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Des ratios et des hommes

1 juil 2018 | PAR Bernard Alvin | N°331
Bernard Alvin
Un manager ne doit-il pas prendre plus de hauteur pour piloter son entreprise et gagner en richesses ? Se méfier notamment des ratios exprimant la performance économique, car « il n’est de richesses que d’hommes »...
Depuis de nombreuses années, j’observe qu’à l’occasion d’un changement de manager, le nouveau venu annonce qu’il va faire mieux, que les résultats financiers vont progresser et qu’il améliorera la qualité. À se demander pourquoi le manager sortant n’a pas vu qu’il y avait tant à gagner durant son mandat... À moins que lui aussi ait annoncé la même chose lorsqu’il en est venu à prendre ses fonctions. Mais par quel mystère le nouveau manager va t-il, d’une part, accroître la performance de l’entreprise et, d’autre part, laisser de côté des potentiels d’amélioration ? À moins que ces derniers soient si grands que chaque nouveau manager n’ait qu’à puiser dans des réserves insondables de potentiels pour à son tour générer des résultats splendides ?

Disparité des ratios

En tout cas, si les entreprises étaient ainsi de plus en plus riches au fil des années, cela devrait se voir dans les graphiques traitant de la richesse et de la pauvreté au niveau macro-économique. Regardons les statistiques de l’économie française depuis 2008. On a d’un côté des entreprises qui n’ont guère augmenté leur richesse (la valeur des entreprises du CAC 40 entre 2008 et 2018 n’a presque pas changé) et de l’autre, un taux de pauvreté des Français qui a empiré et continue à croître (environ un million de pauvres en plus dans l’Hexagone depuis 2008). 
Comme ce sont les entreprises qui créent de la richesse, comment peut-on expliquer que d’un côté des managers ne cessent d’améliorer les ratios exprimant la performance économique et de l’autre des graphiques macro-économiques, qui non seulement ne reflètent pas « une augmentation fulgurante de la performance économique », mais plutôt, au mieux, une stagnation, au pire une baisse puisque les Français sont moins riches ?
Une des explications de cette énigme pourrait être la disparité des ratios pris en considération. Tout manager peut sélectionner les ratios qui l’intéressent en délaissant les autres, et le manager suivant peut en faire autant. Aussi, à partir du moment où on se réfère à chaque fois à des ratios différents, on ne peut vraiment apprécier l’évolution de la performance. S’il faut « déshabiller Paul pour habiller Jacques » comme le veut l’expression populaire, la progression ne sert donc que l’égo du manager mais pas l’entreprise ni ses hommes.

Pas de mesure du capital humain

Ajoutons à cela le fait que la comptabilité ne mesure pas toute la richesse (ou pauvreté) d’une entreprise. Par exemple, si entre 2008 et 2018 une entreprise a enrichi ou appauvri son capital humain, il n’y a pas d’instrument de mesure pour cela dans la comptabilité. Le manager, premier responsable de son entreprise, serait bien avisé de jouer à fond la carte de l’humilité et d’avoir une vision plus globale sur les paramètres mesurant la richesse produite par l’entreprise, à commencer par la richesse produite par les hommes. Nul doute que si chaque personne pouvait identifier et réaliser son projet vocationnel dans son entreprise, tout manager pourrait être fier de son œuvre car, à l’arrivée, l’entreprise aurait vraiment créé de la richesse. En 1530, un économiste français du nom de Jean Bodin a énoncé la célèbre formule : « Il n’est de richesses que d’hommes ». Il est sans doute dommage que depuis près de 500 ans on ne s’en soit pas plus inspiré. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire et comprendre enfin ce qu’est la vraie richesse dans un pays donné ! 
 
(*) Bernard Alvin 

Il est à la tête de son propre cabinet, Bernard Alvin Conseil, fondé en 1995 et spécialisé dans l’accompagnement des hommes dans le domaine du développement des potentiels. Bernard Alvin a « coaché » ses premiers cadres et dirigeants dès 1991, faisant figure de pionnier avant que n’arrive la mode du coaching. Cherchant à aller plus loin, il fera émerger le concept de « management vocationnel » à partir de 2005. Il a pratiqué son métier en France métropolitaine, dans les DOM-TOM et dans plusieurs pays dans le monde, dont le Brésil. Il intervient en effet en français, en anglais et en portugais. 
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