ID

France

Emmanuel Macron : le banquier de Rothschild aux commandes de l'économie

12 oct 2014 | PAR Faits & Documents | N°290
Emmanuel Macron à Bercy, le 27 août dernier, lors de la passation de pouvoirs avec Arnaud Montebourg. Ministre de l’Économie et de l’Industrie, il fêtera ses 37 ans en décembre. - DR
En novembre 2012, la lettre confidentielle « Faits & Documents » avait publié un portrait très complet, et sans complaisance, du conseiller de François Hollande. Alors qu’il vient d’être nommé ministre de l’Économie et des Finances, il est opportun de le relire… pour y voir plus clair.

« C’est la tradition de la maison de se mettre à la disposition de la République. » Cette déclaration de civisme de David de Rothschild en aura fait rire plus d’un. Comme l’écrit excellemment Martine Orange dans « Rothschild, une banque au pouvoir » (Albin Michel, septembre 2012) : « Pour lui, c’est revenir aux usages du passé quand, avant guerre, les allers-retours de certains dirigeants entre les gouvernements et la banque étaient devenus une pratique habituelle. Il sait que la maison est considérée désormais comme un de ces points de passage obligés par la haute fonction publique. C’est aussi la rançon de l’influence. » C’est donc pourquoi Emmanuel Macron, banquier d’affaires associé chez Rothschild, est devenu l’un des plus proches conseillers, voire le plus influent, de François Hollande, remplaçant ainsi François Pérol, banquier d’affaires associé chez Rothschild, qui avait été secrétaire général adjoint de l’Élysée durant l’ère Nicolas Sarközy (il a même repris son bureau à l’Élysée…). Tout comme Georges Pompidou, ancien de Rothschild, était devenu président de la République. Donc rien que de très normal, la banque Rothschild étant implantée à l’Élysée alors que la banque Lazard règne traditionnellement sur Matignon.
 

Georges Pompidou, ancien de Rothschild lui aussi, était devenu président de la République. - Boris15@Shutterstock.com
Georges Pompidou, ancien de Rothschild lui aussi, était devenu président de la République.

« LE TÉLÉPHONE PORTABLE LE PLUS SATURÉ DU TOUT-PARIS »

 « Celui-là, Hollande l’a repéré de longue date et il n’a pas l’intention de le laisser très longtemps dans l’ombre. Emmanuel Macron a beau être un jeune trentenaire, il a déjà une carte de visite longue comme le bras […] Emmanuel Macron est la perle que tout le monde s’arrache. »
« Le Nouvel observateur », 19 janvier 2012.

« L’un des inspecteurs des finances les plus brillants de sa génération. »
« Le Monde », 16 mai 2012.

« C’est probablement le téléphone portable le plus saturé du Tout-Paris. Parler à Emmanuel Macron relève du parcours du combattant […] C’est l’homme de la crise de l’euro et de tous les dossiers économiques […] Le « petit Macron » comme on le surnomme, est devenu une pièce maîtresse dans le dispositif élyséen. »
« Libération », 17 octobre 2012.

« N’ayant ni vocation ni l’envie de m’engager dans l’industrie ou une structure particulière, je me suis orienté vers la finance. Celle-ci me paraissait plus libre et plus entrepreneuriale que d’autres secteurs. Les métiers de la banque d’affaires sont exigeants mais extrêmement stimulants. »
Emmanuel Macron, « Rue Saint-Guillaume », avril 2010.

