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Entrepreneuriat au féminin : créer, être libre et s’épanouir

« Les femmes ne sont pas à la course au pouvoir. Leur bien-être, comme celui de leurs salariés, passe avant la rentabilité… » - Stocklib/Dmitriy Shironosov
L’entrepreneuriat conjugué au féminin évolue et se démocratise. Il se caractérise par une autre façon d’entreprendre, de manager, d’apporter de la valeur ajoutée en privilégiant l’humain.


À La Réunion comme en France métropolitaine, les femmes sont à l’origine de 29% des créations d’entreprise (Source Insee 2014). Un nombre qui n’a pas évolué depuis dix ans puisqu’en 2006, on dénombrait une proportion quasi identique. En revanche, on constate un nombre plus fort de femmes seniors se lançant dans la création (15,2% en 2014 contre 4,9% en 2002) et également une part de jeunes femmes de moins de 30 ans plus conséquente par rapport à leurs homologues masculins (22,1% contre 15,1%). Reste que la majorité des femmes qui créent ont entre 30 et 50 ans (62,8%).
 

Chaheda Rivière, présidente d’EFOIR, le réseau professionnel Entreprendre au féminin océan Indien : « Pour les créatrices, le soutien du conjoint est essentiel, surtout s’il y a des enfants. » - Guillaume Foulon
Chaheda Rivière, présidente d’EFOIR, le réseau professionnel Entreprendre au féminin océan Indien : « Pour les créatrices, le soutien du conjoint est essentiel, surtout s’il y a des enfants. » - Guillaume Foulon
 

LA RECHERCHE D’INDÉPENDANCE

L’entrepreneuriat se répand et il répond aussi au besoin de trouver du travail, selon Chaheda Rivière, présidente d’EFOIR, le réseau professionnel Entreprendre au féminin océan Indien. « Beaucoup de jeunes ont des diplômes supérieurs mais pas forcément d’emploi correspondant à leur niveau de formation. La parité n’est toujours pas une réalité dans l’entreprise. Alors, pour accéder à des postes à responsabilités, les femmes se tournent de plus en plus vers l’entrepreneuriat. Elles créent majoritairement dans les secteurs du service (à la personne notamment) et du commerce, très peu dans l’artisanat. 90% de nos femmes chefs d’entreprise dépendent d’ailleurs de la CCIR. » 
Pour Emilie Linkwang, ingénieur en informatique et chef d’entreprise dans la communication digitale, « l’entrepreneuriat permet d’avoir une vie de femme et de mère plus libre ». Parmi les principales motivations, être indépendante concerne justement un quart des femmes (26%) et demeure la raison première qui préside à la création d’entreprise au fil des ans, devant le goût d’entreprendre (16%) et la nécessité de créer son emploi (15%). 

UN MANAGEMENT PLUS « DOUX » ?

Il y aurait un véritable management au féminin, basé sur l’empathie, la diplomatie, la bienveillance et l’écoute. Ce sont les dirigeantes elles-mêmes qui le disent. « Les femmes ne sont pas à la course au pouvoir, estime Chaheda Rivière. Le bien-être, le leur comme celui de leurs salariés, passe avant la rentabilité. Elles ont les mêmes objectifs de réussite, les mêmes charges que les hommes, pour autant, leur discours et leur approche sont teintés de chaleur humaine. » À EFOIR, le profil qui se dégage est celui de personnalités humbles, qui veulent toujours prouver plus, sont perfectionnistes, parlent de leur « petite entreprise », sont moins joueuses car elles sécurisent mieux le risque. Massi Rivière, entrepreneur qui a créé le premier centre de coworking de La Réunion, un modèle qui s’est dupliqué depuis, estime également que les femmes dirigeantes sont plus communicatives. « Nous n’avons pas du tout le même fonctionnement. Nous sommes plus en douceur, ce qui ne veut pas dire stupides ! Les femmes sont plus tolérantes et bienveillantes à l’égard des autres ». Les créatrices visent un objectif d’épanouissement global à travers leur entreprise, privilégiant le bien-être, le travail collaboratif, les échanges… Mais selon certains chercheurs comme Sarah Saint-Michel, chercheuse en femmes et leadership à l’Université Paris 1 et co-auteure d’« Hommes, femmes, leadership : mode d’emploi » (Pearson, 2016), il n’est pas raisonnable, et c’est même dangereux, de sexualiser le management parce que cela constitue en soi un stéréotype et une discrimination, un renforcement du clivage homme-femme. « Il y a autant de styles de leadership que d’individus. » Si le postulat de la femme dirigeante pétrie de qualités communicatives ne doit pas tenir, n’empêche, le management moderne a évolué et se base non sur plus sur une hiérarchie pyramidale fondée sur l’autorité et la domination mais bel et bien sur un travail participatif, qui se nourrit d’échanges, d’égal à égal. 
 

