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Comment profiter de l’éveil du Mozambique

15 sep 2014 | PAR Alain Foulon | N°288
Une mission de terrain pour Didier Robert (à droite sur la photo), président de la Région Réunion et 24 entreprises réunionnaises (dont 20 emmenées par le Club Export Réunion) de trois jours à Maputo, prolongée pour certaines par une prospection dans le nord du pays. - DR
La délégation réunionnaise qui s’est rendue, du 16 au 19 mai, dans ce pays proche a pu mesurer tout son potentiel et l’on peut s’attendre à des retombées dans les mois et les années qui viennent. Enfin !

Cette mission au Mozambique, c’est d’abord la consécration du Club Export Réunion qui joue groupé, en étroite collaboration avec le Conseil régional. Il confirme qu’il n’est pas une association de plus, qu’il n’a rien d’un « machin » qui se regarde le nombril et dépense tout son budget en frais de fonctionnement. Rien d’étonnant, dans ces conditions, si des « poids lourds », comme EDF, se montrent plus nombreux à y adhérer. La bonne nouvelle, c’est aussi qe La Réunion commence à comprendre la nécessité de son ouverture régionale et, surtout, d’associer étroitement les entrepreneurs privés et les décideurs politiques. En première ligne, Didier Robert, président de la Région Réunion, maintient le cap vers le grand large, symbole d’une nouvelle génération d’hommes politiques qui ne regarde plus seulement vers Paris.
La dernière mission de ce type au Mozambique, associant le président de la Région et des entrepreneurs du secteur privé, remontait à 2003. Organisée de main de maître par feu Claude Godériaux, consultant en commerce international et partenaire de L’Eco austral, elle n’avait malheureusement pas débouché sur grand chose. Au grand dam de ce même Claude Godériaux qui considérait qu’un gros travail devait se faire avant, mais aussi après une mission de ce type.

UN HANDICAP : L’ABSENCE DE TRAITÉ DE NON DOUBLE IMPOSITION ENTRE LA FRANCE ET LE MOZAMBIQUE

Signe du manque de suivi, l’absence dix ans plus tard d’un traité de non double imposition entre le Mozambique et la France. Cela signifie concrètement que les avantages fiscaux concédés par le Mozambique aux investisseurs réunionnais perdent de leur intérêt. En effet, si ces investisseurs remontent leurs bénéfices à La Réunion, ils seront soumis à l’impôt français, après avoir été soumis à l’impôt mozambicain. La solution peut passer, pour les entreprises réunionnaises, par des investissements au départ de Maurice qui, elle, a eu l’intelligence de signer un traité de non double imposition avec le Mozambique. Un traité qui est désormais appliqué. Sachant qu’une holding sous le régime offshore mauricien ne sera soumise qu’à un impôt de 3%, on comprend mieux l’intérêt de cette formule. Et comme Maurice bénéficie également d’un traité avec la France, les bénéfices pourront alors remonter à La Réunion sans y être taxés. CQFD.
Quoi qu’il en soit, il ne serait pas pardonnable, à l’heure où la croissance réunionnaise stagne à 0,7%, d’ignorer un pays proche qui affiche, lui, du 8% de croissance, manifeste des besoins de savoir-faire dans de nombreux secteurs et se montre très ouvert à la coopération régionale.
Les analystes vous diront que le Mozambique est un pays politiquement stable, ce qui est vrai en partie, mais n’exclut pas une certaine prudence dans le choix géographique de son implantation et surtout dans le choix de ses partenaires. La corruption y est importante, à tous les niveaux, alimentée par une bureaucratie héritée de l’administration portugaise. Mais la situation est plus simple qu’à Madagascar car c’est un seul parti politique qui dirige et, plus précisément, il faut compter avec quelques familles dominantes au sein de ce parti (voir à ce sujet notre entretien avec Bernard Lugan). En revanche, la main d’œuvre est considérée généralement comme moins qualifiée et moins habile qu’à Madagascar. Une constatation faite notamment par des entreprises de textile qui ont exploré ce marché et ont préféré se concentrer sur la Grande île.
Comme bien souvent, il existe au Mozambique les règles écrites et celles qui ne le sont pas et demeurent les plus importantes. Il peut s’avérer nécessaire, par exemple, de faire entrer dans son capital certains partenaires sans pour autant perdre le contrôle. Quelque 20% devraient leur suffire, mais l’important est de ne pas commettre d’erreur de casting dans le choix de ces partenaires. Le mieux est d’être conseillé par des personnes qui connaissent le pays et en qui l’on peut avoir confiance.
 

LES INCITATIONS AUX INVESTISSEMENTS

De nombreux secteurs ont besoin d’investisseurs et se montrent très porteurs. Le Mozambique a prévu toute une panoplie d’incitations fiscales (impôts mais également droits de douane sur les équipements importés) qui dépendent du secteur mais aussi de la zone géographique choisis. Dans les zones franches tournées vers l’export et les secteurs prioritaires que sont l’industrie agroalimentaire, l’agriculture, l’énergie et le tourisme, sous certaines conditions, l’exonération de l’impôt sur les bénéfices peut être totale pendant dix ans, puis de 50% par la suite. Sinon, le régime commun d’imposition sur les bénéfices des sociétés se monte à 32%.
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