UNE LÉGENDE PLUS DORÉE QUE LA RÉALITÉ

Il y a un véritable fossé entre les mâles déclarations opportunistes et la réalité du pouvoir. « Dans cette bataille qui s’engage, mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti mais il gouverne, cet adversaire, c’est le monde de la finance. » Dixit François Hollande, le 22 janvier 2012, lors de son discours du Bourget. Dès son élection, le même François Hollande prenait comme secrétaire général adjoint et principal conseiller financier Emmanuel Macron, banquier associé chez Rothschild…
Âgé de 35 ans à peine, Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977 à Amiens (Somme). Il est le fils de Jean-Michel Macron, médecin agrégé et médecin hospitalier (neurologie), et de Françoise Noguès, médecin. Se gardant bien d’indiquer au « Who’s Who » qu’il s’agit d’un établissement catholique privé sous contrôle des jésuites, il a effectué ses études de la 6e à la 1re au lycée La Providence, où il sera systématiquement premier (notamment grâce à sa grand-mère, ancienne directrice d’école qui le fera travailler le mercredi et le samedi), terminant sa scolarité au lycée Henri IV à Paris (où il se liera avec Jean-Baptiste de Froment, futur conseiller d’éducation de Nicolas Sarközy). En 1994, à 16 ans, il est lauréat du concours général de français et décroche même un troisième prix de piano du conservatoire d’Amiens. On relèvera qu’il lui reste sans doute un semblant d’éducation chrétienne puisqu’il appartient au comité de rédaction de la revue « Esprit ».
Étonnamment, c’est à La Providence qu’il rencontre un professeur de français, de vingt ans plus âgé que lui, Brigitte Trogneux, qui sera son professeur en seconde. Il en tombe amoureux (il est alors mineur) et l’épousera finalement, en dépit de l’importante différence d’âge et de cursus universitaire, le 20 octobre 2007, après que cette femme mariée et mère de famille a divorcé. Elle appartient à une vieille famille de la grande bourgeoisie amiénoise, se situant nettement à droite, la famille Trogneux. Son beau-frère, qui n’est autre que le fameux pâtissier (macarons) et confiseur Jean Trogneux, assume ces différences : « La politique est un sujet tabou entre nous et donc, on parle d’autre chose (« Le Courrier picard », 17 mai 2012). »
À la différence de son frère et de sa sœur, Emmanuel Macron n’a pas embrassé la carrière médicale. Il obtient d’abord un DEA de philosophie (consacré à Hegel) à Paris X-Nanterre. Wikipédia lui attribue généreusement une thèse sur l’intérêt général rédigée de 1999 à 2001, durant laquelle il sera un assistant du philosophe Paul Ricoeur (semble-t-il via son biographe, François Dosse). Si elle existe, cette thèse ne figure pas au fichier des thèses de Nanterre et ne figure pas non plus dans le fichier national des thèses. En réalité, il semble qu’elle se soit réduite à l’état d’un embryon placé sous la direction d’Étienne Balibar… Quant à la fonction indiquée auprès de Paul Ricoeur dans le « Who’s Who », elle relève largement de la légende dorée : « Le philosophe, qui avait besoin de quelqu’un pour faire de l’archivage, l’a fait travailler à mi-temps pendant trois ans (« Le Monde », 27 octobre 2012). »
La rumeur, reprise par divers journalistes (exemple « Le Nouvel observateur », 19 janvier 2012), lui attribue aussi faussement d’être un ancien de l’École normale supérieure. En réalité, cet ancien khâgneux d’Henri-IV (avec Amélie Verdier, directrice du cabinet de Jérôme Cahuzac) a raté Normale Sup, ce qui a ébranlé un temps ses certitudes, l’obligeant à se rabattre sur la faculté. En parallèle ou par équivalence, il obtient le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris (voie « diplomatique » et pas « service public ») en 2001. Après une « prep-Ena », il sera élève à l’Ena (en profitant pour passer un mois à Cambridge avant d'être reçu au concours) de 2002 à 2004 (promotion Léopold Sédar Senghor), dont il sortira 5e (et non second, comme l’indique faussement « Libération », 17 octobre 2012). Le major est Sébastien Proto, lui aussi devenu banquier d’affaires chez Rothschild et animateur de la campagne de Nicolas Sarközy… Son rang lui permet quand même d’intégrer de justesse l’Inspection des Finances. Inspecteur des Finances de 2004 à 2007, il est rapidement repéré, devenant chargé de mission auprès du chef de service à l’Inspection générale des Finances (2007-2008), le plus qu’influent Jean-Pierre Jouyet (plus proche ami de François Hollande, nouveau patron de la Caisse des dépôts et consignations après avoir été ministre des Affaires européennes de Nicolas Sarközy), puis Jean Bassères. À noter que Jean-Pierre Jouyet devait le choisir alors qu’il était « l’élément le plus politisé » qu’il n’ait jamais rencontré à l’Inspection des finances (cf. « Le Point », 18 octobre 2012).

