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Afrique

Fermiers blancs : « Out of Africa »

1 juin 2018 | PAR Bernard Lugan | N°330
Avant 1994, en Afrique du Sud, 55 000 fermiers blancs possédaient 88 % des terres arables. Aujourd’hui, après une terrible campagne d’assassinats, ils ne sont plus qu’environ 30 000. Stocklib/Richard Van Der Spuy
« L’Afrique aux Africains », un slogan raciste qui tranche singulièrement avec l’idéologie de la tolérance qui domine en Europe. Là, les clandestins ont droit à de nombreux avantages et à une « régularisation » quasi automatique leur permettant de bénéficier du regroupement familial et de la plénitude des droits citoyens. En Afrique, tout au contraire, les fermiers blancs, pourtant créateurs de richesses, sont expulsés au seul motif de la couleur de leur peau.

L’argument avancé qui est de prétendre que la spoliation et l’expulsion des fermiers blancs est nécessaire pour installer à leur place des paysans noirs sans terre est un double mensonge. D’abord parce que, dans ces pays, l’espace ne manque pas. Ensuite, parce que les fermes blanches sont avant tout des exploitations industrielles permettant de nourrir les populations noires. 

Le cas du Zimbabwe 

À partir de 1990, de vives pressions furent exercées sur les fermiers afin de les pousser à vendre leurs fermes. Plus de trois millions d’hectares furent ainsi rachetés par le gouvernement au nom de la politique du Land Acquisition Bill qui imposait un prix fixé par l’administration. Certains préférèrent passer « sous les fourches caudines » du régime plutôt que de risquer de tout perdre. Leurs terres furent parcellisées et remises à 60 000 familles qui y transposèrent leur mode de vie traditionnel, transformant de riches terroirs d’agriculture industrielle en tenures agricoles d’autosubsistance. 
Les plus belles fermes furent partagées entre la nomenklatura au pouvoir. C’est ainsi que le général Rex Nhongo, alors chef d’état-major de l’armée, dont le principal titre de gloire fut d’avoir lancé dans les années 1965-1970 une attaque contre une ferme blanche et d’y avoir massacré toute la famille, s’appropria 17 des fermes rachetées ou saisies. Quant à Joshua Nkomo, vice-président, de la République, il s’empara de 16 fermes… 98 autres fermes reprises ou « rachetées » à des Blancs furent distribuées à 98 ministres ou favoris du régime... En 1997, la crise économique et politique s’aggravant, les autorités trouvèrent un dérivatif dans la question foncière. Il fut alors décidé d’expulser les fermiers blancs et de demander à la Grande-Bretagne et aux instances internationales de les dédommager. Au mois de septembre 1998, se tint une conférence qui rassembla le gouvernement zimbabwéen, les représentants du Fonds monétaire international (FMI) et ceux de la Banque mondiale (BM). 
Le président Mugabe fit alors connaître un plan de « rachat » en cinq années portant sur 1 503 fermes couvrant une superficie de 5 millions d’hectares sur lesquels il était prévu d’installer 100 000 familles. Ce programme était évalué à 2,2 milliards de dollars. La partie zimbabwéenne étant incapable de fournir cette somme, le FMI et la BM proposèrent de limiter le rachat à 118 fermes avec financement assuré par les donateurs internationaux. Les autorités du Zimbabwe refusèrent. Afin d’exercer une pression sur les instances internationales, le président Mugabe se lança alors dans de violentes attaques racistes contre les Blancs, menacés d’être physiquement chassés de leurs fermes par des mouvements populaires. Et pour montrer qu’il ne céderait pas devant les pressions, le gouvernement zimbabwéen annonça le 20 novembre 1998 que 841 fermes allaient être immédiatement saisies sans indemnisation. En réaction, le FMI décida de suspendre le versement de 55 millions de dollars d’aides promises au Zimbabwe ; quant à la BM, elle fit de même avec ses engagements qui étaient de 100 millions de dollars. 
La tension connut une accélération le 21 février 2000, date du 75e anniversaire du président Mugabe, lequel déclara : « Les Blancs de ce pays doivent demander pardon pour leurs péchés passés (…) Le com bat est clair : c’est Noirs contre Blancs ». À la suite de quoi, les milices rebaptisées « vétérans » de la guerre d’indépendance et qui ras semblaient les voyous du pays entreprirent de terroriser les employés noirs qui s’opposaient à l’expulsion de leurs employeurs blancs. Et comme ces derniers ne se laissaient pas faire, ils les rouèrent de coups sous les yeux de policiers complices avant de prendre possession des maisons, de les dévaliser et de se saouler. Quelques « dérapages » se sont alors produits comme les meurtres de fermiers.


