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Madagascar

De gros retards à l’allumage

On évoquait début septembre un possible remaniement du gouvernement de Roger Kolo. - DR
L’économie repart moins vite que certains l’espéraient et la prévision de croissance, à 3 % pour l’année 2014, est remise en cause. D’autant plus qu’une crise de gouvernance se révèle à travers les sociétés publiques Air Madagascar et Jirama.

La normalisation de la situation politique après les élections et la formation du gouvernement ont pris plus de temps que prévu. Un temps qui coûte cher car la Loi de finance rectificative, qui prévoit une croissance 3% pour 2014 et devait stimuler l’économie, n’a pu être votée qu’au début du mois d’août. Un retard d’autant plus dommageable que toutes les institutions financières - le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Union européenne en tête - ont donné leur accord pour les aides financières et les appuis budgétaires qui sont attendus au deuxième semestre.

DÉPRÉCIATION DE L’ARIARY ET INFLATION

LA VALEUR DE L’EURO PAR RAPPORT À L’ARIARY - LÉGENDE : L’euro est passé de 2 850 ariary à plus de 3 200 ariary au mois de juin, pour s’y maintenir jusqu’à présent. Source : Banque mondiale.

L’euro est passé de 2 850 ariary à plus de 3 200 ariary au mois de juin, pour s’y maintenir jusqu’à présent. Source : Banque mondiale.

Il reste beaucoup à faire au gouvernement pour restaurer les conditions favorables au secteur privé en améliorant des services publiques affaiblis par la longue crise politique. L’activité économique est bridée par la capacité encore faible de l’administration à engager les dépenses publiques prévues pour 2014 et qui correspondent à 13,7% du PIB. Les dépenses engagées depuis le début de l’année, qui se montaient à 302 millions d’euros à la fin du mois de mai, ne suffisent pas à doper l’économie. L’administration publique peine à générer les ressources nécessaires. Le solde de la balance des paiements s’est amélioré mais reste déficitaire avec le ralentissement des investissements directs étrangers et les financements extérieurs en faveur de l’État. Par conséquent, l’ariary s’est déprécié et les réserves internationales continuent de baisser. L’euro est passé brusquement de 2 850 ariary à plus de 3 200 ariary au mois de juin, pour s’y maintenir jusqu’à présent. En outre, l’inflation présente un glissement annuel à 6,2%. Tous ces éléments ont entraîné une nouvelle baisse du pouvoir d’achat.

LES COUPURES D’ÉLECTRICITÉ : UN FREIN À LA CROISSANCE

Le manque de ressources se pose également au secteur privé. Au premier semestre, l’augmentation des crédits bancaires n’a été que de 1,9%. Le rapport entre le volume de crédits au secteur privé et celui du PIB reste ainsi parmi les plus faibles d’Afrique.
Autant d’éléments qui montrent la fragilité de la Grande île qui peine à accélérer sa croissance. Une situation que viennent compliquer des problèmes survenus au sein de deux sociétés d’État considérées comme les piliers des secteurs souverains : Air Madagascar pour le transport aérien et la Jirama, compagnie nationale d’électricité, pour l’énergie. Ces deux entreprises subissent des luttes politiques internes alors que leur situation financière traduit des manquements de l’État en matière de gestion et de stratégie. La Jirama procède toujours à des délestages et va jusqu’à couper périodiquement l’électricité dans des zones à activités soutenues comme l’île touristique de Nosy-Be, Tamatave, où se trouve le plus grand port du pays et des zones de Tananarive où se trouvent la plupart des industries de la Grande île. La dette de l’État auprès de la Jirama, qui n’a jamais pu être payée, s’élève actuellement à plus de 31 millions d’euros.

LE PRÉSIDENT RAJAONARIMAMPIANINA VA DEVOIR TRANCHER

Air Madagascar se trouve encore dans la liste B de l’Union européenne qui interdit à certains de ses appareils le survol de son territoire. Et la compagnie aérienne continue d’aligner les problèmes de gestion malgré la nomination d’une nouvelle direction générale en pleine haute saison. Le personnel s’est dernièrement mis en grève pendant une semaine pour des revendications salariales, obligeant les autorités à dérouter des vols internationaux comme ceux d’Air France et d’Air Austral. Un épisode qui n’est pas fait pour arranger l’image de la compagnie nationale malgache.
Le président Rajaonarimampianina et son Premier ministre Roger Kolo vont devoir prendre le taureau (ou zébu) par les cornes. Face aux critiques des observateurs et des investisseurs, et aux doutes des bailleurs de fonds, on évoque un remaniement ministériel vers la moitié du mois de septembre. Le gouvernement d’inclusion, exigé par les partenaires financiers et politiques de Madagascar, a trouvé ses limites dans l’impossibilité pour certains ministères de coopérer sur des dossiers communs. Les divergences politiques des ministres apparues au grand jour et la composition hétéroclite de ce gouvernement ont alimenté le doute chez les partenaires financiers et le secteur privé. Le président devra trancher pour faire avancer l’économie.
 

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