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Madagascar

Comment relancer la filière laitière

23 fév 2016 | PAR La rédaction
Avec une demande nationale qui tourne autour de 100 millions de litres par an, la production nationale n’arrive à satisfaire que la moitié, soit 50 millions de litres par an. DR
En déclin depuis la crise de 2009 et l’arrêt des activités du groupe Tiko, la filière n’arrive pas à répondre à la demande alors qu’elle est constituée principalement d’unités de production artisanales. Une relance commence timidement à se mettre en œuvre…


Une relance de la filière à destination du marché local commence à se faire sentir avec l’expansion de petites unités de production et des entreprises plus structurées comme Socolait, Food and Beverage et Unifoods. Mais l’offre est encore trop dominée par des produits de mauvaise qualité qui ne respectent pas les normes requises en matière de production. Socolait se démarque en étant la première usine laitière certifiée HACCP à Madagascar. Mais la politique nationale, élaborée en 2004 pour encadrer la filière, est mal appliquée. 
Le lait est encore considéré comme un produit de luxe sur le marché local avec une consommation qui est estimée à 5 litres par personne par an, à comparer avec la moyenne africaine qui s’élève à 20 litres. La restructuration de la filière s’avère indispensable, selon le Malagasy Dairy Board (MDB) mis en place par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP). « La filière lait qui est en train de s’organiser nécessite plus de contrôle et d’appui émanant de l’État. Le non-respect des normes peut affecter la santé des consommateurs », souligne Mira Rakotondrandria, directrice du MDB. 
 

La consommation nationale de lait et ses produits dérivés demeure encore très faible, à raison de 5 litres par personne et par an, contre 20 litres pour la moyenne africaine. DR
La consommation nationale de lait et ses produits dérivés demeure encore très faible, à raison de 5 litres par personne et par an, contre 20 litres pour la moyenne africaine. 

LA MAJEURE PARTIE DE LA PRODUCTION EST AUTOCONSOMMÉE


L’essentiel de la production laitière à Madagascar se situe sur les hautes terres malgaches. Plus précisément, les grandes zones de production se trouvent dans un triangle délimité par Manjakandrina (est), Antsirabe (centre), Ambalavao (sud) et Tsiroanomandidy (moyen-ouest). La région Vakinankaratra d’Antsirabe fournit à elle seule 60% de la production. Selon l’IPROVA (Interprofession régionale de Vakinankaratra), cette région abrite pas moins de 17 000 éleveurs pour un total de 53 000 vaches laitières, soit une moyenne d’à peine plus de trois vaches laitières par éleveur. De fait, la plus grosse part de la production est autoconsommée, laissée aux veaux et alimente le circuit de commercialisation local. Avec une demande nationale qui tourne autour de 100 millions de litres par an, la production nationale n’arrive à satisfaire que la moitié, soit 50 millions de litres par an. L’offre s’est effondrée après la crise de 2009 avec la fermeture du groupe Tiko qui appartenait à l’ex-président Marc Ravalomanana et qui, avec Tiko Farm, approvisionnait la plus grosse part du marché. Une situation qui contraint les unités de transformation à importer du lait en poudre. C’est le cas de la société Socolait, l’un des leaders du marché. « On importe 360 tonnes de lait en poudre par an pour compenser l’insuffisance de l’offre locale, explique son directeur général, Philippe Penouty, qui ajoute que le prix du lait produit localement se révèle également trop élevé. Socolait figure parmi les entreprises qui fournissent le marché avec des produits de qualité. Cette société a développé un réseau de onze centres de collecte qui regroupent 1 400 éleveurs dans la région de Vakinankaratra. Mais on note aussi l’augmentation du nombre de petits producteurs et artisans informels qui inondent le marché avec des produits laissant beaucoup à désirer. Le manque de professionnalisation et d’organisation de ces acteurs les amènent à utiliser des additifs nocifs à la santé des consommateurs, comme l’affirme Mira Rakotondrandria. « On estime que 80% de ces produits sont mélangés avec environ 35% d’eau. Certains échantillons prélevés dans le circuit informel révèlent la présence de chaux grasse, de résidus de carbures, d’urée et autres matières nocives. » 
 

La majorité des producteurs de lait sont des éleveurs artisanaux localisés dans la région de Vakinankaratra (Antsirabe) au centre de la Grande île. DR
La majorité des producteurs de lait sont des éleveurs artisanaux localisés dans la région de Vakinankaratra (Antsirabe) au centre de la Grande île. DR
 

IL FAUT RESTRUCTURER LE CIRCUIT DE PRODUCTION


Selon le Malagasy Dairy Board (MDB), les axes stratégiques qui devraient faire l’objet d’une révision se situent au niveau des cadres juridiques et règlementaires de la filière et sur l’organisation de la production. Sans oublier la commercialisation. Pour ce faire, des études doivent être entreprises sur l’importance du secteur informel (producteurs de lait et de produits dérivés) et le niveau de la consommation locale. Il est nécessaire de mesurer le réel potentiel du marché et de pouvoir formaliser les activités existantes. L’adoption de textes régissant la concurrence, les normes, la qualité et le contrôle des produits se révèle indispensable. « L’État peut appliquer une politique douanière pour limiter l’importation de lait en poudre. Il devrait améliorer les besoins énergétiques et surtout l’infrastructure de transport du lait et de ses dérivés », souligne Mira Rakotondrandria. Le MDB a déjà lancée en avril 2015 le projet ASA Lait (Amélioration du Système Lait) dans la région d’Analamanga à Antananarivo sous financement de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) à hauteur de 1,2 million d’euros. À travers ce projet, le MDB espère améliorer les capacités productives de 1 400 éleveurs ainsi que l’autonomie d’action de 37 organisations professionnelles dans la région d’Analamanga. Concernant la production, l’État doit prendre des mesures appropriées pour accroître l’offre en vaches laitières. Il est aussi urgent de développer le système d’alimentation des cheptels (intensification des cultures fourragères, entretien et protection des pâturages naturels) et de le mettre à la portée des paysans. La formation des collecteurs et éleveurs ainsi que l’optimisation des couvertures sanitaires permettraient d’augmenter le niveau de la production de lait. Il faudrait pour cela multiplier les centres de collectes dans le triangle laitier. Le contrôle des prix des produits mis sur le marché est aussi une nécessité. Au bout du compte, une réforme en profondeur s’impose, allant de pair avec des investissements dans les infrastructures de la part de l’État et du secteur privé. D’autant plus qu’il existe des débouchés sur les marchés régionaux du COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) et des îles de l’océan Indien. 

UNE SUBVENTION DE L’AFD DE 7 MILLIONS D’EUROS POUR L’AGRICULTURE 

Ce financement, qui va s’étaler sur quatre ans, est accordé au ministère de l’Agriculture dans le cadre de l’accord de coopération signé le 7 janvier entre l’Agence française de développement (AFD) et le ministère des Finances et du Budget (MFB). Il porte sur l’amélioration de la productivité agricole dont le développement des pratiques agro-écologiques, la mise en valeur des bassins versants et des périmètres irrigués inclus dans le projet PAPAM (Projet d’amélioration de la productivité agricole à Madagascar) et le renforcement des services d’appuis aux agriculteurs locaux comme le dispositif CSA/FRDA (Centre de service agricole et fonds régionaux de développement agricole). Quelque 150 000 familles d’agriculteurs des régions de Vakinankaratra, de Vatovavy-Fitovinany et d’Alaotra Mangoro devraient voir leurs revenus s’améliorer grâce à ce projet. 

 
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