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Océan Indien

Entre l’énergie verte et l’économie bleue, mon cœur balance

1 sep 2019 | PAR Alain Foulon | N°343

Alors que tout le monde ou presque se dit « écolo », y compris les tartuffes de service, l’un des grands sujets du moment est l’énergie verte. Plus particulièrement à La Réunion où l’on nous parle désormais d’autonomie énergétique pour 2030. Quand on nous fixait un objectif d’autonomie électrique, on pouvait y croire même si l’énergie solaire avec stockage coûte encore cher (mais les prix baissent). Maintenant, on est passé à l’autonomie énergétique ! Sachant que les transports sont les plus gros consommateurs d’énergie, on peut se montrer sceptique. Il faudrait que tous les véhicules, les avions et les bateaux ne fonctionnent qu’à partir d’énergie renouvelable ! Car, bien sûr, une voiture électrique qui fonctionne à partir d’électricité produite avec du charbon ou du fioul, ce n’est pas très « vert » ! 

Très chère transition énergétique

Non seulement, à La Réunion, 99 % des voitures vendues sont équipées d’un moteur thermique, mais le diesel, considéré comme plus polluant, a toujours la cote. Chez les pompistes, il domine, à 78 %, c’est-à-dire plus qu’il y a quinze ans où l’on se situait à 64 %. Quelques technocrates bien intentionnés trouveront la solution en proposant que le diesel soit plus cher que l’essence sans plomb. Ils ont déjà tenté le coup et la France (Réunion comprise) s’est retrouvée avec la crise des Gilets jaunes. Dans ce genre de dossier, comme dans celui de l’économie informelle, l’incitation fonctionne mieux que le coup de matraque.
 La transition énergétique a un coût ! Et il est lourd, comme le montre le projet de climatisation marine ou SWAC (Sea Water Air Conditioning) au Centre hospitalier universitaire (CHU) à Saint-Pierre. Le SWAC est un principe déjà ancien qui consiste à pomper de l’eau en grande profondeur (dans les 1 000 mètres) pour climatiser des bâtiments. Le CHU ne peut qu’être satisfait que ce projet emblématique ait pu enfin être validé et le marché confié au groupe Bardot. À partir de 2023, il lui permettra d’économiser 800 000 euros d’électricité par an sans qu’il n’ait à investir grand chose dans le projet. Entre parenthèses, le directeur général du CHU de La Réunion, Lionel Calenge, a déjà réussi à réduire très nettement le déficit de son entreprise qui emploie 8 000 salariés, le faisant passer de 36 millions à 12 millions d’euros. Avec la perspective d’at-teindre l’équilibre dans les prochaines années.
Si le CHU ne prend pas en charge l’investissement dans le SWAC, vous vous demandez sans doute, chers lecteurs, qui va payer ? Car aux dernières nouvelles, l’addition se monterait à 40 millions d’euros, rien qu’en investissements. Le groupe Bardot devra collecter des subventions publiques (État, Europe, Région) et comme le projet a été validé avec le concours d’EDF et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), on peut penser qu’il y parviendra. On peut s’interroger néanmoins sur le modèle économique. Quarante millions d’euros pour faire économiser 800 000 par an au CHU, c’est beaucoup. Même si l’on ajoute l’économie réalisée par EDF qui vend à La Réunion son électricité près de trois fois moins cher quelle ne coûte à produire. Car il faut ajouter des coûts de fonctionnement que nous ne connaissons pas.  Il n’en reste pas moins que ce projet de SWAC est un beau projet et il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain (de mer). Ce qui est dommage, c’est que cette eau de grande profondeur, aux propriétés particulière, sera rejetée à la mer après avoir servi à climatiser le CHU. 

L’économie bleue : un vrai relais de croissance

On pourrait pourtant en faire quelque chose, comme le montre l’exemple d’Hawaï. Dans cet État américain d’Océanie, archipel aux 137 îles, l’exploitation des fonds marins génère un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros dont seulement 57 millions pour le SWAC. Le modèle développé par Hawaï depuis trente-huit ans, et qui a exigé beaucoup d’argent public, consiste à ajouter un réseau secondaire de distribution de l’eau au lieu de la rejeter à la mer. En clair, le modèle économique consiste à profiter des lourds investissements nécessaires pour capter l’eau à 1 000 mètres et l’acheminer, et d’en tirer de la valeur ajoutée à travers de multiples activités possibles : aquaculture, parapharmacie, aquarium, conditionnement de l’eau en bouteille après osmose inverse, thalassothérapie, pisciculture… Sans parler du captage de gaz rares. On arrive ici à la jonction entre cette fameuse économie bleue, qui représente un véritable relais de croissance dans notre région océanique, et l’énergie verte qu’on veut nous imposer à marche forcée. La bonne formule est un partenariat public-privé à même de mieux amortir les investissements publics à travers des appels à projets privés. 

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