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Afrique du Sud

Des routes pour découvrir des vins en plein renouveau

8 fév 2014 | PAR La rédaction
Dans la région du Cap occidental, on peut profiter d’un beau climat méditerranéen avec de grosses chaleurs durant l’été austral et un thermomètre qui descend sérieusement durant l’hiver. Si vous projetez de faire une route des vins au mois d’août, il faudra donc prévoir des pull-overs. - Stocklib

De jolis circuits en perspectives dans la belle région du Cap occidental et son climat méditerranéen qui recèle la plupart des 18 routes officielles. Un périple gustatif également puisque le vin sud-africain vit une nouvelle jeunesse.

L’histoire du vin en Afrique du Sud commence quasiment avec celle des premiers immigrants sur le grand territoire.
Bartolomeu Dias contourne le Cap et le nomme du joli nom de « Cao da Boa Esperança » en 1487. Dix ans plus tard, Vasco de Gama y passe à son tour, en faisant route vers les Indes. À la fin du XVIIe siècle, Anglais et Hollandais s'arrêtent au Cap pour ravitailler les navires, la Compagnie hollandaise des Indes Orientales (VOC) est alors créée. Jan Van Riebeeck, gouverneur du Cap plante déjà quelques cèpes de vigne. De nombreux immigrants (Hollandais, Allemands, Huguenots français calvinistes) vont suivre et continuer à développer la colonie.
Pas très nombreux au regard des autres arrivants, on compte environ 200 huguenots qui ont fui la France après la révocation de l’Édit de Nantes. Ils quittent leur région, leur pays et s’embarquent dans les brumes d’Amsterdam sur les bateaux de la Compagnie des Indes en route vers le grand Sud, emportant leurs histoires propres et leurs racines pour s’installer sous d’autres cieux. Le dépaysement ne sera pas trop brutal, peut on s’imaginer, en arrivant au Cap où le climat méditerranéen n'est pas sans leur rappeler leurs terres, et ils ne manqueront pas de cultiver la vigne.
Plus de trois siècles plus tard, le vin sud-africain a acquis ses lettres de noblesse et se trouve en bonne place sur la carte mondiale des vins.

DE VÉRITABLE CIRCUITS TOURISTIQUES… ET GASTRONOMIQUES

Toutes les routes du vin sud-africaines sont contrôlées selon le système Wine of Origin. La production est divisée en régions, circonscriptions et parcelles. Les cinq régions (région littorale, Breede River Valley, Little Karoo, Olifants River et Boberg) se composent de 21 circonscriptions et 61 parcelles. La région du Cap occidental est couverte de vignes jusqu’à la vallée de Hemel en Aarde, dans le Cap du Sud, Bamboes Bay sur la côte du Cap occidental, Hartswater dans le Cap du Nord, et Rietrivier, dans le sud-ouest de l’État Libre. Officieusement, les vignobles les plus septentrionaux d’Afrique du Sud sont situés à Bronkhorstspruit, à l’est de Pretoria, dans le Gauteng ! Chacune des routes du vin d’Afrique du Sud possède sa propre personnalité. Les amateurs sérieux se feront un plaisir de plonger dans les méandres des terroirs, des appellations et des labels. Les autres auront la possibilité de visiter des domaines qui proposent le plus souvent des restaurants et, pour certains, des chambres On peut même trouver des chambres d’hôte de luxe.
De quoi prendre son temps et découvrir les vins qui ont gagné en qualité ces dernières années.

