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France

Faut-il vraiment se protéger ?

1 avr 2017 | PAR Alain Foulon | N°318

« Au bout de tant d’années, c’est à moi que revient l’honneur de dire, au-delà de ma petite personne, au-delà des fonctions, toutes mes excuses au peuple guyanais. » Cette petite phrase prononcée le 30 mars par la Réunionnaise Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, qui a, semble-t-il, courroucé le Premier ministre Bernard Cazeneuve, n'entrera pas dans l'Histoire. Elle est plutôt symptomatique de cette mode actuelle de la repentance qu’on invoque pour tout et n’importe quoi. Une ministre est-elle responsable personnellement des erreurs ou des oublis commis par ses prédécesseurs ?Si ce n’est pas le cas, au nom de qui ces excuses ont-elles été prononcées ? Au nom de l’État français ? Au nom de la France ?Il n’y a rien de clair. 

LE DROIT DU SOL SUJET TABOU

On peut seulement penser que la ministre des Outre-mer a voulu jouer sur l’émotionnel pour désamorcer la crise qui sévit en Guyane française. Elle aurait mieux fait d’y venir plus tôt et d’analyser les causes du mal guyanais sans craindre les sujets tabous, comme celui de l’immigration clandestine. L’Insee se montre assez flou sur le sujet, mais reconnaît quand même, dans une note de janvier 2016, qu’« en 2014, un peu moins d’une naissance sur deux en Guyane était issue d’une mère de nationalité étrangère ». Un phénomène qui pose évidemment la question du droit du sol, comme c’est le cas à Mayotte. Mais en pleine campagne électorale, la socialiste Ericka Bareigts (qui soutient Benoît Hamon) pouvait-elle se permettre d’aborder un tel sujet ? Il est plus confortable d’en laisser le monopole à Marine Le Pen, au risque pourtant de voir cette dernière en profiter avec un message simple : « La Guyane aux Guyanais ! »

LE GRAND RETOUR DU PROTECTIONNISME

Cela nous amène au protectionnisme qui est dans l’air du temps et rend plus plausible que jamais le risque de guerre. On peut comprendre les arguments de ceux qui contestent la compétition de pays à faible coût de main d’œuvre et ne respectant pas certaines normes sociales et environnementales. Mais il faut comprendre aussi que les échanges favorisent la paix et la prospérité à condition qu’il y ait une certaine réciprocité. Le philosophe et économiste Friedrich Hayek (1899-1992) l’avait bien compris et plaçait même l’échange à la source des relations humaines. Les échanges se développent d’abord à l’échelon de la famille, puis du village, de la région, du pays et, pour finir, deviennent internationaux. Et ce phénomène de mondialisation économique est déjà bien ancien, de même que les critiques dont il fait l’objet. Au XVIIe siècle, le roi de France faisait construire certaines de ses galères dans les chantiers vénitiens dont la productivité était supérieure aux arsenaux français. 

LES DROITS DE DOUANE DÉDUCTIBLES

Pour que les échanges fonctionnent et contribuent à la paix, il faut avoir quelque chose à échanger. Il est illusoire de croire qu’on peut tout produire et ne rien acheter à l’extérieur en se protégeant par toutes sortes de barrières tarifaires et non tarifaires. La question fondamentale est plutôt celle de l’équilibre des échanges. Un équilibre difficile à trouver quand il existe une forte disparité entre les pays. Le juriste Jean-Claude Martinez (*) apporte une réponse originale avec les droits de douane déductibles par l'exportateur sous forme d'un crédit douanier de ses achats dans le pays importateur. Il s'agit de faire muter l'ancien droit de douane en un droit modulable, remboursable, négociable et bonifiable. Une façon de réconcilier le libre commerce avec les protections sociales. Et de surmonter la contradiction, comme c’est le cas à La Réunion, qui consiste à vouloir à la fois exporter et se protéger. Sans oublier qu’instaurer trop de protection n’est pas le meilleur moyen de développer la productivité des entreprises. Le livre de Jean-Claude Martinez, paru en 2008, n’a pas pris une ride et pourrait se révéler salutaire au moment où les vieux démons du protectionnisme reviennent en force. 

(*) « Les Droits de douane déductibles contre le retour du protectionnisme » - L’Harmattan (octobre 2008).

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