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Océan Indien

Être ou ne pas être le Singapour de l’océan Indien

1 mai 2016 | PAR Alain Foulon | N°308

C’est la question que se pose régulièrement Maurice en paraphrasant la fameuse tirade d’Hamlet. Une interrogation bien inutile à vrai dire puisqu’elle ne sera jamais le Singapour de l’océan Indien. Et ce n’est pas plus mal puisque rien n’indique que les Singapouriens soient plus heureux que les Mauriciens.
Singapour s’est construit sous la conduite d’un dirigeant à poigne qui avait planifié le développement plusieurs décennies à l’avance et muselait l’opposition. Dans le cadre de la démocratie mauricienne, de l’alternance et des alliances qui se font et se défont quasiment au jour le jour, on vit surtout dans le court terme. Les hommes politiques se préoccupent d’abord de leur élection, puis de leur réélection et, comme ils ne disposent que de cinq ans pour la préparer, ils ont bien du mal à se soucier d’une planification sur le long terme et à prendre des mesures qui pourraient déplaire à certains lobbys ou à une partie de leur électorat. N’oublions pas qu’un ministre est d’abord un député. Il ne peut pas en être autrement (sauf pour le ministère de la Justice), à moins de changer le système et l’on imagine mal la classe politique scier la branche sur laquelle elle se tient au sommet du pouvoir. Si l’on ajoute le fait qu’il manque un corps de hauts fonctionnaires ou de conseillers au top niveau des innovations mondiales, on comprend mieux la situation. 

LA TACTIQUE N’EST PAS LA STRATÉGIE

L’art de l’anticipation n’est pas non plus la première qualité du secteur privé, à l’exception de quelques groupes qui comprennent la signification du mot « stratégie » et ne la confondent pas avec la « tactique ». La consternation de la place financière mauricienne après l’annonce d’une remise en cause du traité de non double im-position avec l’Inde le confirme. Cela faisait plus de quinze ans qu’on tirait la sonnette d’alarme, qu’on répétait que le secteur financier était trop dépendant de ces avantages concédés par l’Inde et qu’il devait se diversifier. On avait connu le même phénomène avec le secteur sucrier, sauf que celui-ci, via l’État, a été soutenu par l’Europe pour réussir sa mutation. Il n’en est pas de même pour le secteur financier. Mais si les informations, encore bien floues, se confirment, il n’aura pas d’autre choix que de se réinventer. S’ils ne maîtrisent pas toujours l’art de l’anticipation, les entrepreneurs mauriciens savent faire usage de pragmatisme. Il ne faudrait donc pas tomber dans le catastrophisme. Mais il est urgent, en tout cas, qu’une vision plus claire se dégage de la part des décideurs privés et publics et que la population s’en trouve mieux motivée. Qu’elle n’ait pas l’impression de se faire  régulièrement « cocufier » au petit jeu de l’alternance qui conduit toujours à la politique des « petits copains et grands coquins ». 

QUAND LA LIBERTÉ VIENT DE LA TOILE

Le Web nous ouvre des fenêtres sur le monde et nous offre la possibilité de nous affranchir de la pensée unique de certains mass-media. Il est dommage qu’il soit dominé par les jeux et la pornographie. Mais l’Homme n’est pas un ange, on le sait déjà. Les anges, en revanche, semblaient avoir pris leur envol le 5 mai dernier, à Palmyre, cette cité antique de Syrie que les islamistes voulaient détruire. Le concert donné par l’orchestre du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg a été un grand moment. On peut le visionner sur l’Internet : https://www.youtube.com/ watch?v=zl8rqJ6oD-s. Un événement d’autant plus émouvant que des combats se déroulaient encore non loin de la ville qui a été reprise aux islamistes fin mars. Sous un soleil éblouissant, le chef d’orchestre Valeri Guerguiev présente le  concert avant de donner la parole à Vladimir Poutine. Le président russe apparaît sur écran géant pour saluer cette victoire contre le terrorisme en voyant dans ce concert un « signe de reconnaissance, d’hommage et d’espoir ». Encore un joli coup médiatique ! Mais il ne faudrait pas s’en tenir à cette intervention politique qui ne représente que quelques minutes sur 40 minutes où l’on écoute du Bach qui illustre la « grandeur de l’esprit humain ». Quant à la « Symphonie classique » de Sergei Prokofiev, elle est, selon Valeri Guerguiev, « pleine d’optimisme et d’admiration devant les œuvres classiques de l’art majeur que nous avons devant nos yeux dans ce lien majestueux ». Tout est dit. 

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