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Énergies renouvelables : La Réunion fait beaucoup mieux que la Métropole

1 avr 2019 | PAR Ignace de Witte | N°338
Le relief escarpé de La Réunion est une bénédiction car on dispose de dénivelés importants. Guillaume Foulon
EDF France (métropole) se félicite de ce que 2018 a été une excellente année au point de vue des énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, bioénergies), qui ont assuré 21,3 % de la consommation totale. Mais, avec 36 %, EDF Réunion fait beaucoup mieux !

En Métropole, l'électricité est produite par un parc totalisant 132 889 mégawatts (MW) de puissance installée au 31 décembre 2018, qui se réparti ainsi : 47,5 % nucléaire, 9,2 % gaz, 2,6 % fioul, 2,3 % charbon, contre 19,2 % hydraulique, 11,5 % éolien, 6,4 % solaire et 1,5 % bioénergies diverses (biogaz, biomasse, déchets papier, déchets ménagers). Mais la puissance installée n’est pas le meilleur chiffre à suivre. En effet, une centrale nucléaire produit 24 heures sur 24 et 365 jours par an alors que les panneaux solaires ne fournissent des watts que pendant la journée et les éoliennes quand il y a du vent (énergies intermittentes). 
La production est un meilleur indicateur. En 2018, elle a atteint 548 600 gigawattheures (GWh) et EDF France est capable de dire comment tous ces watts ont été produits : 71,7 % nucléaire, 7,2 % combustible fossile (charbon, fioul et gaz), 12,5 % hydraulique, 5,1 % éolien, 1,9 % solaire et 1,8 % bioénergies.
Petite parenthèse, mais qui a son importance : la consommation électrique métropolitaine s’élève à 474 000 GWh, un chiffre inférieur à la production (549 000 GWh), car les réseaux européens étant interconnectés, la France vend des watts à ses voisins, notamment l’Allemagne, qui peut ainsi fermer ses cen-trales nucléaires (plus que sept réacteurs en service). Selon le bilan annuel, la France importe également de l›électricité quand elle en a besoin : 26 000 GWh en 2018. La Réunion ne peut pas importer d’électricité, son réseau est totalement isolé, ce qui explique un dimensionnement des installations en conséquence et des procédures adaptées.
La consommation à La Réunion s’élève à 2 958 GWh en 2018, contre 2 985 GWh en 2017, soit - 0,9 %, ce dont se félicite Olivier Duhagon, directeur général d’EDF Réunion. En effet, comme la loi fait obliga-tion à EDF Réunion  de vendre le KWh au même prix qu’en Métropole, alors que le coût de production est ici plus élevé, le principal objectif commercial d’EDF Réunion est de vendre le moins possible, pour perdre le moins possible d’argent : « Grâce aux chauffe-eau solaires, à l’isolation des bâtiments, aux lampes basse consommation ou à Led, aux frigos classe A, etc. la consommation d’électricité qui progressait de +10 % par an il y a 20 ans est aujourd’hui sous contrôle. »
Pour maîtriser la consommation, il y a d’autres moyens. À Madagascar, la Jirama, c’est-à-dire l’EDF malgache, procède à des délestages, qui sont parfois annoncés (pas toujours). À La Réunion, cela n’existe pas, mais EDF a mis en place un dispositif qui produit les mêmes effets : lorsque la demande est trop forte, EDF demande à ses plus gros clients (des grosses entreprises), de mettre en route leurs groupes et de fonctionner en autonomie. Cela « efface » ces gros consommateurs du réseau. Cela se fait de manière concertée, sous contrat et selon un protocole bien précis.
Certains Réunionnais possèdent une installation photovoltaïque qui leur permet d’être autonomes (autoconsommation) mais leur nombre (environ un millier) est trop faible pour que cela soit visible sur le réseau. Autre raison de satisfaction d’EDF Réunion : la part des énergies renouvelables dans la consommation est ici de 36 %, contre 21,3 % en métropole ! Cela méritait l’organisation d’un petit événement:  la visite de la centrale de la rivière Langevin, dans le sud de La Réunion.
Le relief escarpé de La Réunion est une bénédiction car on dispose de dénivelés importants. Hélas, cela ne suffit pas, il faut aussi trouver en amont une alimentation en eau suffisante et il faut que le site soit aménageable à un coût raisonnable. 

