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Réunion

Des solutions durables et innovantes pour atteindre l’autonomie électrique

1 nov 2016 | PAR La rédaction | N°314
La ferme éolienne de La Perrière, à Sainte-Suzanne, gérée par Quadran depuis 2006, est couplée à une centrale photovoltaïque au sol de 3,35 mégawatt-crête. DR
La Région Réunion et l’État ont tracé la feuille de route qui doit permettre de mobiliser d’ici 2023 tous les potentiels en énergies vertes et d’atteindre 73% d’autonomie électrique en 2030.


La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour La Réunion est le nouveau document unique déterminant la stratégie énergétique de l’île pour les périodes 2016-2018 et 2019-2023. Elaborée par la Région Réunion et par l’État, elle fixe des objectifs conformes à la Loi de transition énergétique pour la croissance verte
« L’île de La Réunion doit, en matière d’énergie, passer d’un statut de territoire d’expérimentation à celui de territoire créateur de richesses et d’emplois, mettant en œuvre des solutions techniques pouvant être diffusées partout à travers le monde », rappelle Alin Guezello, Pdg de la SPL Energies Réunion. L’île a déjà prouvé sa vocation de territoire innovant, créateur de solutions énergétiques durables pour l’ensemble des pays de l’océan Indien et de la ceinture intertropicale. Son mix énergétique intègre un taux record, pour un territoire insulaire ultramarin, de 36% d’énergies renouvelables. Exploitant l’hydraulique, la biomasse-bagasse, le photovoltaïque, l’éolien et le biogaz. L’évolution des énergies renouvelables est ce-pendant ralentie depuis que les énergies intermittentes (solaire et éolienne) ont franchi le seuil maximal admis par le gestionnaire de réseau, EDF SEI (Electricité de France – Systèmes énergétiques in-sulaires). Ce seuil est fixé à 30% du mix énergétique à un instant donné car le réseau doit rester réactif et parer à tout risque d’instabilité de production. 
 

Serge Borchiellini, responsable du développement de Quadran à La Réunion : « Les professionnels réfléchissent à des possibilités de stockage mutualisé de l’électricité, en partenariat avec EDF SEI. » - Philippe Stéphant
Serge Borchiellini, responsable du développement de Quadran à La Réunion : « Les professionnels réfléchissent à des possibilités de stockage mutualisé de l’électricité, en partenariat avec EDF SEI. » - Philippe Stéphant
 

50 MÉGAWATTS DE PHOTOVOLTAÏQUE AVEC STOCKAGE

Le développement des solutions de stockage pour lisser la production d’énergies intermittentes va permettre d’élever le seuil de déconnexion de ces productions à 35%, pour 2018 et un seuil de 40% à 45% est à l’étude pour 2023. « Les professionnels réfléchissent aussi à des possibilités de stockage mutualisé de l’électricité, en partenariat avec EDF SEI », confie Serge Borchiellini, responsable du développement de Quadran à La Réunion où cette entreprise fournit de l’énergie éolienne et solaire. Le stockage d’énergie constitue un volet essentiel dans les objectifs de la PPE. La puissance installée en photovoltaïque s’élevait à 187 mégawatts en 2015, pour une production de 244 gigawatt/heure, soit 9% de la consommation de l’île. D’ici 2018, la PPE prévoit 40 mégawatts de puissance installée supplémentaire, dont 50% avec stockage, et 60 mégawatts additionnels pour 2030, dont 50% avec stockage. « Pour contribuer à ces objectifs, nous proposons différentes solutions de stockage, dont trois projets de 2 mégawatts de stockage hydraulique à partir d’énergie photovoltaïque », révèle Steve Arcelin, directeur général d’Akuo Solar International. Sa filiale Austral Energy a développé 35 mégawatts de photovoltaïque à La Réunion, dont 18 avec stockage. En 2020, la PPE prévoit que les énergies renouvelables, toutes confondues, atteindront 47%, en puissance installée, du mix éner-gétique et 67% en 2030. Ce qui représentera respectivement 49% et 73% de l’électricité consommée grâce à la progression du stockage.
 

Olivier Legras, directeur de Gaïa Photovoltaïque : « Nous travaillons à de nouveaux types d’offres, dimensionnées pour allier les intérêts des clients et ceux du gestionnaire de réseau. » - Philippe Stéphant
Olivier Legras, directeur de Gaïa Photovoltaïque : « Nous travaillons à de nouveaux types d’offres, dimensionnées pour allier les intérêts des clients et ceux du gestionnaire de réseau. » - Philippe Stéphant
 

