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Réunion

Et s’il n’y avait plus d’eau ?

1 sep 2019 | PAR Ignace de Witte | N°343
Un adulte doit boire entre 1,5 et 2 litres d’eau par jour, beaucoup plus s’il travaille dehors en plein soleil. L’eau est une ressource vitale et il n’existe pas d’alternative. Photo : Stock Lib
Il tombe en moyenne 7,5 milliards de m3 d’eau de pluie par an à La Réunion, mais seulement 1 % est consommé. En théorie, il n’y aurait donc pas de quoi craindre une pénurie. Mais ce n’est pas si sûr…

Quelque 7,5 milliards de m3 de pluie chaque année, ce n’est qu’une moyenne. Depuis 1980 (cyclone Hyacinthe), La Réunion détient les records mondiaux de pluie pour les périodes comprises entre 12 heures et 15 jours. La ressource est abondante, mais la situation évolue et pas dans le bon sens. La population augmente, avec comme première conséquence que les besoins en eau augmentent. Autre constatation : l’urbanisation a des effets très négatifs sur l’eau disponible, à cause de l’« imperméabilisation des sols ». Chaque mètre carré de maison, immeuble, de route, de parking, de trottoir, etc. est un mètre carré en moins par lequel l’eau peut s’infiltrer dans le sol et rejoindre la nappe phréatique. L’eau qui ne s’infiltre pas ruisselle et d’autant plus facilement que le relief de La Réunion est prononcé. Pour éviter les inondations, on a même tendance à aider l’eau à mieux ruisseler, en construisant des radiers, fossés, canaux, etc. de sorte que de plus en plus d’eau potable, qui tombe du ciel, finit sa course dans l’océan salé.

Il existe des alternatives au pétrole, mais pas à l’eau

Le réchauffement climatique va se traduire à La Réunion par des précipitations plus espacées dans le temps mais plus violentes et nous allons encore perdre plus d’eau potable. En effet, le sol de l’île absorbe l’eau à une certaine vitesse. Quand la pluie dépasse la capacité d’absorption du sol, l’eau en surplus ruisselle. Pour charger la nappe phréatique, il est préférable d’avoir des pluies bien réparties dans le temps et l’espace. La Réunion se situe encore très loin du seuil d’alerte : sa consommation d’eau représente qu’un peu plus de 1 % de toute l’eau qui tombe du ciel. Et encore, elle ne boit que 2 % à 3 % de cette eau consommée. L’essentiel est utilisé pour la salle de bain, la cuisine, le lave-linge, les WC, le lavage des voitures, etc. Çà, c’est la situation que certains voudraient nous faire croire. Il faut aussi écouter un autre discours, moins optimiste et qui pointe du doigt les récentes pénuries d’eau qui ont touché la ville du Cap, en Afrique du Sud, plusieurs régions d’Inde et, plus proche, Tananarive, où la population de plusieurs quartiers a dû être alimentée par camions citernes au mois d’août, et surtout Mayotte, où la situation est préoccupante (lire notre hors-texte à ce sujet).
À La Réunion, le préfet signe régulièrement, chaque année, des arrêtés préfectoraux pour interdire le lavage des voitures, l’arrosage des jardins et le remplissage des piscines.
On doit en effet lire les chiffres autrement : le réseau d’adduction d’eau potable de La Réunion n’est capable de capter qu’1 % de l’eau qui tombe du ciel, soit 77 795 900 m3 par an, soit 90 m3 par habitant et par an, soit 250 litres par habitant et par jour. Tirer la chasse d’eau consomme entre 6 et 12 litres, prendre une douche entre 40 et 60 litres, un bain entre 120 et 200 litres, une machine à laver consomme entre 80 et 140 litres, etc. Sans oublier que le bœuf ou le cabri que vous mangez à midi, il doit boire lui aussi, que les légumes doivent être arrosés pour pousser, que l’école de votre enfant doit être nettoyée, etc. Vous voyez, cela va très vite et le manque de pluie pendant plusieurs mois peut amener le préfet à prendre des mesures, d’autant plus facilement que La Réunion est le département de France qui consomme le plus d’eau potable par habitant et qu’il pourrait être tenté de se dire que des restrictions de temps en temps pourraient sensibiliser la population à l’importance de l’eau.
Il faut également replacer l’île dans le contexte mondial, qui est alarmant. Selon le rapport publié le 6 août dernier par le World Resources Institute (www.wri.org), basé à Washington, plusieurs pays, représentant un quart de la population mondiale, sont de plus en plus confrontés à la perspective de manquer d’eau. « La planète se dirige vers une importante pénurie d’eau potable et, à l’horizon 2030, environ 470 millions de personnes seront en proie à un manque d’eau avec, dans la foulée, des répercussions sur la santé publique et des troubles sociaux. » 
Le New-York Times, dans son édition du 17 février 2017, expliquait déjà que certaines grandes villes, comme par exemple Mexico, pompaient tellement dans la nappe phréatique que la ville s’enfonçait ! La Réunion est pour le moment épargnée, possède une marge de manœuvre importante, mais la prudence voudrait que, dès à présent, on surveille que l’eau qui tombe du ciel recharge bien les nappes phréatiques et ne parte pas inutilement à la mer. Voilà pour le quantitatif, mais l’eau du robinet doit également répondre à des critères qualitatifs. 