IL NÉGOCIE LE PLUS GROS DEAL DE L’ANNÉE

Soucieux de rentabiliser au mieux sa carrière, il part, sur les conseils du strauss-kahnien Serge Weinberg, pantoufler dans le privé, grâce au soutien de François Henrot, devenant le plus jeune banquier d’affaires et directeur des affaires financières (2008-2011) et associé-gérant (2011- 2012) de la Banque Rothschild & Cie, équivalent d’un Matthieu Pigasse chez Lazard. À l’époque « Rue Saint Guillaume » (avril 2010) le décrit ainsi : « Costume sombre impeccablement coupé, chemise blanche avec boutons de manchette, cheveux sagement ondulés, verbe rapide et gestuelle mouvante, Blackberry à portée de main, (il) pourrait apparaître comme l’archétype même du jeune banquier d’affaires. »
Il négocie le plus gros « deal » de l’année 2012, le rachat par Nestlé de la filiale d’aliments pour enfants de Pfizer (c’est au sein de la commission Attali qu’il s’était lié avec le patron de Nestlé, Peter Brabeck). « Un deal à 9 milliards d’euros qui lui permet illico de devenir millionnaire (« Libération », 17 octobre 2012). » Ce qui l’oblige, pour quelque temps sans doute, à diviser son revenu par dix en rejoignant la rue du Faubourg Saint-Honoré. À ce poste, il s’occupera aussi de divers dossiers sensibles, pouvant revenir aujourd’hui à l’Élysée comme le quotidien « Le Monde » (il a conseillé la Société des lecteurs du Monde) ou le financement de Presstalis (ex-NMPP).

IL S’INSCRIT AU PARTI SOCIALISTE EN 2001… MAIS VA RASSURER LES BANQUIERS DE LA CITY

Un temps proche des idées chevènementistes, c’est en 2001 qu’il s’inscrit finalement au Parti socialiste, se rapprochant rapidement des idées de la « deuxième gauche », celle d’ « Esprit », du think tank « En temps réel » (de Stéphane Boujnah, le patron de la banque Santander France), dont il appartient au comité directeur, tout en gardant un pied à la Fondation Jean Jaurès. Aux élections législatives de 2007, fort de ses appuis parisiens, il tente vainement de se faire investir à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Il comprend très vite qu’il n’a pas de temps à perdre avec les trentenaires et qu’il vaut mieux taper directement à la tête, c’est-à-dire François Hollande. C’est par le biais de Jean-Pierre Jouyet qu’il rencontre, en 2006, le futur président de la République, l’alimentant en notes. Ce qui ne l’empêchera pas d’être le rapporteur de la Commission pour la libération de la croissance française voulue par Nicolas Sarközy et dirigée par Jacques Attali, dont il deviendra le principal collaborateur. Ce dernier « s’est chargé, lui aussi, de chanter ses louanges » auprès de François Hollande (« Le Nouvel observateur », 19 janvier 2012) alors même que la dite commission avait rendu un rapport préconisant de si violentes mesures de dérégulation et déréglementation économiques et sociales qu’elles furent oubliées par Nicolas Sarközy… « Et comme, dans le milieu, François Henrot, qui l’a pris sous son aile, et Alain Minc qui aime faire la sortie des (grandes) écoles, ont surenchéri sur son compte (même source). » Mieux encore, selon un banquier de la City cité par « Les Echos » (18 septembre 2012), « le conseiller économique de François Hollande, Emmanuel Macron, est venu à Londres avant les élections présidentielles expliquer à un groupe de financiers de la City qu’ils ne devaient pas s’inquiéter […] Il nous a cyniquement promis qu’il y aurait suffisamment de niches pour que la mesure soit indolore et qu’il savait très bien qu’elle était risquée du point de vue économique. »

