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Maurice

« Face à la concurrence, une entreprise doit se faire reconnaître comme un employeur de choix »

1 aoû 2017 | PAR Jean-Michel Durand | N°321
Patrick Gilbert, DRH et enseignant : « La perle rare n’existe pas. En consacrant plus d’efforts à former ses salariés, on cultive des perles et on fidélise des individus reconnaissants. » Davidsen Arnachellum
La problématique des ressources humaines touche tous les pays et le Pr Patrick Gilbert appelle les entreprises à faire preuve d’audace pour attirer les meilleurs talents locaux aussi bien qu’étrangers.

L’Eco austral : À Maurice et plus largement dans l’océan Indien, l’offre et la demande sur le marché du travail se trouvent souvent très éloignées. Pourquoi ?
Patrick Gilbert
: Ce problème, qui ne date pas d’hier, s’est accentué du fait de l’accélération des changements. Selon moi, c’est la conséquence d’un manque de visibilité du marché du travail et d’une communication insuffisante entre les acteurs de ce marché : les entreprises, les organismes de formation et les employés.

On voit émerger de nouveaux métiers comme, par exemple, ceux liés à la transition énergétique. Or former des ingénieurs prend cinq ans et leur formation est obsolète rapidement. Comment anticiper ces nouveaux pôles d’emploi ?
Bien sûr, il y a des ruptures. Mais la plupart des grands facteurs (économiques, techniques et sociaux) qui vont affecter l’emploi sont connus. J’ai rencontré il y trois ans, avec une équipe de chercheurs, 35 dirigeants d’entreprise. Aucun des facteurs de changement évoqués par eux ne m’a profondément surpris. Je pense qu’ils seront encore valables dans les prochaines années.

Comment attirer et surtout retenir les bons profils ?
La perle rare n’existe pas. En consacrant plus d’efforts à former ses salariés, on cultive des perles et on fidélise des individus reconnaissants. Bien sûr, il faut aussi aller chercher des talents ailleurs et accepter que des collaborateurs quittent l’entreprise. C’est le jeu normal du marché du travail. Pour attirer les bons profils, les entreprises doivent cultiver leur marque d’employeur, se faire connaître et reconnaître comme un « employeur de choix ». Ce n’est pas seulement de la communication, mais de bonnes pratiques en gestion des ressources humaines.

Comment revaloriser les métiers manuels qui sont délaissés mais porteurs d’emplois ? Le modèle français de l’apprentissage semble pertinent. Qu’en pensez-vous ?
L’apprentissage, qui implique tous les acteurs de l’emploi, ne me paraît avoir que des vertus. Avec le déclin de l’industrie, l’apprentissage a été laissé de côté. Avec comme conséquence qu’il est plus difficile aujourd’hui de trouver un bon ajusteur mécanicien qu’un ingénieur logiciel. Car l’apprentissage s’est étendu en France aux formations de haute qualification (on forme des ingénieurs télécoms, des financiers, etc.) mais on a un peu laissé de côté les métiers manuels. Il faut peut-être revenir au « basique ».

Maurice connaît une baisse de sa natalité et un vieillissement de sa population qui accentuent le déficit de ressources humaines. Une des solutions est l’ouverture plus importante du marché à des étrangers. Êtes-vous favorable à cette stratégie ?
C’est évidemment une solution. Maintenant, il faut que vos autorités fassent de vrais choix stratégiques. Voulez-vous ouvrir timidement votre marché sur le modèle européen ou, au contraire, accorder plus de facilités comme à Dubaï avec ses 80% d’étrangers ?

PATRICK GILBERT
Ce docteur en sciences de gestion est professeur à l’IAE de Paris (université Panthéon-Sorbonne). C’est à ce titre qu’il intervient à Maurice dans le cadre du MBA co-délivré par l’université Paris-Dauphine et l’IAE de Paris et proposé par l’institut Analysis de Kantar TNS. Patrick Gilbert a occupé des fonctions de DRH au sein de grands groupes tout en enseignant et en menant des recherches. Il vient de co-écrire avec Jocelyne Yalenios, maître de conférences en sciences de gestion à l’EM Strasbourg, « L’évaluation de la performance individuelle ». Un livre de 128 pages qui, de manière très concise, se penche sur cette question centrale dans le secteur privé comme public. 
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