LE LEVIER DE L’AUTOCONSOMMATION

Un autre frein à la croissance des énergies renouvelables à La Réunion découle de la péréquation tarifaire qui fixe le prix de vente de l’électricité pour l’ensemble du territoire français. Les consommateurs de Métropole supportent le surcoût de production de l’énergie dans les îles ultramarines, dépourvues de technologie nucléaire. « Nous atteignons aujourd’hui la parité réseau avec un prix de revient client de 7 centimes d’euro par kilowatt/heure d’origine photovoltaïque », témoigne Charly Bell, gérant de Solar Trade qui développe des solutions d’autoconsommation. Mais l’incitation est faible pour le consommateur alors que c’est une importante économie pour l’opérateur public qui n’a pas à produire, avec de l’énergie fossile, les kilowatts fournis par le solaire privé. « Nous demandons que l’économie réalisée en milieu insulaire, grâce aux investissements des consommateurs, soit partagée avec eux sous forme de subvention », explique Yan Rivière, directeur général de Gaïa Energies Nouvelles et membre du syndicat des solaristes, Sorun. La Région Réunion, pour sa part, a subventionné depuis 2013 pas moins de 700 installations de particuliers ou d’agriculteurs, de 3 à 9 kilowatt-crête, jusqu’à 6 000 euros pour les solutions de stockage. Pour l’équipement des professionnels, notamment du tertiaire industriel, qui consomme l’énergie aux heures d’ensoleillement, les solaristes font valoir le gain réalisé aux heures de pointe, beaucoup plus coûteuses pour les entreprises. « Nous travaillons à de nouveaux types d’offres, dimensionnées pour allier les intérêts des clients et ceux du gestionnaire de réseau », résume Olivier Legras, directeur de Gaïa Photovoltaïque. L’objectif de la PPE pour les installations résidentielles en autoconsommation est de 5 mégawatts supplémentaires d’ici 2018 et de 8 mégawatts additionnels d’ici 2023.
 

Jean-François Bourdais, directeur des exploitations thermiques d’Albioma : « La nouvelle centrale de pointe de 40 mégawatt, à Saint-Pierre, en première mondiale, fonctionnera avec du bioéthanol provenant de la mélasse. » - Philippe Stéphant
Jean-François Bourdais, directeur des exploitations thermiques d’Albioma : « La nouvelle centrale de pointe de 40 mégawatt, à Saint-Pierre, en première mondiale, fonctionnera avec du bioéthanol provenant de la mélasse. » - Philippe Stéphant
 

REMPLACER LE CHARBON PAR DE LA BIOMASSE

La Réunion serait donc proche, en 2030, de l’autonomie électrique, l’un des volets de l’autonomie énergétique, beaucoup plus difficile à atteindre. La dépendance énergétique de l’île se situait à 86% en 2015. Elle importe 1,2 million de TEP (tonnes équivalent pétrole) en combustibles fossiles, pour plus de 700 millions d’euros, dont les trois quarts sont destinés au secteur des transports. 388 000 TEP de charbon sont consommées dans les deux centrales thermiques de l’opérateur Albioma qui ont produit 50% de l’électricité en 2015, en intégrant 19% de biomasse-bagasse. Selon la PPE, le pourcentage de biomasse doit atteindre 60% en 2023. « Nous avons l’ambition de remplacer le charbon par de la biomasse, mais toujours en utilisant des déchets de production, commente Jean-François Bourdais, directeur des exploitations thermiques d’Albioma. La nouvelle centrale de pointe de 40 mégawatts, à Saint-Pierre, en première mondiale, fonctionnera avec du bioéthanol provenant de la mélasse. » Enfin, en parallèle de nombreuses avancées qui seront réalisées grâce à la mobilité électrique, à l’éolien, au petit hydraulique, à la valorisation énergétique de déchets et à la climatisation marine, c’est le volet MDE (maîtrise de l’énergie) qui mobilise les efforts de la collectivité. Alors qu’une demande non maîtrisée conduirait à une consommation d’électricité de 3 800 gigawatt/heure en 2023, 27% de plus qu’en 2014, la PPE envisage une croissance réduite à 13%, soit une économie de 900 gigawatt/heure. Dans le cadre du FEDER (Fonds européen de développement régional) 2014-2020, 69 millions d’euros sont déjà prévus pour le financement de programmes d’actions MDE.  Pour la rénovation thermique de logements publics et privés, la production d’eau chaude solaire et la réalisation de projets tertiaires innovants faisant appel à des concepts bioclimatiques.
Chiffres d'affaires des filières en énergies renouvelables
Production électrique

QUADRAN PRODUIT DE L’ÉLECTRICITÉ À LA RÉUNION ET À MAURICE
Le premier parc éolien de Maurice a été mis en service en janvier 2016 par Aérowatt Mauritius, filiale du groupe Quadran, leader français indépendant de la production d’énergie renouvelable. « Il s’agit de 11 éoliennes anticycloniques de nouvelle génération de 850 kilowatts, pour une puissance installée de plus de 9 mégawatts », indique Laurent Groleau, responsable de l’agence océan Indien de Quadran. À La Réunion, Quadran gère depuis 2006 la ferme éolienne de La Perrière, à Sainte-Suzanne, qui comprend aujourd’hui 37 éoliennes pour une puissance installée de 10 mégawatts. « Nous avons livré en 2015, sur l’île de Marie-Galante, la première centrale éolienne, sur le réseau français, avec stockage raccordée au réseau, annonce Laurent Groleau. Ce savoir-faire nous permet de travailler dans le cadre des nouveaux accords d’achat d’électricité à La Réunion puisqu’ils s’appliqueront désormais uniquement à des installations avec stockage. » À l’issue des quinze années de contrat avec le gestionnaire de réseau, le « repowering » des éoliennes de La Perrière s’échelonnera de 2021 à 2023 avec des batteries de stockage et des équipements de nouvelle génération. « Nous mènerons une nouvelle étude complète de vent car le retour d’expérience et les progrès technologiques sur les aérogénérateurs permettront une augmentation de la puissance installée et de l’énergie produite. » À La Réunion, Quadran est aussi présent dans la production photovoltaïque, la petite hydroélectricité et le biogaz-biomasse. L’agence océan Indien prospecte activement de nouvelles opportunités de développement à Mayotte et aux Seychelles, mais aussi en Afrique australe. 