La saison des pluies la plus sèche depuis 48 ans
Moins 40 % en décembre 2018, -20 % en janvier, -75 % en février, -70 % en mars et -5 % en avril : la dernière saison des pluies à La Réunion a été catastrophique selon les relevés de Météo France, qui la caractérise comme la plus sèche depuis 48 ans.
Une usine de désalinisation à Mayotte
Début 2017, Mayotte a été confrontée à une grave pénurie d’eau potable. Face à une situation de détresse de la population et de paralysie de l’économie, Paris a immédiatement réagi, par l’intermédiaire de la ministre des Outre-mers de l’époque, Ericka Bareigts, qui a annoncé : « Pour répondre aux besoins les plus immédiats, 500 000 euros du fonds de secours d'urgence du ministère financent l’achat de bouteilles d’eau et de citernes pour les écoles. » Elle prévoyait également l’acheminement de 500 000 m3 d’eau potable par navire citerne depuis La Réunion (ce qui finalement ne se fera pas), ainsi que de gros investissements sur le réseau. À l’époque, on parlait de 5,5 millions d’euros de fonds exceptionnel du ministère, 14 millions d’euros de fonds européens et d’un prêt de 46 millions d’euros de la Caisse des dépôts et consignations. Sur cette somme, 8,7 millions d’euros ont été utilisés pour l’extension de l’usine de désalinisation de Pamandzi, construite en 1997, afin d’augmenter sa capacité de production. En temps normal, elle fonctionne très en dessous de sa capacité, elle est destinée à répondre aux pénuries exceptionnelles. Selon Jean-Michel Renon, directeur de la Mahoraise des Eaux, l’eau obtenue par désalinisation coûte entre six et dix fois plus chère que l’eau obtenue par forage.
BON À SAVOIR

Il y a des fuites
On compte à La Réunion 22 unités de potabilisation et 7 000 km de canalisation d’eau potable. Leur rendement est de 62,4 %, autrement dit 37,6 % de l’eau injectée dans le réseau n’arrive jamais au consommateur, mais s’évapore dans la nature. Cela ne présente absolument aucun danger pour l’environnement (c’est de l’eau potable), mais cela représente un coût et c’est de l’eau potable en moins au robinet. Lors du Grenelle de l’environnement, un objectif de rendement de 85 % a été fixé. Pour le moment, les deux meilleures municipalités locales sont Le Port et Bras-Panon, qui atteignent 75 % de rendement.

L’eau pas assez chère?
Le tarif moyen des services publics d’eau potable et d’assainissement à La Réunion,  correspondant à une consommation d’eau de 120 m3 par an, s’élève à 2,33 euros/m³, avec il est vrai de fortes disparités entre communes, mais le tarif moyen réunionnais est bien inférieur à la moyenne nationale : 3,98 euros/m³ en moyenne pour la France entière. Il y a là une « marge de manœuvre » pour les collectivités locales.

Notre nourriture aussi doit boire
Nous devons boire, mais la viande que nous mangeons, avant de finir dans notre assiette, doit également boire. Il faut 5 677 litres d’eau pour obtenir 1 kg de viande de porc et 15 415 litres d’eau pour 1 kg de viande de bœuf. Pour les végans, sachez qu’il faut aussi 5 874 litres d’eau pour obtenir 1 kg de lentilles et 14 218 litres pour 1 kg de noix de cajou.
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