LA CHEVILLE OUVRIÈRE DU PROGRAMME ÉCONOMIQUE DU CANDIDAT HOLLANDE

En 2010, il s’engage donc réellement auprès de François Hollande. « Il devient la cheville ouvrière du programme économique du candidat Hollande. Il fait le lien avec les économistes du groupe de La Rotonde (Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen, Jean Pisani-Ferry…) et de jeunes « technos » de Bercy et d’ailleurs. Tous saluent son sens de l’organisation et de la synthèse (« Le Monde », 27 octobre 2012). » C’est lui, soutenu par son équipe de « technos » et d’inspecteurs des finances, qui rédigera très largement le projet de loi de finance rectificative présenté à l’Assemblée par le ministre du Budget Jérôme Cahuzac.
Toutefois, comme l’indique « Libération » (17 octobre 2012), « il est d’une gauche plutôt libérale, à cheval sur le rétablissement des finances publiques et le libre jeu du marché. Quand il apprend que son candidat a dégainé sa proposition de taxer à 75% les super-riches, il manque de s’étouffer. » (Il faut dire que la mesure a été suggérée par son concurrent, Aquilino Morelle, qui deviendra le conseiller politique du président et sa principale « plume »). Mais qu’importe pourvu qu’on ait le pouvoir : « Il a suivi les méandres du président, qui a dit tout et le contraire de tout sur le coût du travail (« Le Monde », 27 octobre 2012). » C’est ce qui conduit nombre de grands patrons à le soutenir plus ou moins discrètement : c’est la bouée de sauvetage des patrons. « Emmanuel Macron est notre relais, notre porte d’entrée auprès du président », s’enthousiasme Stéphane Richard, Pdg de France Télécom […]
« Je l’ai vu à l’œuvre chez Rothschild, il va rassurer tout le monde », renchérit un autre ponte du CAC 40 (« Challenges », 30 septembre 2012). »
À l’Élysée, « Monsieur superlatif » (« Le Monde », 28 octobre 2012) devient aussitôt le collaborateur clé de François Hollande qui n’a jamais vraiment évolué dans les cercles de pouvoir effectif et qui demeure peu au fait des questions économiques et financières. Comme l’indique « Libération » (17 octobre 2012), « c’est l’histoire de l’affolante ascension d’un jeune homme pressé. Celle d’un Julien Sorel d’un siècle où la haute finance est devenue l’antichambre du pouvoir politique. » Même si le « jeune loup de l’Élysée » (« Challenges », 30 août 2012) n’a pas réussi à avoir la tutelle sur Philippe Léglise-Costa, conseiller pour l’Europe, avec lequel il gère la crise de la zone euro, il a la haute main sur les grands sommets (G9, G20, etc.). Avant de rebondir plus haut ?

(*) Éditée par le journaliste d'investigation Emmanuel Ratier, la lettre confidentielle bimensuelle « Faits & Documents » multiplie les scoops, souvent repris plusieurs mois après par la presse grand public. Abonnement annuel : 78 euros. - Contact : Tél./fax 01 40 16 80 92 - Site Internet : www.faitsetdocuments.com.  
 


L’HISTOIRE D’UNE BANQUE HORS NORME

En 1981, l'établissement, nationalisé, semble condamné à disparaître. La famille paraît renvoyée dans les annales de l'histoire. Trente ans plus tard, la banque Rothschild est devenue la banque d'affaires la plus puissante de France. Au centre de la plupart des grandes opérations financières depuis une dizaine d'années, elle règne aujourd'hui discrètement sur la place. Du second Empire au Paris d'aujourd'hui, on découvre comment cette famille a réussi à se maintenir depuis deux siècles au sommet du pouvoir, en étant à la fois bien vue par la droite – de Pompidou à Sarkozy – et acceptée par la gauche, de Delors à Hollande. Sous l'égide de David de Rothschild, cet empire financier qui a su éviter les récents périls du monde financier – des « subprimes » à la dette des États – reste la dernière grande banque familiale du monde occidental, quand toutes les autres se sont effondrées. C'est l'ambition de cette enquête méticuleuse, nourrie de nombreuses révélations : faire pénétrer le lecteur dans l'un des cœurs du réacteur du capitalisme français.
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

France

Emmanuel Macron : le banquier de Rothschild aux commandes de l'économie

« C’est la tradition de la maison de se mettre à la disposition de la République. » Cette déclaration de civisme de David de Rothschild en aura fait rire plus d’un. Comme l’écrit excellemment Martine Orange dans « Rothschild, une banque au pouvoir » (Albin Michel, septembre 2012) : « Pour lui, c’est revenir aux usages du passé quand, avant guerre, les allers-retours de certains...