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Eva Razafimandimby : « Tisser l’avenir dans le textile »

13 mar 2017 | PAR La rédaction
Eva Razafimandimby, directrice exécutive du Groupement des entreprises franches et partenaires malgaches-Gefp - DR
Avec la réintégration de Madagascar dans le programme African Growth and Opportunity Act- AGOA en 2014, le textile malgache représente un secteur d’avenir. Eva Razafimandimby, directrice exécutive du Groupement des entreprises franches et partenaires malgaches-Gefp nous file un état des lieux du secteur.


Le gouvernement malgache mise aujourd’hui dans le textile pour développer Madagascar. Pourquoi ?
Tout à fait, depuis notre retour dans l’AGOA en 2014, un accord commercial qui facilite les exportations textiles vers les Etats Unis, le bilan est plus que positif. En 2015, les exportations malgaches ont atteint les 206 milliards d’ariary (65 millions de dollars), soit une augmentation de 136 % par rapport à l’année 2009. Rien que pour le premier trimestre 2016, on a enregistré 174 milliards d’ariary (55 millions de dollars) d’exportations. Le secteur textile génère aujourd’hui plus de 100 000 emplois, soit 30 % des emplois du secteur industriel du pays.
 
En parlant d’AGOA, avec la nomination du nouveau président des Etats Unis Donald Trump, ce programme est-il maintenu ?
Pour l’instant, nous sommes tranquilles. Nous espérons que l’échéance de l’AGOA en 2025 arrivera à bon port et ne sera pas interrompu entre temps.
 
En matière d’exportations, quels sont nos plus grands marchés ?
Avec ses 28 pays membres, l’Union européenne est notre première destination. Ensuite, on a l’Afrique du Sud et en troisième position les Etats Unis. D’ici le milieu de l’année 2017, les Etats Unis vont être la deuxième destination des produits textiles malgaches. Les entreprises franches qui ont un visa pour exporter vers les States ont doublé leur effectif d’employés ce qui fait que le volume des exportations va augmenter. On peut aussi parler de la coopération stratégique Maurice Madagascar. De plus en plus de grandes entreprises textiles mauriciennes viennent s’implanter à Madagascar comme la Compagnie mauricienne textile sis à Ambohimangakely depuis 2014. Cela a pour objectif de développer économiquement Madagascar d’un côté et rendre compétitif le textile mauricien de l’autre.
 
Il s’agit d’un secteur idéal pour investir, votre avis ?
Contrairement à ce que les Malgaches pensent, le secteur textile est la deuxième source de devises dans le pays. En créant des emplois, le textile contribue à renflouer la caisse de l’Etat en payant l’Impôt sur les revenus salariaux et assimilés-Irsa et l’Impôt général sur le revenu-Igr. Par ailleurs, il crée des valeurs ajoutées en ayant des sous-traitants et des prestataires (transitaires, compagnies de services, banques, assurances, transporteurs, restaurateurs, etc.). Il s’agit d’un secteur très rentable non seulement pour l’entreprise mais aussi pour l’Etat. On se demande pourquoi il n’y a pas assez de capitaux malgaches dans le secteur textile alors qu’il y a des fonds français, mauriciens et chinois.
 
Malgré les atouts économiques, les observateurs locaux considèrent qu’il y a un manque de professionnalisme. Votre avis ?
Je dirai plutôt qu’il manque des compétences. On n’a pas des ingénieurs, techniciens, patronniers, designers, etc. Il faut faire appel à des expertises étrangères. Voilà pourquoi il faut miser sur le transfert de technologie pour se mettre au diapason selon les besoins des clients, la collection et la tendance. Cela permettrait aux malgaches d’accéder à des postes importants.
Côté main d’œuvre, les produits made in Madagascar sont d’une qualité irréprochable et n’ont été refoulés dans aucun pays de destination.
 
Quels sont les problèmes qui enfreignent le développement du textile à Madagascar ?
A cause de notre insularité, nous mettons au minimum 21 jours pour acheminer nos produits vers les Etats Unis or les pays concurrents comme la Chine ne met que 5 jours. Par ailleurs, les conditions de travail ne sont pas très favorables ne serait-ce que pour parler du problème de délestage qui dure en moyenne 3 à 4 heures par jour. Si on veut travailler correctement, il faut investir dans des générateurs qui alourdissent nos dépenses. On peut aussi souligner les problèmes d’approvisionnement en matières premières pour la filature notamment le coton.
 
Quels sont les objectifs du Gefp pour rendre plus compétitif le secteur ?
Notre objectif est avant tout de malgachiser les postes. Il faut des formations spécialisées pour les jeunes puis un recrutement massif. Cela va de pair avec la loi 040 du 9 décembre 2015 portant sur la politique nationale de l’emploi et de la formation professionnelle. Il faudrait aussi libéraliser ce secteur pour faciliter l’intégration des investisseurs malgaches dans le système (dédouanement, traitement des dossiers, accompagnement, etc.).
 
Vous avez organisé en novembre dernier le salon Origin Africa. Quel bilan ?
C’est surtout un bilan positif. Cela a permis de montrer que Madagascar est de nouveau dans le business. Origin Africa a été une occasion pour faire rencontrer les investisseurs et les fournisseurs en matière textile. Nous serons présents à la 8e édition du Salon Origin Africa en septembre prochain à Maurice. C’est une stratégie de communication pour faire savoir au reste du monde que le secteur textile malgache renaît de ses cendres après la fermeture d’une centaine d’entreprises franches pendant les crises de 2009.
 
Des projets en vue pour favoriser l’expansion du texteur textile ?
Le gouvernement malgache a lancé officiellement lors du salon Origin Africa le projet Textile city. Il s’agit de la création de zones économiques spéciales du côté de la RN4 (axe Antsirabe) et de la RN7 (axe Tamatave). Textile city s’étendra sur une superficie de 1 000 000 m2 avec un investissement estimé à pus de 950 milliards d’ariary (300 millions de dollars). Les industries textiles seront donc concentrées dans une seule zone afin de satisfaire la demande mondiale. Cela permettra, on l’espère, de créer 200 000 emplois, d’augmenter la valeur de l’exportation des produits textiles malgaches de 3,165 milliards d’ariary (un milliard de dollars) d’ici 5 ans, et faire de Madagascar le premier exportateurs mondiale en textile. Il faut tisser l’avenir dans le textile !
Propos recueillis par #PriscaRananjarison
Source : No Comment

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