Green

Océan Indien

DeProfundis veut rendre la climatisation marine plus rentable

1 aoû 2016 | PAR La rédaction | N°311
Les îles de l’océan Indien représentent le lieu idéal de déploiement de la climatisation marine car elles constituent un réservoir de besoin de froid important et l’océan qui les entoure est un réservoir de froid gigantesque. Stocklib
Cette start-up française, qui doit participer à la 6e conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (TICAD VI), prévue à Nairobi les 27 et 28 août, est spécialisée dans climatisation marine ou SWAC (Sea-Water Air Conditioning) et intervient sur le projet d’EDF à La Réunion.

La climatisation marine, aussi appelée CENF (Climatisation à l’eau naturellement froide) ou en anglais SWAC (Sea-Water Air Conditioning), ou encore DWSC (Deep Water Source Cooling), est une forme de climatisation de l’air innovante et écologique qui utilise une source renouvelable d’eau froide située à proximité. Les territoires îliens présentent le lieu idéal de déploiement de cette technologie car ils constituent un réservoir de besoin de froid important et l’océan qui les entoure est un réservoir de froid gigantesque. L’idée du SWAC est de connecter ces deux réservoirs. Cela permet également de réduire la dépendance de ces territoires envers les pays exportateurs d’énergie. Seul problème, son coût se révèle encore très élevé et le retour sur investissement difficile, surtout dans la période actuelle de pétrole à bas prix. Mais la start-up française DeProfundis n’a pas dit son dernier mot et s’efforce de réduire les coûts d’un tel dispositif. 

L’AMORCE D’UNE COOPÉRATION FRANCO-JAPONAISE EN AFRIQUE

Bruno Garnier et Baptiste Bassot ont fondé cette entreprise en 2009. Deux associés qui ont des compétences complémentaires. Bruno Garnier, ingénieur dans les énergies renouvelables depuis plus de dix ans, a été directeur de l’agence BP Solar Polynésie et conseiller technique du ministre polynésien de l’Énergie. Professeur à l’ENSTA et à l’université Pierre & Marie Curie, il a réalisé de nombreux projets développés dans les filières renouvelables thermiques et électriques au sein de l’Ifremer et en tant que consultant. En 2005, dans le cadre de son emploi au service du ministre polynésien de l’Énergie, il a pu étudier techniquement le projet de SWAC du nouvel hôpital de Papeete. Passionné par la technologie mise en œuvre, il reste néanmoins dubitatif en ce qui concerne les coûts de mise en œuvre de ce procédé et les possibilités d’atteindre l’équilibre financier. Il a pu travaillé ensuite au sein de l’Ifremer sur les optimisations possibles du système et l’émission Thalassa lui a consacré un sujet en 2007. Lors de la Conférence internationale sur les énergies marines (ICOE 2008), le comité scientifique a sélectionné son rapport concernant la climatisation à l’eau de mer de structures de tailles moyennes pour une présentation orale.
Baptiste Bassot est pour sa part conseiller en financement de projets et gestion d’entreprise. Spécialiste de l’implantation d’entreprises innovantes en Asie, il dispose d’une expérience de huit ans dans les ventes et financements complexes, le lobbying et la gestion de projets gouvernementaux à haut niveau. Il s’est établi au Japon en 2010 où il s’occupe d’une antenne de DeProfundis. Outre le fait que Baptiste Bassot ait épousé une japonaise et parle le japonais, ce pays est en effet en pointe dans l’exploitation de l’eau de mer profonde. En matière d’énergie, le groupe Hitachi est d’ailleurs impliqué dans l’océan Indien, aux Maldives, et s’est intéressé à un projet de climatisation marine de l’aéroport de Maurice qui n’a pas abouti à ce jour. D’autres pays d’Afrique l’intéressent, l’une des raisons qui expliquent que DeProfundis ait été invitée à intervenir lors de la sixième TICAD (Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique) qui doit se tenir à Nairobi, au Kenya, les 27 et 28 août prochains. L’invitation a été formulée par l’ambassade de France à Tokyo et indique que la coopération franco-japonaise dans l’énergie marine en Afrique est en bonne voie. 
 

