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Maurice

Escale au Zilwa : Le temps d’un carnet de route...

1 oct 2019 | PAR Jacques Rombi | N°344
Parasols en bois flotté et hamacs « fesses dans l’eau »… Photo : Jacques Rombi
Le vaste portique de l’hôtel Zilwa dévoile un panorama surréaliste. La vision est pourtant bien réelle, c’est celle des îles du nord posées sur l’horizon : le Coin de Mire, l’île plate et son satellite l’îlot Gabriel ; enfin, à l’extrême-droite, l’île Ronde et l’île aux Serpents viennent ponctuer ce chapelet posé sur l’océan.

« J’ai longtemps habité sous de vastes portiques que les soleils couchants teignaient de mille feux. » Ainsi commence le récit de « La vie antérieure » de Charles Baudelaire, mi-rêve mi-réalité, de son voyage dans les mers du Sud où Bourbon et l’Isle de France (1) auront marqué à jamais son style parnassien... Ces vers me reviennent à l’esprit alors que je passe l’enceinte de l’hôtel Zilwa. Il est 13 heures, le moment idéal pour rejoindre L’Or di Sab qui, comme son nom l’indique, permet de déjeuner les pieds nus dans un sable couleur or. En harmonie avec le site, j’opte pour une salade de calamar qui fond en bouche avant de déguster des filets de dorade coryphène à peine braisés. 
Le family member (2) dédié au barbecue a l’art de ne saisir qu’à peine cette chair blanche et parfumée à souhait. Quelques secondes de plus sur le grill et elle aurait perdu en saveurs et tendresse : chapeau ! Enfin, pour finir en beauté ce premier repas devinez « nou spécialité » ? : banane flambée au miel et son choix de glaces parfumées.
Les espaces de sieste-digestion se disputent dans l’atmosphère utopique qui m’envahit.  À l’ombre des cocotiers nains avec vue sur les îles ou au bord d’une des piscines (dont l’une est chauffée pour les plus frileux) ? J’opte finalement pour l’ombre d’une chambre à la déco rustique-chic-contemporaine qui rappelle les fameux campements, ces maisons typiques du bord de mer mauricien. Atmosphère authentique garantie !
Puis l’océan m’appelle. Envie de le surfer, le nager, le bouffer... Mais là aussi difficile de faire un choix entre toutes les activités nautiques proposées dans le package : canoë, bateau à pédales, snorkeling, paddle ? Je craque pour une planche à voile déjà gréée et qui n’attend que moi sur le sable. Je tire sur le wishbone et le vent fort qui souffle ce jour-là me propulse au large en un rien de temps. Mais Didier, le family-member-plagiste veille sur tous ses protégés et c’est finalement à bord de son security boat que je retrouverai la terre ferme...

« Tous des zilwa »

L’heure de l’apéro arrive en même temps que le soleil décline. Un mot m’attend : « Un cocktail  vous  est  offert  à  Kot Koze », le bar VIP aménagé à même le sable. Les family members prennent soin des résidents members dont je suis : champagne et musique en live en attendant le grand moment : celui de l’ottentik attitude du dîner chez un family member...
Le minibus nous amène après 20 minutes dans le joli village de Piton. Grand moment de partaz de la culture locale. C’est une des grandes « attitudes » qui a fait le succès de cette enseigne hôtelière pas comme les autres. « Ici, nous sommes tous des zilwa (îliens) et des family members », nous rappelle Rani, habituellement employée au service restauration du TabaJ, cette reproduction d’une boutique typique mauricienne où se dégustent rôtis, beignets et autres dholl puri. Parée d’un sari aux couleurs éclatantes, elle est accompagnée de son plus jeune fils et d’une cousine ; les autres (ils sont huit à vivre dans cette maison) sont partis s’amuser en ville, samedi soir oblige ! Démonstration culinaire où chacun met la main à la pâte : Hollandais, Britanniques et Français s’essayent à la fabrication des dholl qui vont garnir notre « assiette » : une simple feuille de bananier tranchée en deux comme il se doit dans les familles d’origine indienne.
Savamment disposés autour du dholl et à même l’assiette végétale, ce ne sont pas moins de huit mets différents qu’il faut déguster : sauces à la crevette, aux haricots ou aux piments, cari poulet à la feuille de caripoulé... À déguster à la main et sans modération.
Pas comme le vin ! Rani nous a prévenu « ici on ne sert pas de vin car ça rend les gens mauvais... mais vous avez du rhum blanc et de la bière à volonté »... Éclats de rire... Et c’est parti pour un voyage culinaire haut en saveurs et chaleur. Même un habitué aux sauces piquantes sera surpris par le parfum et la puissance des rougails préparés par Rani. Avis aux amateurs !

 

 Les touristes mettent la main à la pâte.
 Les touristes mettent la main à la pâte.  Photos : Jacques Rombi
 

« Hotel California »

En plein repas, son mari débarque du boulot guitare à la main. Il nous joue quelques morceaux que l’on croyait oubliés : Qui saura de Mike Brant et Hotel California des Eagles... Cela avant de mettre le gros son en marche pour nous faire danser au rythme d’un séga endiablé. Soirée inoubliable mais pas encore terminée. Le retour à l’hôtel Zilwa réserve encore son lot de surprises car la salle du bar principal a été transformée en dancing où s’enchaînent, dans une ambiance bon enfant, les mêmes ségas dansés tout à l’heure chez Rani... Dans le campement, il vaut mieux arrêter le climatiseur et se laisser bercer par le son des vagues et la brise du large. Bonne nuit garantie !
Le lendemain, dimanche, c’est l’autre grand moment du week-end avec le BBQ lunch prévu sur Grand Zil. Un bien grand nom pour cette île qui n’en est plus une à chaque marée basse qui découvre une bande de sable. Mais la magie des mots opère et l’envie de découvrir le site avant l’heure s’impose : un canoë est mis à disposition et, après 15 minutes de rame à contre-courant, je peux longer la côte de Grand Zil sous le vent. Sable blanc, parasols en bois flotté et hamacs « fesses dans l’eau » :  les family members dominicaux ont installé de larges grills au milieu des pierres de lave et de corail. Un tour de Grand Zil s’impose et il faut marcher dans l’eau pour rejoindre un tas de rochers qui m’attire à la pointe sud. Là, derrière un écran végétal qui donne sur le Coin de mire, deux tables de massage ont été installées sur des treillis de bois flottés.Il faudra que je pense à réserver cette prestation pour mon prochain séjour au Zilwa !
Retour à l’hôtel sur une barge où une autre pensée m’envahit : « C’était une terre magnifique, éblouissante. Il semblait que les musiques de la vie s’en détachaient en un vague murmure, et que de ses côtes, riches en verdure de toutes sortes, s’exhalait, jusqu’à plusieurs lieues, une délicieuse odeur de fleurs et de fruits. » Baudelaire est toujours dans les parages !

 

Peinture de bienvenue et de protection chez Rani.
Peinture de bienvenue et de protection chez Rani.
 



(1) Bourbon et l’Isle de France : noms donnés à La Réunion et l’île Maurice au XIXème siècle.
(2) Family members : membres du personnel des hôtels Attitude, considérés comme des membres de la grande famille qui unit touristes et Mauriciens le temps d’un séjour.

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