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Réunion

Delphine Drouin met du cœur dans l’événementiel

1 nov 2018 | PAR Arnaud Thomelin | N°334
« L’objectif essentiel d’un événement doit être le partage et les échanges humains. » Guillaume Foulon
Depuis quinze ans, Jour de Fête s’est imposé comme un acteur majeur de la communication événementielle. Le savoir-faire de sa fondatrice, Delphine Drouin, et son souci permanent de la qualité et du respect des partenaires n’y sont pas étrangers.

Vingt-sept. C’est le nombre de nouveaux clients répertoriés par Delphine Drouin sur le dernier exercice de Jour de Fête, l’agence de communication événementielle qu’elle a créée seule en 2003. Lucide, mais aussi modeste, elle constate que « ce sont essentiellement des prestations événementielles one shot qui ont permis cette augmentation ». Toutes activités confondues, Jour de Fête compte environ 300 clients à ce jour, dont 20 % de grands comptes (Orange, Air Austral, Brasseries de Bourbon, Mascarin, Procter & Gamble, Lafarge, Canal Plus…). « La plupart de ces clients d’envergure sont des fidèles de la première heure », souligne fièrement cette cheffe d’entreprise qui tient par dessus tout à soigner les relations qu’elle entretient avec ses clients, ses 200 prestataires et ses 10 salariés. Tous ceux qu’elle réunit sous le terme de « partenaires ». 
« Il y a quatre ans, la cinquantaine approchant (et désormais bientôt atteinte…) et marquée par des coups durs de l’existence, j’ai décidé d’agir en dirigeante responsable et de structurer mon activité, détaille-t-elle. Deux audits process et qualité m’ont permis de tout réorganiser, de manière à sécuriser la société, à faire en sorte qu’elle puisse tourner avec ou sans moi, sans mettre en péril ni mes collaborateurs ni les prestataires. » En interne, « tournée vers l’humain », Delphine Drouin a même développé un projet RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise). « Je souhaite que tout le monde travaille bien, mieux, et sans avoir pour priorité ultime la course effrénée au chiffre d’affaires », évoque cette adepte de méditation et de développement personnel. Ironie du sort, le chiffre d’affaires affiche une belle progression et a même bondi en 2017.   

La valeur de l’effort  

Son rêve ? Transmettre un jour, à un ou plusieurs de ses collaborateurs, Jour de Fête. Son entreprise. Son bébé. Pourtant, Delphine Drouin n’a pas grandi avec la vocation d’entrepreneur chevillée au corps. « J’ai toujours eu envie et besoin de me prendre en main personnellement, mais sans l’objectif d’endosser à tout prix le costume de chef d’entreprise », annonce-t-elle. Hôtesse d’accueil, animatrice commerciale, habilleuse sur des défilés… Le baccalauréat pas encore empoché, Delphine Drouin enchaîne déjà les petits boulots, à Paris, dans le milieu de la communication au sens large. 
En parallèle d’un double cursus en faculté d’anglais et à l’Ecole du Louvre, puis en DESS information et communication, elle devient attachée de presse chez Kenzo puis du Bolchoï, rédactrice de publi-reportages en agences de communication, assistante du bâtonnier au Barreau de Paris, etc. « Au fil de ces contrats courts, je me suis formée à l’événementiel à proprement parler (conférences, congrès, dîners de gala…). J’ai compris comment œuvrer dans l’ombre à répondre aux besoins des clients, voire à anticiper leurs attentes », explique-t-elle. Autant d’expériences de terrain qui, davantage que ses diplômes, finissent de séduire la direction de Marie-Claire au début des années 90.   
À 25 ans à peine, elle intègre le prestigieux groupe de presse, en tant qu’assistante au département « promotion et événements ». Elle en prendra la direction huit ans plus tard, après avoir parcouru la planète pour célébrer les grandes dates de titres phares. « Beaux budgets et marques magnifiques à l’appui. » 

