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Deux candidats au chevet de la grande île

Les élections à Madagascar

Quelle potion proposent le médecin Jean Louis Richard Robinson et l’expert-comptable Hery Rajaonarimampianina ? Ils l’ont expliqué aux milieux économiques, avant leur duel du 20 septembre, et révèlent des positions assez proches.

Avant même la proclamation officielle des résultats du premier tour de la présidentielle, Jean-Louis Robinson et Hery Rajaonarimampianina, les deux candidats qualifiés pour le second round, avec respectivement 21,16% et 15,85% de voix, ont répondu à l’invitation du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), du Groupement du patronat Malagasy (Fivmpama), du Syndicat des industries de Madagascar (SIM) ainsi que de la Chambre d’agriculture de Madagascar (Tranoben’ny Tantsaha) pour présenter à tour de rôle, devant les entrepreneurs du secteur privé, leur programme économique et répondre aux questions qui leur ont été auparavant remises. Durant les 90 minutes qui leur ont été accordées, les deux candidats ont montré davantage de points de convergence que de divergences.

L'État de droit et le dialogue comme priorités

Une fois élu et entré en fonction, le docteur Jean-Louis Robinson prévoit entre autres de réaliser un audit, sans aucune exception, de toutes les institutions et des sociétés d’État, de réviser la loi des finances 2014 avec le secteur privé et les bailleurs de fonds, d’arrêter les gabegies telles que la création à outrance et l’utilisation de manière opaque des comptes de dépôts, de rétablir le dialogue avec l’ensemble des partenaires sociaux et, enfin, de sécuriser les opérateurs, les investisseurs et les syndicats avec la mise en place ou le renforcement des outils et des institutions de transparence et de justice. De son côté, le théoricien Hery Rajaonarimampianina, s’il accède à la tête de l’État, propose de mettre en place une stratégie nationale alimentaire pour arriver à une autonomie et pouvoir dégager un revenu qui servirait à améliorer le niveau de vie des producteurs, de déclencher rapidement les grands travaux qui permettront de mettre en place les bases d’une infrastructure nécessaire au développement économique.

Relance des infrastructures

En matière d’infrastructures, alors que l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) classe Madagascar comme étant le pays le moins aidé au monde en termes d’infrastructures routières et que la Banque Mondiale parle d’une absence de connectivité, les deux candidats ont avancé leurs idées et propositions. Jean-Louis Robinson propose de mettre en place en moins d’une année des autoroutes et échangeurs afin de régler le problème des embouteillages dans la capitale. Il a déjà rencontré des entrepreneurs quant à la faisabilité du projet. En outre, il prévoit aussi de rénover toutes les infrastructures aéroportuaires de l’île et envisage même d’en implanter une dans chaque district. Quant à Hery Rajaonarimampianina, il prévoit entre autres de développer les infrastructures routières dans les zones de production afin de les désenclaver et d’établir des relations économiques et sociales équitables. Il compte par ailleurs réhabiliter les grands axes routiers en prenant l’exemple des 150 kilomètres de la RN9 reliant Tuléar à Befandriana, qu’il a négociés avec la Banque africaine pour le développement (BAD) du temps où il était le grand argentier du pays. Ces travaux doivent commencer en 2014. En outre, il compte développer la construction d’écoles et de centres de soin à proximité de ces routes dans le but, dit-il, d’améliorer la vie des habitants.

Des solutions pour le secteur de l'énergie

Concernant la Jirama (producteur et distributeur d’eau et d’électricité) et Air Madagascar, deux sociétés étatiques en péril, les avis sur leur privatisation ainsi que sur les politiques à mener sont divergents. Jean Louis Robinson penche pour une bonne gouvernance dans la gestion de ces deux sociétés et prône l’ouverture du marché à la concurrence. En prenant le cas de la Jirama, qui a connu une bonne rentabilité dans un passé proche, il ne se montre pas favorable à la privatisation car il ne s’agit pour lui que d’un problème de gestion. Il rappelle aussi que seuls 3% du potentiel en énergie est exploité dans la Grande île. L’ouverture du marché à la concurrence permettra de le dynamiser. De son côté, si Hery Rajaonarimampianina se déclare favorable au maintien de la compagnie aérienne nationale sous le giron de l’État afin de préserver la souveraineté du pays, il est encore hésitant à propos de la Jirama. Il considère que si la privatisation devait être la solution, celle-ci ne concernerait que l’électricité. En attendant les résultats des études menées à propos de cet opérateur public, il compte rénover, dans toutes les localités du pays, le réseau dans le but de mettre fin au problème récurrent de délestage. Par ailleurs, il prévoit de mettre en place une politique énergétique basée sur le développement des énergies renouvelables et des centrales hydroélectriques ainsi qu’un système de « mix » entre l’énergie solaire et éolienne.

