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Réunion

Dominique Dufour, de concours en concours de circonstances

Père de deux grands enfants, Dominique Dufour est secrétaire général d’Air Austral depuis septembre 2012. Il se souvient de son premier rendez-vous avec Marie-Joseph Malé, le Pdg, qui a duré deux heures au lieu de 20 minutes. Guillaume Foulon
Il se rêvait militaire, il est devenu haut fonctionnaire. Aujourd’hui secrétaire général d’Air Austral, à bientôt 50 ans, il est heureux de son retour il y cinq ans dans son île natale où la compagnie vole toujours plus haut.

« L’aviation, ça fait pétiller les yeux. C’est un rêve d’enfant. Ici, il y a une atmosphère particulière ». Oui, les yeux de Dominique Dufour brillent, le regard est franc, le sourire généreux. Chemise bleue, cravate bleue à rayures, le secrétaire général d’Air Austral porte fièrement les couleurs de la compagnie réunionnaise qu’il a rejoint il y a maintenant cinq ans, ce « joyau de l’économie locale » comme il aime le dire. « C’est un produit de l’excellence réunionnaise, qui représente une partie de mon enfance. Mon prochain challenge sera de réussir le partenariat stratégique que nous avons initié avec Air Madagascar pour permettre à cette compagnie de retrouver une situation saine, puis de se développer…Nous sommes observés, mais nous croyons au potentiel de la Grande île et à son marché de 22 millions d’habitants. » Les challenges justement, c’est ce qui motive Dominique Dufour, né en mai 1968 au cœur de Saint-Denis, rue de Paris, et qui a grandi à Bras-Panon. Sa maman lui dira par la suite : « Les gens défilaient dans la rue pour voir ta photo ! » 

UN DÉFI À RELEVER

Arrivé en 2012 dans une compagnie presqu’en dépôt de bilan, Dominique Dufour a relevé, aux côtés de Marie-Joseph Malé, la barre et les comptes de l’entreprise réunionnaise. En charge des affaires juridiques, il dirige plusieurs services d’appui au fonctionnement de l’entreprise (RH, informatique, achat, moyens généraux), assiste le Pdg dans ses relations avec les administrateurs et les institutions. Il veille aussi à garantir l’écoute et les échanges réguliers avec les syndicats d’une entreprise de 1 000 salariés. Un job passionnant, très prenant, mais quand on aime, on ne compte pas. 
Pourtant, rien ne le prédestinait à rejoindre la compagnie aérienne, seulement « un concours de circonstances », explique-t-il. « On est venu me chercher alors que j’étais sous-directeur de l’action sociale et de l’accompagnement du personnel au ministère de l’Intérieur. Il se trouve que je connaissais le secrétaire général de l’époque, Alain Abadie. » Dominique Dufour sait que la tâche n’est pas mince, mais l’opportunité est trop belle pour le Panonais de revenir sur ses terres natales, et le défi assez ambitieux pour ses épaules solides. 

DE L’ÉCOLE MILITAIRE PRÉPARATOIRE… À L’ENA

Son CV est long comme le bras. Impressionnant. Dominique Dufour dévoile son parcours avec modestie, et évoque un goût prononcé pour les concours, source d’angoisse et de stress pour beaucoup, source d’accomplissement pour lui. Il aime tester ses limites, savoir s’il est capable de réussir, démontrer jusqu’où il peut aller. À lui surtout. Et les concours lui sourient, tous. Il commence dès la sixième en intégrant l’école militaire préparatoire de La Réunion, au Tampon (EMPR), sur concours. Il y restera jusqu’au bac, découvrira la vie en collectivité, l’esprit de solidarité, de camaraderie. C’est décidé, il sera militaire de carrière, veut faire Saint-Cyr, la meilleure école. Mais la vie en décidera autrement : « J’étais attiré par l’uniforme, les fonctionnements carrés, les règles… Mais en classe préparatoire à Aix-en-Provence, on me découvre un terrain asthmatique. » Le rêve s’écroule mais l’homme n’est pas du genre à se laisser abattre. Après un DEUG d’anglais, il découvre le milieu des étudiants d’écoles de commerce, une révélation. « J’aimais ces gens, ces jeunes cadres dynamiques qui en veulent, ont des idées plein la tête ». Il suit des études à Sup de Co Marseille, enchaîne les stages. En guise de service militaire, il occupe un poste de VAT (volontaire à l’aide technique) au Conseil général de La Réunion, service Tourisme. Après un passage éclair à l’antenne locale de la Banque de France (IEDOM), sur concours toujours, Dominique Dufour devient chef du service économique au Conseil général, comme agent contractuel. Le concours d’attaché territorial lui tend les bras. 

DE PORT EN PORT, DE VILLE EN VILLE

Ambitieux, Dominique Dufour ne compte pas s’arrêter là. Il suit le cycle préparatoire à l’ENA. « Quand on est jeune, on ne sait pas toujours pourquoi on apprend. Je n’ai jamais autant ingurgité d’informations que cette année-là ; je me suis régalé car j’ai appris en cherchant à comprendre ». Année 2000 : Dominique Dufour rentre à l’ENA, promotion Copernic. En 2002, pour son premier poste, il est nommé sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de Lot-et-Garonne, à Agen. Nous sommes le 21 avril 2002 et le jeune sous-préfet de l’époque s’en souvient encore. « Quand les résultats du premier tour de l’élection présidentielle tombent, on apprend que Jean-Marie Le Pen est au second tour. Une horde de militants FN a envahi ce soir-là la Préfecture pour clamer sa joie… » 
Le haut fonctionnaire changera de poste tous les deux à trois ans, sans choisir, mais avec un intérêt intact pour des missions toujours riches : sous-préfet chargé de mission pour la politique de la ville et la cohésion sociale auprès du préfet des Hauts-de-Seine, à Nanterre, au moment de la mise en place du plan Borloo sur la réhabilitation (ANRU) en 2004- 2005, sous-préfet, secrétaire général adjoint de la préfecture de Mayotte au moment de la préparation de la départementalisation avec la création de toutes pièces de la CCI en 2005-2007, ou encore directeur de cabinet de la secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara, et directeur adjoint du cabinet du ministre du Logement, Christine Boutin, en 2007-2008. Avant de poser ses valises depuis déjà cinq ans, chez lui, à La Réunion. « Je suis content. Le cadre de vie ici est fantastique et j’aime profiter des charmes de mon île. Dans mon travail, je retrouve la notion d’intérêt général que j’avais dans la sphère publique. Avec Air Austral, nous ouvrons La Réunion sur l’extérieur, nous rapprochons les personnes, nous facilitons le développement des entreprises… »

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