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Disparition du monument politique Paul Vergès

14 nov 2016 | PAR Alain Foulon
Paul Vergès est né le 5 mars 1925 à Oubone (au Siam, aujourd’hui la Thaïlande), un an après son frère Jacques qui a été présenté à tort comme son jumeau.
De nombreuses personnalités, à La Réunion et ailleurs, ont rendu hommage au sénateur qui est décédé ce 12 novembre à l’âge de 91 ans. Un monument qui a marqué l’histoire politique de La Réunion pendant soixante ans.


Paul Vergès ressemblait à un personnage de roman. Métis franco-vietnamien, révolutionnaire réunionnais passé dans la clandestinité, accusé du meurtre d'Alexis de Villeneuve, proche de Mao Zedong et d'Hô Chin Minh et, finalement, sénateur de la République française. Un personnage qui a d’ailleurs inspiré Gilles Bojan qui lui a consacré un livre début 2016 : « Paul Vergès l’immortel ». Le fruit d’une vingtaine d’entretiens en tête à tête. Des entretiens qui duraient de deux à trois heures et ont été menés entre août et septembre 2015. Il était temps que ce travail soit réalisé, pourrait-on dire, puisque Paul Vergès n’était pas tout à fait immortel même s’il est entré dans l’Histoire. « Grand timonier » du Parti communiste réunionnais (PCR) créé en 1959 à partir de la fédération réunionnaise du PCF, Paul Vergès s’est imposé comme la grande figure de gauche à La Réunion, durant un longue période où le Parti socialiste n’avait pas voix au chapitre. Tenté un moment par l’indépendance, à l’instar de ses amis révolutionnaires du Mozambique ou d’ailleurs, il a poursuivi sur la voie de la départementalisation dont son père avait été l’un des artisans. En 1946, le député Raymond Vergès avait vu, en effet, dans le statut de département français le moyen le plus sûr de décoloniser l’île et de lui apporter le progrès social. Les indépendantistes réunionnais – demeurés en marge – ont reproché à Paul Vergès d’avoir poursuivi sur cette voie. On peut même dire que si La Réunion n’est pas devenue indépendante c’est grâce ou à cause (selon les points de vue) de Paul Vergès. Le PCR a canalisé les mécontentements populaires et n’a pas permis l’émergence d’un mouvement indépendantiste. Et Paul Vergès est même devenu sénateur de la République française, élu à plusieurs reprises depuis 1996. Un mandat qui convenait plutôt bien à un homme politique aimant prendre de la hauteur et parler des grands problèmes du monde. En 2011, doyen du Sénat, il préside l’élection du président de cette « chambre haute » et prononce un discours mémorable sur les changements climatiques qui lui vaudra une « standing ovation » des sénateurs. Une fin de carrière en apothéose même si, à La Réunion, ces dernières années ont été plus pénibles avec la chute libre du PCR et le départ de plusieurs vieux compagnons de route.

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 Paul Vergès ressemblait à un personnage de roman. Métis franco-vietnamien, révolutionnaire réunionnais passé dans la clandestinité, accusé du meurtre d'Alexis de Villeneuve, proche de Mao Zedong et d'Hô Chin Minh et, finalement, sénateur de la République française. Un personnage qui a d’ailleurs inspiré Gilles Bojan qui lui a consacré un livre début 2016 : « Paul Vergès...