 

LE LABORATOIRE PIMENT TRAVAILLE SUR LE SOLAIRE DANS L’INDUSTRIE ET SUR L’ÉNERGIE THERMIQUE DES MERS
Unité de recherche de l’université de La Réunion, le laboratoire PIMENT (Physique et ingénierie mathématique pour l’énergie, l’environnement et le bâtiment) est présent dans plusieurs domaines d’innovation. « Nous travaillons à l’intégration d’une plus grande part d’énergie solaire dans l’industrie et notamment dans l’agroalimentaire, gros consommateur de chaleur et de froid, confie Jean Castaing-Lasvignottes, enseignant chercheur. On peut envisager du préchauffage d’eau pour les systèmes de nettoyage à la vapeur ou le chauffage d’élevages de volailles dans les hauts. » Un appel à projets de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) va permettre aux industriels de déposer des projets adaptés à leurs activités. Un jeune doctorant du laboratoire PIMENT, Sidiki Simpore, développe une thèse sur le stockage d’énergie sous la forme d’air comprimé. Une solution propre pour emmagasiner, par exemple, des surplus de production énergétique solaire qui peut être restituée à la demande pour la génération d’électricité ou d’autres usages. Jean Castaing-Lasvignottes dirige également une thèse en partenariat avec DCNS sur l’énergie thermique des mers. Ce groupe industriel français, spécialisé dans la construction navale et les infrastructures marines, a construit son seul prototype sur le site de l’IUT de Saint-Pierre. « Nous fondons d’assez gros espoirs pour La Réunion et l’océan Indien d’ici 2030. Il y aura un test en réel à La Martinique, mais un projet cinq fois plus important est prévu à La Réunion », indique Jean Castaing-Lasvignottes. 

 

UNE SOLUTION INTELLIGENTE POUR LE CHAUFFAGE DES PISCINES
Le projet Sunny Shark a été accompagné par Nexa, l’agence régionale de développement, d’investissement et d’innovation, et s’est développé au sein de l’incubateur de la Technopole de La Réunion jusqu’en 2015. « Notre solution de smartgrid pour la gestion du chauffage de piscine est opérationnelle sur la piscine de Vue Belle, à Saint-Paul », informe Emmanuel Quilichini, fondateur de Sunny Shark. L’entreprise prépare pour 2017 le lancement commercial de son système de gestion intelligente qui permet d’économiser de 5% à 15% du coût du chauffage des bassins. La gestion à distance intègre une multitude de paramètres qui permettent d’anticiper l’optimisation du chauffage en fonction de la météo, de la fréquentation, de l’usage et des tranches tarifaires de facturation de l’énergie. 

 

Pierre-Yves Evazin, directeur technique chez Energies Réunion : « La SPL Energies Réunion porte des projets de méthanisation, de gazéification du bois et de mobilité électrique pour la Région Réunion. » - Philippe Stéphant
Pierre-Yves Evazin, directeur technique chez Energies Réunion : « La SPL Energies Réunion porte des projets de méthanisation, de gazéification du bois et de mobilité électrique pour la Région Réunion. » - Philippe Stéphant
 
LES PROJETS DE LA SPL ÉNERGIES RÉUNION
La SPL Energies Réunion porte trois projets immédiats en lien avec la Région Réunion. « En 2017 débuteront les travaux de mise en place d’une unité de méthanisation de 20 à 50 kilowatts, pour la ferme du lycée agricole de Saint-Joseph, qui représente une dépense en équipements de plus de 400 000 euros », annonce Pierre-Yves Evazin, directeur technique chez Energies Réunion. Un projet de gazéification du bois, de 20 à 50 kilowatts, sera réalisé en 2017 pour plus de 300 000 euros au centre de formation du lycée agricole de Saint-Paul, pour une production d’énergie en autoconsommation. « Ces projets ont un intérêt pédagogique pour la promotion des énergies renouvelables en milieu agricole », précise Pierre-Yves Evazin. La Région Réunion finalise également la construction d’ombrières photovoltaïques avec stockage sur l’Hôtel de Région, à Saint-Denis, et sur le site du Campus Pro Océan Indien, à Saint-Pierre. La collectivité a fait l’acquisition de 12 vélos à assistance électrique et de 2 voitures électriques qui pourront ainsi assurer des liaisons nord-sud.  

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