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France/Réunion

Êtes vous victime des incendies du capitalisme de copinage ?

1 fév 2016 | PAR Simone Wapler | N°305
« Cette stupide histoire de détecteurs de fumée est un poids plume dans l’énorme histoire du capitalisme de copinage à la française : le marché du détecteur pèserait 600 à 900 millions d’euros. » - Stocklib/Inga Nielsen
Avez-vous un détecteur de fumée chez vous ? Non ? Vous avez bien raison, votre incivisme nous fait faire des économies. Mais vous êtes dans l’illégalité car, depuis le 8 mars 2015, l’installation de détecteurs de fumée dans les logements est devenue obligatoire en vertu de la loi Morange, du nom de l’un des deux députés qui l’ont proposée.


Comme ils sont soucieux de notre sécurité et de l’intérêt général, ces deux députés ! C’est bête, personne n’avait pensé à installer des détecteurs de fumée chez soi. Personne. Mais Pierre Morange et Damien Meslot, oui. Ne vous méprenez pas, je ne sais pas si ces deux compères en ont chez eux, je n’y suis jamais allée, mais ils veulent que nous en ayons chez nous. Ils ont été très émus par le dramatique incendie de « L’Europe » qui s’est produit à Belfort en 1989 et avait fait 15 morts. Comme chacun sait, c’est dans l’émotion qu’on prend des décisions sages et pertinentes. Les morts dans cet incendie – d’origine criminelle – eussent été beaucoup moins nombreux si les appartements avaient eu des détecteurs de fumée selon l’association des familles des victimes de l’incendie de « L’Europe », association qui s’est emparée du noble et désintéressé but de les rendre obligatoires pour tous grâce à un petit lobbying efficace. Il faut croire que, dans ce domaine, les assureurs sommeillaient ou étaient incompétents pour n’avoir pas pensé à demander ce précieux équipement dans le cadre des assurances habitation et responsabilités civiles qu’ils proposent. Heureusement, Pierre Morange et Damien Meslot, saints républicains, veillaient. Après un quart de siècle de procédure législative et de nombreuses victimes carbonisées en l’absence de détecteurs, ils arrivent à leurs fins. Détecteurs de fumée il y aura.

SIX MOIS PLUS TARD…


« Les détecteurs enfument les pompiers. » (Le Parisien, 21 octobre 2015).
« Détecteurs de fumée : alerte aux fausses alertes chez les pompiers de Côte-d’Or. » (France Bleu Bourgogne, 22 octobre 2015).
« Polémique autour des détecteurs de fumée. » (FranceTV info, 22 octobre 2015).
 « Les détecteurs de fumée mobiliseraient les pompiers pour de fausses alertes. » (Six Actualités, 23 octobre 2015).
« L’installation désormais obligatoire des détecteurs de fumée entraîne de plus en plus de fausses alertes et des interventions de pompiers, coûteuses en argent et en personnel. » (Europe 1, 23 octobre 2015).
« Les sapeurs-pompiers sont régulièrement appelés pour des détecteurs de fumée dont la pile est déchargée. Ils lancent un appel pour éviter les interventions inutiles. » (Normandie Actu, 24 octobre 2015).
Mais le titre que je préfère est celui-ci : « Un détecteur de fumée remplit ses fonctions à La Rivière-de-Corps. » (L’Est éclair, 7 octobre 2015).

LA RECHERCHE DE LA RENTE


J’ai fait un rapide sondage dans mon entourage. Sur 25 personnes, 5 m’ont avoué avoir un détecteur opérationnel. 20%. Imaginez ce que serait la vie des pompiers si 100% avaient installé ce fumeux détecteur… Restez dans l’illégalité, vous rendrez service aux pompiers débordés ! Prenez plutôt un extincteur, ce n’est pas légalement obligatoire mais ça peut s’avérer efficace. Cette stupide histoire de détecteurs de fumée est un poids plume dans l’énorme histoire du capitalisme de copinage à la française : le marché du détecteur pèserait 600 à 900 millions d’euros. Or, dans notre doux pays, 58% de l’activité économique est due à l’État. Ce curieux régime est appelé tantôt « capitalisme d’État » par ses défenseurs étatistes de droite nostalgiques du colbertisme, tantôt « ultralibéralisme » par ses pourfendeurs étatistes de gauche. Les deux camps s’accordent sur le fait que pousser le curseur un peu plus près des 100% serait bon pour nous. Le Crédit Lyonnais, EDF, Areva, Air France et autres désastres ne leur suffisent pas. Aujourd’hui, c’est la COP21, la conférence internationale sur le climat organisée par les Nations Unies, qui tient le devant de la scène médiatique. Nous allons voir se déployer la puissance de feu du lobby des industries liées aux énergies dites renouvelables qui pèsent 1 500 milliards de dollars.
Le point commun de tout ceci est la recherche, par certains, d’une rente de situation sur le dos des autres en se servant de l’État manipulé grâce à un lobbying efficace. D’autant plus que, dans un monde de taux d’intérêt à zéro, la rente garantie par l’État a encore plus de saveur.
 

(*) Simone Wapler

Elle est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers. Elle a publié « Pourquoi la France va faire faillite » (2012), « Comment l'État va faire main basse sur votre argent » (2013), « Pouvez-vous faire confiance à votre banque ? » (2014) et « La fabrique de pauvres » (2015) aux Éditions Ixelles.
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 Comme ils sont soucieux de notre sécurité et de l’intérêt général, ces deux députés ! C’est bête, personne n’avait pensé à installer des détecteurs de fumée chez soi. Personne. Mais Pierre Morange et Damien Meslot, oui. Ne vous méprenez pas, je ne sais pas si ces deux compères en ont chez eux, je n’y suis jamais allée, mais ils veulent que nous en ayons chez nous....