit des recherches sur plus de 200 espèces d’algues en lien avec des entreprises qui s’intéressent aux biocarburants. Guillaume Foulon
Créé par l’Hôpital et l’Université, le Groupement d’intérêt public CYROI (Cyclotron Réunion Océan Indien) a réussi à combiner recherche privée et publique et accueille dans sa pépinière CB-Tech des start-ups spécialisées en sciences du vivant.

« Sur quatre à cinq ans, nous avons un taux de survie des entreprises accueillies au sein de la pépinière CB-Tech proche de 100% », indique Maya Césari, directrice scientifique du GIP CYROI. « En 2011, au moment de la création de la pépinière, il était prévu d’accueillir trois start-ups. Aujourd’hui, nous en avons dix », ajoute Vény Tirvassen, responsable de la CB-Tech. Le résultat d’une vraie dynamique d’innovation dans le secteur de la santé à La Réunion et de l’offre originale du CYROI, bien connu pour son cyclotron, unique accélérateur de particules dans la région proche, mais un peu moins pour sa pépinière qui permet à des start-ups de poursuivre leurs recherches innovantes. Devant ce succès, la CINOR (Communauté inter communale du nord de La Réunion) envisage un nouveau bâtiment permettant d’accueillir jusqu’à 17 start-ups pour une durée maximale de huit ans, soit quatre ans en pépinière et quatre ans en « hôtel d’entreprise ». « Huit ans, c’est en moyenne le temps nécessaire à une entreprise en biotechnologie pour se développer », explique Maya Césari. 

PARTAGE DES MOYENS ET DES CONNAISSANCES

« Notre plateforme partagée avec un maximum de mutualisation, véritable écosystème, c’est l’ADN du CYROI », s’enthousiasme Maya Césari. D’où l’intérêt, quasi vital, que la pépinière CB-Tech reste physiquement liée au CYROI. Il y a l’accès aux laboratoires de recherche et aux équipements, certes, mais il y a, surtout, cette interaction entre chercheurs, véritable facteur d’émulation et d’innovation. « Comme nous sommes partis de rien avec des moyens de fonctionnement limités, nous n’avions pas d’autres choix que de nous regrouper pour mutualiser un plateau technique de haut niveau. Nous avons fait de cet handicap un atout et aujourd’hui, nous disposons d’un modèle original », assure Maya Césari. Une alchimie qu’elle s’attache, avec le directeur du GIP, Christian Meriau, à conserver et à améliorer. « Le partage des moyens et des connaissances peut être mis au service du développement économique régional, suivant les orientations définies par le Schéma régional de l’innovation. » 
Car la CB-Tech et ses start-ups cohabitent avec des équipes de recherche académiques et associatives sous tutelle d’instituts nationaux prestigieux qui investissent le territoire réunionnais comme l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Le Pdg de l’Inserm, le professeur Yves Lévy, devrait d’ailleurs être présent pour une conférence scientifique prévue du 14 au 16 décembre 2017 (voir notre encadré à ce sujet). 

L’ÉMERGENCE D’UNE RECHERCHE RÉUNIONNAISE

« Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait aucun chercheur à temps plein à La Réunion, précise Maya Césari qui mesure le chemin parcouru en si peu de temps. Nous partions de très loin, nous sommes la dernière région à avoir eu un CHU. La progression est fulgurante. » Aujourd’hui, des chercheurs font le choix de venir s’installer au GIP CYROI pour bénéficier d’installations de pointe, ainsi que de thématiques porteuses. Les start-ups bénéficient d’un accompagnement et d’avantageux dispositifs d’aide à l’innovation. L’arrivée de chercheurs confirmés et l’interaction avec les acteurs locaux ont permis à de vrais projets d’émerger. C’est notamment le cas de Symbiotic qui, avec la production d’œufs de moustiques stériles, vise à barrer la route au chikungunya et au Zika. « C’est ce qu’on appelle une ‘spin-off’, précise Vény Tirvassen, avec des chercheurs qui créent une start-up. C’est exactement ce qui est souhaité dans les schémas régionaux d’innovation car cela permet des transferts de technologies et des start-ups à forts potentiels. » 
 

Veny Tirvassen (à gauche), responsable de la pépinière d’entreprises CB-Tech et Judy Modeste, à la tête de la start-up Judy Pierre Cosmetics créée en 2015 qui, à travers la valorisation des plantes de l’océan Indien, développe une gamme de cosmétiques.
Veny Tirvassen (à gauche), responsable de la pépinière d’entreprises CB-Tech et Judy Modeste, à la tête de la start-up Judy Pierre Cosmetics créée en 2015 qui, à travers la valorisation des plantes de l’océan Indien, développe une gamme de cosmétiques.   Guillaume Foulon
 

BUDGET ANNUEL DU CYROI : 5 MILLIONS D’EUROS

Le CYROI a vu le jour en 2008, bénéficiant de financements de l’État, de la Région, de l’Europe et du Département. Mais il a pu développer son modèle économique en générant des recettes en radiopharmacie grâce à son cyclotron. Cet outil permet de fabriquer un radiotraceur utilisé pour la détection précoce des cancers par imagerie TEP. Autre source de revenus : l’hébergement des équipes académiques. Cinq unités mixtes de recherche travaillent, en lien avec l’Inserm, le CNRS, l’IRD et l’Université, sur les maladies infectieuses émergentes, les maladies métaboliques et la valorisation de la biodiversité terrestre et marine. Si les revenus générés dans l’hébergement des start-ups demeurent modestes, le CYROI commercialise ses prestations auprès des entreprises avec un atout de taille, celui d’être agréé par le ministère de la Recherche, ce qui, dans le cas d’un crédit d’impôt recherche (CIR), porte ce crédit de 50% à 100% des dépenses. Enfin, pour compléter ces ressources, il répond à des appels à projets. De quoi alimenter un budget annuel qui s’élève à 5 millions d’euros. 

STEMCIS PREND ENFIN SON ENVOL

L’une des grandes satisfactions de Christian Meriau, issu du milieu hospitalier où il était directeur d’établissement, c’est de voir une start-up prendre son envol. C’est le cas de Stemcis qui a assuré toute sa Recherche & Développement au sein de la pépinière, puis de l’hôtel d’entreprises, où elle a mis au point, sous sa marque Adip’sculpt, des dispositifs médicaux à usage unique pour la restauration des volumes. De quoi intéresser le groupe français Diagnostic Medical Systems (DMS), spécialisé dans l’imagerie médicale mais en pleine stratégie de diversification dans les sciences du vivant. Coté à Euronext Paris, DMS a racheté Stemcis en 2015, pour la somme de 2,3 millions d’euros payés en actions selon le site www.boursier.com. « On doit se réjouir de tels partenariats industriels, commente Christian Meriau. On ne peut pas tout faire à La Réunion. » 

UNE CONFÉRENCE INTERNATIONALE DU 14 AU 16 DÉCEMBRE
On sait déjà que le Pdg de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le professeur Yves Lévy, sera présent à cette conférence organisée par le CYROI. Une quarantaine de scientifiques de France, mais aussi de Suisse, de Belgique, d’Inde, des Etats-Unis, du Canada, des Comores, de Maurice et de Madagascar devraient y participer. Des scientifiques qui travaillent dans la recherche et l’innovation dans les sciences du vivant, notamment dans la valorisation de la biodiversité. 
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