DES VINS PRISÉS PAR NAPOLÉON BONAPARTE, CHARLES DARWIN ET LE ROI DE PRUSSE FRÉDÉRIC LE GRAND

Installés dans la région du Cap occidental, dans la vallée d'Hemel en Aarde (Paradis sur Terre, en Afrikaans) battue par les vents, Chris et Suzaan Alheit travaillent à produire du vin très haut de gamme, avec une ambition affichée : « Ce dont l'Afrique du Sud a besoin, ce que nous commençons à construire maintenant, c'est une identité », dit Chris. Pendant longtemps, les viticulteurs ont pensé que le « pinotage » (mariage de pinot noir et d'hermitage), créé en Afrique du Sud dans les années 1920, suffirait à atteindre ce but. Ce cépage local offre en effet le fruité profond d'un pinot. Mais les critiques lui reprochent ses bouffées de caoutchouc brûlé. Il avait été mal planté, et mal préparé », assure Chris qui préfère remonter plus loin dans l'histoire du vignoble sud-africain pour y trouver des cépages véritablement africanisés, comme le chenin. « Le chenin est en Afrique du Sud depuis environ 1656, c'est à dire 80 ans avant la première trace écrite de présence du cabernet sauvignon dans le Médoc, dit-il fièrement. Là, nous avons des variétés de vins du Cap réellement authentiques. » Chris espère que le chenin - planté également dans la Loire (ouest de la France) mais peu répandu ailleurs - pourra donner à l'Afrique du Sud ses lettres de noblesse, comme le malbec l'a fait pour l'Argentine.

Prisés par Napoléon Bonaparte, Charles Darwin ou encore le roi de Prusse Frédéric le Grand, les vins produits à l'extrême pointe sud de l'Afrique, dans un climat comparable à celui de la Méditerranée, ont connu leurs heures de gloire aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais cette apogée a été suivie d'une brutale régression, due aux maladies de la vigne, aux guerres et aux soubresauts de l'histoire. Jusqu'à l'époque de l'apartheid (1948-1994) et de l'embargo international sur toutes les exportations d'Afrique du Sud. Les producteurs locaux, situés dans l'arrière pays du Cap, se sont alors majoritairement repliés sur un marché intérieur qui leur réclamait des vins bon marché et bas de gamme. Ils ont perdu le contact avec les techniques et les goûts qui continuaient d'évoluer dans le reste du monde. À l'avènement de la démocratie en 1994, quelques vignobles tentaient encore de faire des vins de qualité. Mais la plupart étaient « durs, tanniques, acides et astringents », selon Mark Kent, du vignoble aujourd'hui respecté de Boekenhoutskloof. En retard, l'Afrique du Sud a regardé de loin les autres producteurs du Nouveau monde - Australie, Argentine, Chili, Nouvelle-Zélande ou Etats-Unis - rafler les récompenses et inonder les marchés. La maladie de l'enroulement et d'autres virus affectaient alors la qualité du raisin. « Il était souvent physiquement impossible de faire un vin de classe mondiale », admet Christo Deyzel, sommelier au restaurant Camphor's, du domaine de Vergelegen. C'est lorsque les exportations ont repris et que des capitaux frais sont arrivés, après la fin de l'apartheid, que les vieilles vignes malades ont été arrachées et remplacées par des pieds sains. Les viticulteurs, qui croyaient que n'importe quel domaine pouvait produire tous les types de vin supérieur, ont découvert qu'il fallait au contraire planter les bons cépages aux bons endroits. C'était il y a vingt ans. Les producteurs récoltent aujourd'hui les fruits de leurs bonnes décisions. « L'Afrique du Sud, écrivait récemment le critique international Tim Atkin, est le plus passionnant des pays producteurs de vin de l'hémisphère Sud. » Neal Martin, le grand critique britannique, a pour sa part accordé une note exceptionnelle de 96/100 au vin « Cartology » de Chris Alheit en 2011.

  

DES SITES INTERNET POUR EN SAVOIR PLUS

 

  • L’avantage de l’Afrique du Sud est d’offrir encore un très bon rapport qualité-prix par rapport à d’autres destinations qui proposent des routes du vin. - Stocklib/Temistocle Lucarelli

    La production vinicole est divisée en régions, circonscriptions et parcelles.  - Stocklib/Temistocle Lucarelli

  • Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les Huguenots français qui ont participé au peuplement de l’Afrique du Sud, formant la communauté des Boers avec les colons hollandais, Bernard Lugan a publié un livre passionnant en 1999 (Édition Bartillat).

    La révocation de l’Édit de Nantes a provoqué l'exode de milliers d'huguenots français en Afrique du Sud. - DR

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L’histoire du vin en Afrique du Sud commence quasiment avec celle des premiers immigrants sur le grand territoire. Bartolomeu Dias contourne le Cap et le nomme du joli nom de « Cao da Boa Esperança » en 1487. Dix ans plus tard, Vasco de Gama y passe à son tour, en faisant route vers les Indes. À la fin du XVIIe siècle, Anglais et Hollandais s'arrêtent au Cap pour ravitailler les navire...