Souvent installés depuis des générations, les fermiers blancs, dont les ancêtres ont arraché à la brousse des terres demeurées incultes depuis la création du monde pour en faire de superbes domaines agricoles,vont être expulsés au motif qu’ils sont blancs de peau.  Stocklib/bennymarty
 

La Namibie

En Namibie, l’ancien Sud-Ouest africain, qui fut sous administration sud-africaine de 1919 à 1989, la Constitution autorisant le gouvernement à saisir les terres contre une « juste compensation », un fonds destiné à permettre ces expropriations fut donc créé. Le pays est une immensité désertique de 842 269 km2, coincée entre le désert de Namib, long de 1 300 km sur 100 km de large en moyenne et celui du Kalahari. Le plateau central, dont l’altitude est comprise entre 1 000 et 2 000 mètres est la seule zone habitable du pays et 58 % de la population est concentrée dans le nord, là où la pluviométrie est généralement supérieure à 300 millimètres en moyenne. La Namibie est vide d’hommes. Sa population dépasse en effet à peine le million d’habitants divisés en une dizaine de groupes humains. L’aridité n’y autorise le plus souvent qu’un élevage extensif et 36,2 millions d’hectares, soit 44 % des terres du pays appartiennent à 4 000 fermiers blancs qui produisent 90 % des ressources alimentaires du pays. Plusieurs centaines de milliers de Noirs ont quant à eux accès à 33,5 millions d’hectares, soit 41 % de la superficie du pays, le reste étant constitué par des parcs nationaux. 

Le Kenya

Au Kenya, au mois d’avril 2000, débuta un mouvement d’invasion et d’occupation des dernières fermes appartenant à des Blancs, souvent d’ailleurs de nationalité kenyane. Le problème agricole du Kenya tient en une simple réalité : les terres fertiles et bien arrosées sont situées sur les hauteurs et elles connaissent une dramatique surdensité de population tandis que les immensités arides sont vides d’hommes, à l’exception de pasteurs qui ont de plus en plus de mal à trouver des pâturages pour leurs troupeaux. Ici, ce n’est pas la « justice » que recherchent les animateurs du mouvement d’occupation des terres mais le départ des Blancs. Les occupations ont débuté dans le nord et le centre du Kenya où des éleveurs samburu, poussés par la sécheresse, ont envahi les terres des Blancs à la recherche de pâturages. Le mouvement qui s’y fit, en imitation de ce qui s’était passé au Zimbabwe, fut coordonné. C’est ainsi que dans le district de Laikipia, à 250 km au nord de Nairobi, en 48 heures, des centaines d’éleveurs et leurs troupeaux ont convergé sur un seul ranch qu’ils ont envahi. 

La Zambie 

En Zambie, l’ancienne Rhodésie du Nord, jadis riche pays agricole, aujourd’hui ruiné, l’exemple du Zimbabwe a également été suivi. Des squatters ont en effet occupé plusieurs fermes appartenant à des Blancs. Refusant d’obéir aux ordres d’évacuation donnés par le gouvernement, ils ont commencé à diviser ces propriétés en tenures individuelles. L’incohérence est totale car, au même moment, confronté à une pénurie alimentaire quasi permanente, le gouvernement zambien tentait d’attirer des fermiers blancs auparavant installés au Zimbabwe. Là encore, il s’agit d’un problème avant tout racial dans la mesure où la Zambie est un pays peu peuplé (environ dix millions d’habitants) disposant d’immenses territoires vierges, mais où le fait que des Blancs possèdent de la terre est insupportable à une partie de la population. 


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L’Afrique du Sud

Avant 1994, en Afrique du Sud, 55 000 fermiers blancs possédaient 88 % des terres arables. Aujourd’hui, après une terrible campagne d’assassinats, ils ne sont plus qu’environ 30 000. En Afrique du Sud, nombre de fermes se trouvent dans les régions les plus défavorisées du pays, et c’est pourquoi elles sont gigantesques car elles ne peuvent être consacrées qu’à l’élevage très extensif des moutons. Leur redistribution aux Noirs ne changerait rien au problème car ils n’auraient pas les moyens de les entretenir et elles retourneraient à la brousse. Sur les bonnes terres, 80 % de la production sud-africaine de céréales est assurée par 20 % des fermes du pays. Si elles étaient démantelées et offertes à des petits paysans noirs, la production s’effondrerait et la RSA ne serait plus en mesure d’assurer son autosuffisance alimentaire. 
Mardi 27 février 2018, une motion soumise par les députés de Julius Malema au parlement sud-africain et qui a pour objet d’enclencher un projet de loi visant à l’expropriation sans compensation des fermiers blancs, a été votée avec une majorité de 241 votes contre 83. Avec ce réalignement politique sur une ligne racialiste, tous les partis dirigés par les Noirs se sont unis pour soutenir la motion de l’EFF. Ce vote est une grande victoire personnelle pour Julius Malema qui a rallié sur sa motion la totalité des parlementaires ANC et des petits partis Noirs dont l’Inkhata Freedom Party.
La mise en œuvre de ce projet de loi exige au préalable une révision de la constitution sur le droit de propriété, révision qui ne devrait être qu’une simple formalité au vu de la forte majorité parlementaire qui a soutenu la motion (1).La demande de révision constitutionnelle va maintenant être soumise pour évaluation à un comité constitutionnel qui doit présenter son rapport au parlement avant le 30 août 2018. Pour les fermiers, il s’agit ni plus ni moins que d’un vol et d’une véritable déclaration de guerre du gouvernement à leur encontre. Souvent installés depuis des générations, ces fermiers blancs, dont les ancêtres ont arraché à la brousse des terres demeurées incultes depuis la création du monde pour en faire de superbes domaines agricoles, vont être expulsés au motif qu’ils sont blancs de peau. La leçon est claire et notamment pour les naïfs qui avaient cru le président De Klerk quand il garantissait le respect des droits des Blancs dans la future Afrique du Sud dirigée par l’ANC.

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