Poursuivre la professionnalisation du secteur  

Jeune maman, Delphine Drouin quitte finalement Marie-Claire, après douze années de bons et loyaux services, et se consacre alors à un projet tout personnel : suivre son mari, muté chez Orange Réunion. « Nous nous sommes installés lors de l’hiver austral 2003, pour une durée annoncée de deux ans. Très rapidement, des rencontres m’ont permis de me rendre compte que des besoins de prestations événementielles de qualité émanaient des sociétés implantées localement. J’ai alors créé Jour de Fête – en hommage au film de Jacques Tati – et commencé à travailler seule, de chez moi, dès octobre 2003 », se souvient-elle. Et le développement sera plutôt rapide. « Mais j’ai mis très longtemps à me sentir chef d’entreprise. Ce n’est que depuis peu que j’ai arrêté de mettre les mains dans le cambouis, commencé à m’occuper essentiellement de la gestion et du développement de l’entreprise, et à penser plus global. En ayant à cœur de professionnaliser un secteur de l’événementiel réunionnais encore parfois trop amateur.» Membre du Medef, du Centre des jeunes dirigeants et surtout « poisson-pilote » de L’ÉVÉNEMENT (ex-Anaé - Association des agences de communication événementielle) à La Réunion, la directrice de Jour de Fête aimerait fédérer les forces vives de l’événementiel péi, agences comme prestataires, et développer une filière tournée vers la qualité. « Qualité des prestations (avec un savoir-faire accru, un strict respect de la législation et un souci constant de la sécurité de tous) et qualité des relations agences-clients (connaissance des timings, des coûts, des contraintes…) », résume-t-elle. Une qualité qui passe, selon la dirigeante, par la recherche d’une certaine simplicité – « Halte à la surenchère des animations ! » – et par un retour à l’objectif essentiel d’un événement, « le partage et les échanges humains ». Et Delphine Drouin d’assurer que, « si le métier devait continuer sa course à la digitalisation à outrance, cela ne l’intéresserait plus ». Et l’inciterait à consacrer son temps et son énergie à Be to B, la société de conseil en image qu’elle a lancée en 2014, en parallèle de Jour de Fête ?

Progression
Sur les trois dernières années, le chiffre d’affaires a progressé de 80 %pour atteindre 2,4 millions d’euros en 2017. Delphine Drouin relativise en parlant de deux événements exeptionnels qui ont dopé le chiffre cette année-là et ont exigé de gros investissements en matériel et en prestations. Si l’événementiel reste l’activité principale, à hauteur de 68 % du CA, la diversification dans le Team Building, la promotion de marques (grande distribution, Street marketing…) et le conseil a porté ses fruits. 

Innovation
Une approche du métier plus professionnelle et transparente avec l’adhésion à l’ANAé (Association des agences de communication événementielle), organisation nationale qui depuis 2016 est devenue L’ÉVÉNEMENT. Il s’agit de développer les bonnes pratiques. En terme d’innovation, Jour de Fête s’attache aussi à mettre en avant des artistes et décorateurs particulièrement créatifs, ce qui leur permet de se faire mieux connaître. 

Dynamisme à l’extérieur
Le marché réunionnais lui ayant permis de s’assurer une belle croissance, Delphine Drouin n’a pas cherché à s’implanter à l’extérieur de l’île. Par contre, son agence a organisé des événements à Mayotte, à Madagascar et à Maurice pour ses clients réunionnais.  

Engagement citoyen
Depuis 2015, la charte RSE de Jour de Fête impose une gestion rationnelle des ressources (essence, eau et électricité) et une limitation en matière de déchets. Mais il s’agit aussi de veiller au bien-être du personnel : avantages sociaux, respect de l’équilibre des temps de vie professionnels et personnels, formation à la gestion du stress, pause fruits quotidienne, réduction des ondes nocives et formation de secouriste. Concernant les relations extérieures, une charte éthique est signée avec chaque partenaire et Jour de Fête consacre 1 % de son résultat net au secteur associatif. L’entreprise apporte aussi un soutien financier à ses salariés investis dans une mission d’intérêt général.
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