Massi Rivière, gérante de Starter+, centre de coworking  : « Selon moi, les femmes dirigeantes sont plus tolérantes et bienveillantes à l’égard des autres. » - Guillaume Foulon
Massi Rivière, gérante de Starter+, centre de coworking  : « Selon moi, les femmes dirigeantes sont plus tolérantes et bienveillantes à l’égard des autres. » - Guillaume Foulon
 

LA MIXITÉ : UN LEVIER DE CROISSANCE

Global Contact est un cabinet d’étude de référence et de recherche sur l’emploi et la formation des femmes et des jeunes dans les filières scientifiques, techniques, high-tech et innovation. En 2016, il a réalisé avec l’UNESCO la première étude qui évalue l’impact de la mixité femmes-hommes sur la performance des équipes et leur bien-être, en particulier dans les entreprises innovantes, en France et dans le monde. En France, l’enquête révèle + 16% d’écart de performance entre les équipes mixtes et non mixtes (+ 22% dans le monde) et - 7%de souffrance au travail perçue dans les équipes mixtes (- 8% dans le monde). La performance est mesurée en fonction de la réalisation des objectifs fixés par des équipes de dix personnes ou plus. La mixité dans les équipes renforcerait l’épanouissement des salariés, un facteur de performance durable et de compétitivité des entreprises. Dans ce sens, la présidente d’EFOIR, Chaheda Rivière, aimerait que le mot « atypique » ne soit plus associé au mot « métier ». « Aucun métier ou secteur d’activité ne doit être réservé aux hommes. Les femmes ont véritablement quelque chose à apporter partout où elles sont compétentes. En discutant avec des patrons du BTP, j’ai pu apprendre que les chantiers étaient plus propres dès lors qu’ils étaient dirigés par une femme et que le comportement des ouvriers était plus plaisant, moins rustre. » Reste à travailler sur les questions d’éducation pour faire voler en éclat les stéréotypes, mais le chemin est encore long. L’enquête, montre que la présence des femmes dans les doctorats en sciences, techniques et innovation (STI) n’a progressé que de 2% en France (contre 9% dans le monde) entre 2000 et 2014. On comptait 38% de femmes en 2014 dans les doctorats STI (contre 36% en 2000) et 37% à l’échelle mondiale (contre 28% en 2000). 

UNE AMBIANCE DE TRAVAIL PLUS AGRÉABLE

Parmi les secteurs d’avenir, les femmes ont une carte à jouer dans les métiers de l’innovation où elles s’illustrent particulièrement et notamment dans le numérique, en plein essor. « Il y a souvent des femmes dans les équipes, mais elles ne sont pas toujours exposées, observe Isabelle Albert, directrice de Girls In Tech. Les choses sont en train de changer. On valorise de plus en plus les porteuses de projet. » Membre de Girls In Tech, Emilie Linkwang partage le même avis, convaincue de la nécessité de la mixité. « Chacun enrichit l’autre avec sa sensibilité, sa vision des choses, en tant que femme et en tant qu’homme. C’est essentiel de pouvoir garantir des approches différentes et les recruteurs sont sensibles à préserver des équipes mixtes car, outre la complémentarité, l’ambiance de travail est plus agréable. »


 

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