Baptiste Bassot, cofondateur de DeProfundis : « La climatisation marine n’est pas vraiment récente. C’est une technologie qui a plus de trente ans et elle a montré sa fiabilité et sa durabilité. C’est même la seule énergie marine qui fonctionne. Mais elle se heurte à un problème de rentabilité et l’on ne compte qu’une dizaine de projets dans le monde. »
Baptiste Bassot, cofondateur de DeProfundis : « La climatisation marine n’est pas vraiment récente. C’est une technologie qui a plus de trente ans et elle a montré sa fiabilité et sa durabilité. C’est même la seule énergie marine qui fonctionne. Mais elle se heurte à un problème de rentabilité et l’on ne compte qu’une dizaine de projets dans le monde. »  DR
 

DES PROJETS À LA RÉUNION ET À MAURICE

« La climatisation marine n’est pas vraiment récente. C’est une technologie qui a plus de trente ans et elle a montré sa fiabilité et sa durabilité. C’est même la seule énergie marine qui fonctionne. Mais elle se heurte à un problème de rentabilité et l’on ne compte qu’une dizaine de projets dans le monde », explique Baptiste Bassot. L’État d’Hawaï est d’ailleurs un précurseur dans ce domaine et a su habilement développer un modèle original où l’eau profonde permet non seulement de climatiser, mais aussi de développer des activités annexes en exploitant cette eau au lieu de la rejeter à la mer après usage. Aquaculture, parapharmacie, conditionnement de l’eau en bouteille après osmose inverse, thalassothérapie, pisciculture…Autant d’activités à plus ou moins forte valeur ajoutée qui génèrent à Hawaï un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros. Le groupe mauricien Sotravic, qui travaille sur un projet de SWAC pour Port-Louis, s’intéresse de très près à ce modèle, d’autant plus que son partenaire dans ce projet est l’Américain Makai Ocean Engineering qui a mis en place le SWAC à Hawaï dès 1982 en pensant dès le départ à un réseau secondaire pour développer des activités annexes (voir à ce sujet nos articles dans L’Eco austral N°306 de mars 2016, pages 90 à 96).
À La Réunion, deux projets de SWAC sont actuellement au point mort : celui, très ambitieux, conduit par Engie (ex-GDF Suez) dans le nord (un investissement de plus de 150 millions d’euros) et celui d’EDF pour la climatisation de l’hôpital de Saint-Pierre. De Profundis travaille d’ailleurs sur ce dernier projet, s’attachant à le rendre moins coûteux.

UN GROS TRAVAIL DE R&D POUR BAISSER LES COÛTS

Les deux projets réunionnais ne sont pas enterrés. Dans le cas où Engie abandonnerait définitivement le projet du nord, le maître d’ouvrage, qui est le SIDEO (Syndicat intercommunal d’exploitation des eaux océaniques), se déclare prêt à lancer un nouvel appel d’offres. Dans le cas du projet d’EDF, Baptiste Bassot garde bon espoir de le rendre plus rentable. « Les projets de SWAC ont été conduits jusqu’alors par des entreprises issues de l’industrie pétrolière qui ont mis en œuvre de très gros moyens. Quand il y a une rupture du réseau sous-marin, cela représente des milliers d’euros de réparation. Et le seul coût des assurances est très lourd à supporter. Notre travail en Recherche & Développement vise à sortir de ces modèles traditionnels en faisant appel à davantage de moyens locaux. » En clair, il s’agit notamment de ne plus s’en remettre à d’énormes barges de 30 mètres sur 30 mètres qui n’existent pas dans le îles, de pouvoir utiliser des tuyaux tractables en mer et de faire appel à des bateaux de pêche. DeProfundis penche aussi pour des projets plus modestes avec des tuyaux plus petits et, dans le cas de l’hôpital de Saint-Pierre, il serait question d’un SWAC ne couvrant pas forcément 100% de ses besoins en énergie. 

