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Didier Robert, président de la Région Réunion : « Le FEDER soutient les TPE et les PME »

1 oct 2018 | PAR La rédaction | N°333
Didier Robert : « Nous avons régionalisé le slogan avec Feder à nou. » David CSC/Région Réunion
Le président de la Région Réunion dresse un premier bilan positif à mi-parcours du programme européen FEDER 2014-2020, dont la collectivité est devenue l’autorité de gestion.

La Région est devenue l'autorité de gestion du programme européen FEDER à partir de 2014 ; quels moyens avez-vous mis en place pour assumer cette compétence ?
Didier Robert :
Notre nouveau rôle d’autorité de gestion a nécessité de réorganiser et de renforcer les services. Un pôle d’appui FEDER a été créé au sein de la Direction générale des services. Une vingtaine d’agents de l’État, déjà familiers des dossiers européens, sont devenus agents de la Région. Mais avant 2014, des services de la Région avaient déjà en charge de nombreux dossiers communautaires. Les compétences existaient. La gestion des fonds européens est un sujet sur lequel notre collectivité travaille depuis de longues années. Dès 1990, elle s’est investie comme service instructeur de certaines aides dans le domaine du tourisme, de l’artisanat, des technologies de l'information et de la communication (TIC) ou de l'industrie. De plus, elle contribue au cofinancement des aides communautaires, au titre de la contrepartie nationale qui peut également être apportée par l’État et le Département.
La Région est la collectivité en charge du développement économique; elle bénéficie d’une écoute privilégiée de la Commission européenne du fait de son statut de région ultrapériphérique (RUP) et elle est le principal investisseur sur le territoire : nous injectons actuellement plus de 35 % de l’investissement public à La Réunion. Il était logique que la fonction d’autorité de gestion du 1,13 milliard d’euros du FEDER nous revienne. Nous sommes aujourd’hui en première ligne, nous portons la responsabilité de la réussite du programme opérationnel 2014-2020.

L’accès aux aides européennes est souvent jugé ardu par les entreprises, qu’avez-vous fait pour le faciliter ?
Nous avons cherché à simplifier les procédures, notamment en matière d’aides directes aux entreprises. L’organisation des services instructeurs que nous avons mise en place vise à améliorer la lisibilité des aides européennes et à faciliter leur mise en œuvre. Les deux volets financiers des subventions, la partie européenne du FEDER et la contrepartie nationale, sont désormais instruits conjointement. Le nouveau circuit de la décision que nous avons institué permet des gains de temps substantiels dans le traitement des dossiers. De plus, nous avons réduit de douze à quatre le nombre de services instructeurs, par rapport au programme FEDER précédent. Ils ont été regroupés par grandes thématiques, en quatre guichets. Les entreprises et les porteurs de projet ont pour interlocuteurs principaux les guichets « Entreprises et développement touristique » et « Recherche, développement technologique et innovation ».
En amont, un guichet d’accueil unique est chargé d’orienter les de-mandeurs vers l’interlocuteur qualifié. Des permanences sont d’autre part assurées dans les antennes de la Région à Saint-Benoît, Saint-Paul et Saint-Pierre, ainsi que chez divers partenaires, dont les chambres consulaires, pour aller au-devant du public.

À mi-parcours du programme, quel premier bilan dressez-vous de l’action régionale ? Quels sont vos motifs de satisfaction, y a-t-il des points à  améliorer ?
Plus de 600 projets ont déjà été soutenus par le FEDER, à mi-chemin du programme 2014-2020 qui est exécuté à hauteur de 43 %. Nous pouvons raisonnablement penser qu’il n’y aura aucun dégagement d’office de crédits au détriment de La Réunion. Il y a incontestablement un progrès dans la connaissance des dispositifs par les TPE et les PME. Les grandes entreprises sont familières des mécanismes des aides FEDER, elles disposent en interne de compétences suffisantes pour monter et suivre les dossiers. Nous continuons évidemment à les accompagner, mais nous voulons faire en sorte que les fonds européens bénéficient au plus grand nombre, pas seulement aux acteurs qui avaient déjà l’habitude de frapper à cette porte. Une politique de communication très active a été mise en place, y compris en direction du grand public. Nous avons régionalisé le slogan avec « Feder à nou » et nous multiplions les messages pour faire comprendre que ces dispositifs sont accessibles aux entreprises de toutes dimensions. Cela dit, les aides FEDER restent des fonds publics qui doivent être distribués avec une grande rigueur. Ce sont des règles européennes qui s’appliquent, avec des méthodes de mise en œuvre certes rigides et complexes. Nous faisons le maximum pour rendre simple ce qui est compliqué, en toute transparence, sans ignorer les points faibles. Notamment en matière de délais de traitement des dossiers et de paiement des subventions, qui doivent être raccourcis.