Soutien à l'entreprenariat et aux PME

Le candidat Robinson propose de dédier au secteur privé un secrétariat d’État afin de faciliter la concertation avec le pouvoir central et de permettre de meilleures prises de décision. Concernant les industries, il compte élaborer en partenariat avec le secteur privé une politique de « protections intelligentes » qui, non seulement permettra d’éviter les délits, mais pourra rassurer les bailleurs de fonds. Pour favoriser l’entrepreneuriat local, notamment les PME, il compte ouvrir un département à l’exemple de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM) pour aider ces entreprises à renforcer leurs capacités et leurs dirigeants à améliorer leur esprit d’entreprise. Il exhorte par ailleurs les grandes entreprises à apporter leur aide aux PME à travers ce qu’il appelle « la capacité sociale des entreprises ». En outre, il prévoit de remettre les petites mines dans le secteur formel en les informant et en les formant sur leurs droits, ainsi qu’en rétablissant au préalable la confiance de tous les interlocuteurs envers l’administration et ses représentants légaux.Hery Rajaonarimampianina, pour sa part, veut soutenir le développement des industries de transformation. Il se montre favorable à une politique économique libérale mais n’écarte cependant pas l’idée d’appliquer une protection au niveau de certains secteurs et cela notamment en fonction des valeurs ajoutées dégagées ainsi que des emplois préservés. Vis-à-vis des PME, sa stratégie est basée sur la mise en place d’un système de financement, la détermination d’un cadre juridique pour développer le système, le développement de partenariats entre les opérateurs nationaux et étrangers. Il compte par ailleurs fractionner les marchés publics afin d’en faire mieux profiter les PME. En outre, il est favorable au maintien du régime de zones franches ainsi qu’à l’instauration d’une loi sur les petites mines car celles-ci occupent une grande place dans le pays et génèrent beaucoup d’emplois.

Un effort particulier pour l'agriculture

Jean-Louis Robinson veut travailler en partenariat avec la Chambre d’agriculture afin d’inverser la tendance d’une balance commerciale agricole déficitaire, d’instaurer des écoles d’agriculture dans les régions où le secteur se révèle porteur. Dans le même ordre d’idées, Hery Rajaonarimampianina se fixe pour objectif l’autosuffisance alimentaire. Pour ce faire, il préconise de passer d’une agriculture paysanne à une « agriculture marchande », d’appuyer les producteurs au niveau de leurs capacités de production, de développer les matériels agricoles et le système de financements appropriés au secteur. Selon lui, l’État devrait s’engager dans la réalisation d’infrastructures agricoles, telles que les barrages et les canaux d’irrigation. Et il s’engage à mettre en place, dans les six premiers mois de sa mandature, des usines de fabrication d’engrais biologiques dans au moins cinq zones productrices.
En somme, que ce soit Jean Louis Robinson et sa version réactualisée du Madagascar Action Plan de l’ancien président Marc Ravalomanana ou bien Hery Rajaonarimampiannina et son programme axé sur l’État de droit, l’économie et le social, les deux candidats développent des idées assez proches.

Jean-Louis Richard Robinson : Le Médecin

Marié et père de deux enfants, ce 5ème dan de Judo et 3ème dan de Yosekan Budo est à 61 ans le candidat du parti AVANA. Formé à l’université de Tananarive, il est devenu docteur en médecine générale en 1980. En 2001, il a obtenu un diplôme universitaire d’éthique médicale et, en 2010, un diplôme de médecine aérospatiale de l’université Paris Descartes. Durant sa carrière professionnelle, il a été notamment président du Conseil national de l’ordre des médecins, a occupé des fonctions auprès de l’OMS et a été consultant auprès de l’UNICEF dans le cadre de la survie de l’enfant… Il débute sa carrière politique comme conseiller du Premier ministre Guy Willy Razanamasy dans les années 90. En 2002, il est conseiller spécial auprès du Premier ministre Jacques Sylla avant d’être nommé, en 2004, par Marc Ravalomanana ministre de la Santé, du Planning familial et de la Protection sociale. En 2007, il se lance dans la course aux législatives et il est élu député de la région Alaotra Mangoro avant de réintégrer, en 2008, le gouvernement du Premier ministre Charles Rabemananjara comme ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. 
 


Hery Martial Rajaonarimampianina : L'expert comptable

Marié et père d’une famille recomposée de cinq enfants, il est à 55 ans le candidat de l’association « Hery vaovao ho an‘i Madagasikara ». Il a poursuivi ses études de troisième cycle en sciences économiques avant de partir étudier, à l’université de Trois Rivières, au Québec (Canada), la finance et la comptabilité et de décrocher en 1986 un Diplôme d’études approfondies en sciences comptables. Il parachève sa formation en décrochant en 1991 un diplôme en expertise comptable du Certified General Acountant’s Association (CGA) au Canada. Il a occupé le poste de directeur des études à l’INSCAE tout en exerçant en parallèle le métier d’expert-comptable et assurant des cours à l’université de Tananarive ainsi qu’à l’IAE de Metz (France). En 1995, il a fondé à Tananarive son propre cabinet, « Auditeurs Associés – CGA », et a été président de l’Ordre des experts-comptables et commissaires aux comptes de Madagascar. Il préside depuis 2011 le conseil d’administration d’Air Madagascar… Novice en politique, il n’est entré en scène qu’à partir de 2009 en intégrant le gouvernement de la Transition comme ministre des Finances et du Budget et cela jusqu’à sa décision de se lancer dans la course à la présidentielle.

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