 

Olivier Duhagon (à g.), directeur général d’EDF Réunion, et son équipe.
Olivier Duhagon (à g.), directeur général d’EDF Réunion, et son équipe.   Guillaume Foulon
 

Une centrale des années 60

Au final, seuls cinq sites répondent au cahier des charges et ils sont tous déjà aménagés : Takamaka (43,4 MW), Bras de La Plaine (4,6 MW), Rivière de l’Est (82 MW), Langevin (3,6 MW) et Bras des Lianes (2,2 MW). Au total, cela fait 135,8 MW hydro-électriques installés. Grâce à une bonne pluviométrie, ces centrales hydro-électriques ont pu fournir 20 % de toute l’électricité consommée en 2018.
D’un point de vue technique, les centrales hydro-électriques se ressemblent toutes, seule leur implantation dans le milieu naturel diffère. Pour accéder à la centrale de Langevin, il faut re-monter la petite route sinueuse de Grand-Galet (éviter d'y aller le week-end, c'est bondé de pique-ni-queurs). Le premier élément de la centrale est la « prise d’eau », qui se situe aux coordonnées GPS 21°20'24.88 S et 55°38' 41.37' E, à 538 m d'altitude. L'eau de la rivière est captée et dirigée vers un immense bassin. Après filtration et décantation, pour enlever les sédiments, un tuyaux d'1,40 m de diamètre amène ensuite l’eau vers la centrale proprement dite, située aux coordonnées GPS 21°21’ 28.74' S et 55°38’48.44' E, soit à 1 500 m à vol d’oiseau du réservoir mais surtout à 301 mètres d’altitude, soit 137 mètres plus bas que le réservoir, avec une dernière partie très abrupte. 

Ecosystème préservé

Cette différence d’altitude permet d’obtenir 13 bars de pression « en bas », où l'eau est turbinée avant d'être rendue à la rivière. La centrale possède deux turbines « Francis » qui font tourner chacune un alternateur de 1,8 MW, soit 3,6 MW de puissance active quand ils sont tous les deux en service. Les alternateurs fournissent du courant alternatif triphasé, qui est traité et mis aux normes avant d'être injecté dans le réseau EDF. Lors de notre visite, l'une des turbines était en révision et la centrale tournait donc à 50 % de sa capacité.
Une plaque constructeur indique que les alternateurs ont été fabriqués en 1960, par Générale Électrique Nancy : 59 ans plus tard, ils fonctionnent comme au premier jour, c’est ça aussi le développement durable ! La centrale de Langevin est optimisée, elle tire le meilleur parti de l’eau disponible, on ne peut plus l’améliorer. Il faut souligner que son impact sur la rivière est très limité : quand il fait sec et que la centrale utilise toute l’eau disponible, la rivière n’est à sec que sur 1 500 mètres environ. En amont et en aval, l’écosystème naturel est préservé et la rivière attire même de nombreux pêcheurs !

 

 Comme la loi fait obligation de vendre le KWh au même prix qu’en Métropole, alors que le coût de production est plus élevé, le principal objectif commercial est de vendre le moins possible.
Comme la loi fait obligation de vendre le KWh au même prix qu’en Métropole, alors que le coût de production est plus élevé, le principal objectif commercial est de vendre le moins possible.  Guillaume Foulon
 
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En Métropole, l'électricité est produite par un parc totalisant 132 889 mégawatts (MW) de puissance installée au 31 décembre 2018, qui se réparti ainsi : 47,5 % nucléaire, 9,2 % gaz, 2,6 % fioul, 2,3 % charbon, contre 19,2 % hydraulique, 11,5 % éolien, 6,4 % solaire et 1,5 % bioénergies diverses (biogaz, biomasse, déchets papier, déchets ménagers). Mais la puissance installée n’est...