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Océan Indien

En attendant la prochaine crise financière

1 avr 2018 | PAR Alain Foulon | N°328

Sur le point de boucler ce numéro de L’Eco austral, j’apprends une triste nouvelle, le décès de Danièle Le Normand ce 24 mars à l’âge de 53 ans. Directrice adjointe du groupe réunionnais Isautier, cette battante n’a pu remporter son dernier combat, livré contre un cancer détecté trop tardivement. Mais elle s’est bien battue, comme en témoignent ses proches et tous ceux qui la côtoyaient au quotidien. De même qu’elle s’est bien battue pour le développement de son île natale et pour l’entrepreneuriat. Très impliquée dans Initiative Réunion, déclinaison locale d’Initiative France, premier réseau associatif de financement des créateurs et des repreneurs d’entreprise. L’une de ses grandes satisfactions était d’avoir permis à des centaines de porteurs de projet, en manque de financement bancaire, d’avoir pu s’en sortir grâce à un prêt d’honneur.
Après des études secondaires à La Réunion, elle avait poursuivi des études d’ingénieur à Paris avant de connaître une première expé-rience professionnelle aux États-Unis. Mais très vite, elle revenait dans son île natale où elle s’impliquait dans la formation continue au sein de la Chambre de commerce et d’industrie. Puis elle occupait le poste de directrice adjointe du port, une grande première pour une femme dans ce milieu difficile des dockers. 

Rendre à la terre...
Mais Danièle Le Normand était une femme de tempérament, qui ne se laissait pas intimider. Depuis une quinzaine d’années, elle s’épanouissait au sein du groupe Isautier où elle s’occupait des punchs et des rhums et surtout de leur expansion à l’export à l’aide de recettes innovantes et de prospections jusqu’aux États-Unis. À la fois une ouverture, favorisée par une économie mondialisée, et un rapprochement au plus près d’un terroir réunionnais qu’elle aimait et qu’elle respectait. Raison pour laquelle elle pratiquait autant que possible l’économie circulaire. « Il faut rendre à la terre ce qu’elle nous donne », aimait-elle répéter. C’est dans cet esprit de préservation du terroir, de l’histoire de l’île et de ses traditions qu’elle avait été l’un des artisans de la création de la Saga du rhum, un musée interactif situé sur les terres de la famille Isautier, dans le sud de l’île. Élue au Conseil régional et siégeant comme vice-présidente, elle avait apporté à cette assemblée une voix d’entrepreneur qui lui fait parfois défaut. 
C’est à ce titre qu’elle était intervenue en 2016 lors de notre soirée du Tecoma Award où l’on découvre l’Entrepreneur de l’année. Danièle Le Normand restera comme une grande figure de l’entrepreneuriat réunionnais.

Le au-revoir de la présidente de Maurice
Maurice vient de célébrer ses 50 ans d’indépendance dans une ambiance particulière puisque la présidente de la République, Ameenah Gurib Fakim, a volé bien malgré elle la vedette au président indien Ram Nath Kovind qui était l’invité d’honneur. Accusée d’avoir réalisé des achats personnels avec la carte de crédit que lui avait remise l’association internationale Planet Earth, la présidente a déclaré avoir remboursé aussitôt qu’elle s’est rendue compte de sa méprise. Mais cette affaire, relayée par la presse, l’a conduit à démissionner le 23 mars dernier. Quand on parle d’affaire, c’est d’ailleurs un peu exagéré puisqu’on évoque un montant de 25 000 euros. 
Pas grand chose à côté des 20 millions de dollars que Nicolas Sarkozy aurait reçu de Kadhafi pour financer la campagne électorale qui le conduira à la présidence de la République. Première femme présidente (qui reste un poste surtout honorifique puisque Maurice fonctionne selon le modèle britannique), Ameenah Gurib Fakim était aussi une présidente atypique. Musulmane ne prêtant pas le flanc au communautarisme, refusant les radicalismes de tous bords, scientifique au franc parler, femme de cœur s’assumant pleinement, elle devait en déranger plus d’un dans une île où l’on cultive de la canne à sucre et des préjugés (dixit Malcolm de Chazal). 

Achetez-vous une canne à pêche et plantez du manioc !
Il nous faut attendre stoïquement la prochaine crise financière mondiale qui ne devrait pas tarder puisque la précédente crise de 2008 n’a pas mis fin à la financiarisation de l’économie. Celle-ci reste toujours déconnectée de la réalité des biens. Dollar, euro ou autre, nos monnaies sont toutes des monnaies de singe, du papier imprimé injecté dans l’économie pour éviter la récession. Mais l’on sait bien que ça ne peut pas tenir longtemps. On est bien loin du terroir qu’affectionnait Danièle Le Normand. Pour anticiper, le mieux est de revenir aux valeurs sûres comme l’agriculture et comme cette économie bleue qui n’est pas un mirage de « trader » puisque l’océan recèle des richesses bien réelles. À commencer par son eau de grand profondeur, aux multiples vertus, et ses poissons qui nous nourrissent. Un bon conseil, achetez-vous une canne à pêche et plantez du manioc dans votre jardin ! Quand la crise financière surviendra, ça vous sera utile !

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