La Région s’investit dans la gestion ou l’accompagnement d’autres fonds européens (FSE, InterReg, LEADER) ; pour chacun d’entre eux, quel est le sens de votre action ?
Pour ce qui concerne le Fonds social européen, notre collectivité est le service instructeur d’un certain nombre d’aides. Nous aurions préféré être l’autorité de gestion de ce fonds, notamment parce que la for mation professionnelle est le premier poste de dépense de la Région, en fonctionnement : environ 100 millions d’euros chaque année. Nous estimons que l’on pourrait faire mieux avec le FSE, en proposant des dispositifs plus incitatifs pour les entreprises ; dans le domaine de l’apprentissage, par exemple, nous pourrions augmenter de 30 % à 40 % le nombre de contrats signés.
Le programme InterReg, dont nous sommes l’autorité de gestion, est plus modeste financièrement (63 millions d’euros jusqu’en 2020) mais il est fondamental pour notre stratégie d’ouverture et d’internationalisation de l’économie réunionnaise. Il nous permet de dialoguer en direct avec les pays de la Commission de l’océan Indien, mais aussi ceux du pourtour du grand océan Indien, et d’avancer en première ligne sur des dossiers que nous considérons prioritaires : le développement des échanges, mais aussi la recherche, l’innovation, l’adaptation au changement climatique, la préservation de la biodiversité…
Enfin, nous accompagnons le programme LEADER (Liaison entre action de développement de l'économie rurale ) dans l’objectif de développer de nouvelles activités dans les Hauts, la cinquième microrégion de l’île. Il serait nécessaire de mieux coordonner les actions, entre les services de l’État, des collectivités et le Parc national, pour moderniser les structures touristiques et développer la production agricole et agroalimentaire dans ces zones.

Au-delà des fonds européens, comment la Région accompagne-t-elle les entreprises réunionnaises dans leur développement ?
L’accompagnement du développement économique est notre principale compétence et de nombreux dispositifs d’aide aux entreprises fonctionnent, parallèlement à ceux du programme européen. Nous avons créé en 2016 le guichet SAV (Soutenir, Accompagner, Valoriser), complémentaire du guichet d’accueil FEDER, qui apporte toutes les informations nécessaires. Un projet qui n’est pas éligible à une subvention européenne peut l’être à une aide régionale. Nous venons également de consentir un important effort en ingénierie financière, avec le soutien de la Banque européenne d’investissement. 62 millions d’euros de crédits à taux attractifs sont disponibles pour financer les TPE-PME dans leur développement. La gestion de cette enveloppe a été confiée à la BFC-OI.
En matière de soutien aux entreprises, nous n’avons pas encore bouché tous les trous de la raquette, mais presque. Le taux de croissance de La Réunion se maintient au-dessus de 3 % depuis plus de quatre ans grâce à l’investissement public et à la consommation des ménages, mais aussi grâce à cet ensemble de dispositifs, fléché vers des secteurs prioritaires – le tourisme, les énergies renouvelables, le numérique… – dans lesquels les entreprises peuvent s’engager sur le long terme. C’est ce que nous demandons aux gouvernements successifs : ne changez pas les règles du jeu à chaque loi de finances. La stabilité met les investisseurs en confiance et les résultats suivent. 

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