L’EAU DE MER VENDUE EN BOUTEILLE PAR HAWAÏ

Concernant le modèle Hawaïen, Baptiste Bassot le trouve judicieux mais pas évident à mettre en œuvre car il faut beaucoup d’espace autour pour développer des activités annexes. Le cofondateur de la start-up fait aussi remarquer que l’État hawaïen s’est beaucoup impliqué financièrement dans ce développement. D’autres pistes ont été explorées au Japon comme le captage d’eau de mer profonde non pas pour la climatisation mais pour son exploitation directe. Dans le secteur de la cosmétique et de la santé notamment car c’est une eau dont les propriétés se révèlent très intéressantes. On compte au Japon 17 prises d’eau de mer (sans SWAC) et trois se révèlent rentables, les autres étant subventionnées.
À Hawaï, l’une des activités les plus lucratives est la mise en bouteille de cette eau après traitement. Elle est vendue à 4,5 dollars la bouteille de 1,5 litre et 2 dollars la bouteille de 50 cl. Environ 800 000 bouteilles sont exportées quotidiennement vers les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud et la Chine. On pourrait se demander pourquoi le Japon n’a pas exploité ce filon alors qu’il dispose de 17 prises d’eau. « L’eau de mer ne se vend pas vraiment bien au Japon, le marketing n’a pas très bien fonctionné », répond Baptiste Bassot. D’ailleurs, les avis scientifiques divergent sur les propriétés réelles de cette eau qui « ferait vivre plus longtemps ». Elle se situe à environ 1 000 mètres de profondeur et a l’avantage de n’être pas touchée par les rayons lumineux qui s’arrêtent à 200  mètres. C’est de l’eau presque abiotique. Mais il n’y a pas d’avis unanime sur ses propriétés et la communauté scientifique qui l’étudie est d’ailleurs assez réduite. On sait en tout cas qu’en permettant de baisser la température des bassins, elle facilite le développement de certaines algues, des poissons et des crustacés. Au Japon, c’est dans le secteur de la cosmétique que les débouchés semblent les plus prometteurs, comme le montre le succès de l’entreprise DHC (Daigaku Honyaku Center), qui a lancé DHC Beauty en 1980 et développe une gamme de produits pour femmes. Elle s’est implantée en Californie en 1995, puis en Corée du Sud, à Taïwan, à Shanghai, en France et à Hong Kong. 

UNE CARTE À JOUER POUR LES ÎLES DE L’OCÉAN INDIEN

Pour en revenir au SWAC, Depronfundis poursuit son travail de R&D sur sa rentabilité en visant des gains de 50% sur le montant les travaux qui permettraient un gain de 25% sur le coût total des projets. Il s’agit d’optimiser certaines solutions et de mettre au point des outils reproductibles sur différents sites. Des solutions qui pourraient convenir notamment pour la climatisation des « data center ». 
La start-up française travaille avec l’université de Tokyo sur un projet de culture d’algues et de biocarburants à Oman. Outre le Japon et Hawaï, Taïwan et la Corée du Sud sont en pointe dans le domaine. Avec un peu de volonté des autorités politiques et l’apport de savoir-faire comme celui de DeProfundis, l’océan Indien pourrait trouver sa place sur cette carte du monde en profitant de ses énormes ressources maritimes.

Les avancées en boucle ouverte
LES AVANCÉES EN BOUCLE OUVERTE

DeProfundis a développé un moyen de repousser la limite de cavitation, ce qui a pour conséquence de garder un débit intéressant avec de petits tubes : ceci permet de réduire les coûts à l’achat, au transport et à l’installation du système qui mobilise alors des moyens nautiques facilement disponibles sur les petits sites au lieu de nécessiter des moyens industriels lourds pas aisément disponibles. Les conduites étant livrables par touret de 100 mètres, ceci facilite le déploiement et diminue des coûts d’infrastructure, visant à réduire de moitié l’investissement de départ par rapport à une climatisation marine classique.
Les avancées en boucle fermée
LES AVANCÉES EN BOUCLE FERMÉE

Le but d’un tel système est de rendre cette technologie accessible aux consommateurs de taille moyenne (1 000 à 10 000 mètres carrés comme certains hôpitaux et hôtels). Au lieu d’être rejetée, l’eau retourne au fond de la mer et y est refroidie. Ses avantages sont :
- L’usage de l’eau douce plutôt que de l’eau de mer car l’eau douce a une capacité thermique massique plus élevée que l’eau de mer ; - L’absence de crépine exigeant une maintenance régulière ;
- Aucun risque d’aspiration de matériau marin étranger dans le système.
Deux inconvénients cependant : 
- Puisqu’il y a une boucle fermée, on a besoin de 50% de conduite en plus ;
- L’efficacité imparfaite de l’échangeur thermique au fond augmente la température de captage de 1°C. 
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Océan Indien

DeProfundis veut rendre la climatisation marine plus rentable

La climatisation marine, aussi appelée CENF (Climatisation à l’eau naturellement froide) ou en anglais SWAC (Sea-Water Air Conditioning), ou encore DWSC (Deep Water Source Cooling), est une forme de climatisation de l’air innovante et écologique qui utilise une source renouvelable d’eau froide située à proximité. Les territoires îliens présentent le lieu idéal de déploiement de cet...