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Fred Swaniker : « L’African Leadership University, c’est l’université du futur »

« Notre ambition ne se limite pas à former de jeunes diplômés talentueux, dont les compétences répondent aux demandes du marché, mais surtout à les préparer à transformer l’Afrique ! » Davidsen Arnachellum
Ce Ghanéen diplômé de Stanford veut former trois millions de leaders africains sur les cinquante prochaines années. Il a lancé à Maurice son campus, le premier d’une série de 25 qui doivent couvrir tout le continent africain. Explications…

L’Eco austral : Pouvez-vous nous présenter l’African Leadership University ?
Fred Swaniker
: L’African Leadership University (ALU) propose une nouvelle approche éducative, une éducation du XXIe siècle. Notre ambition ne se limite pas à former de jeunes diplômés talentueux, dont les compétences répondent aux demandes du marché, mais surtout à les préparer à transformer l’Afrique ! L’ALU devra produire, à terme, trois millions de leaders qui changeront ce continent. Ils feront de ce siècle le siècle africain ! En créant les entreprises qui génèreront des millions d’emplois, ces diplômés de l’ALU affronteront et résoudront les plus grosses difficultés auxquelles l’Afrique fait face aujourd’hui. 

Comment réussir ce pari ?
Je crois fermement que, parmi tous les problèmes que doit résoudre l’Afrique, la question du leadership est la première des priorités ! Dans beaucoup d’États, les institutions sont fragilisées à cause de la mauvaise qualité de leurs leaders et d’autant plus qu’ils sont des leaders presque tout-puissants. 

Que pensez-vous de la déclaration du président Obama : « Africa doesn’t need strongmen, it needs strong institutions » (« L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ») ?
Il a raison. Si nous arrivons à placer de bons leaders à la barre de ces institutions, l’effet de levier qu’ils pourront avoir sera énorme. L’une de leurs missions prioritaires sera de renforcer les institutions, de leur redonner leurs lettres de noblesse. Pour moi, compte tenu des limites de temps, d’énergie et de ressources, c’est la problématique à laquelle j’ai choisi de me consacrer. Nous avons aujourd’hui une occasion unique de mettre en place des leaders qui pourront effectuer un vrai changement. 

Pour relever ce challenge, comment est organisée la scolarité à l’African Leadership University (ALU) ? 
Notre cursus s’étale sur trois ans. La première année d’études, la Foundation Year, a été conçue pour développer les compétences que doit posséder tout leader au XXIe siècle, pas seulement en Afrique mais à travers le monde. Nous cherchons à développer des « meta-skills » (des compétences importantes) en proposant des cours de leadership, mais aussi de communication effective, pour savoir analyser les données et prendre les bonnes décisions. Les profils de nos étudiants sont assez atypiques. Mais ils ont de l’étoffe et recevront la formation requise pour devenir des salariés et des entrepreneurs de haut niveau. Concernant les taux de réussite, la classe inaugurale, qui a officiellement commencé les cours en janvier, est bien partie pour accéder à la deuxième année. Il faut dire que notre processus de sélection est extrêmement rigoureux. L’année dernière, nous avons admis 180 étudiants sur 6 000 candidatures. Les étudiants qui sont admis à ALU sont exceptionnellement doués. Nous leur offrons un environnement propice pour les stimuler intellectuellement, mais aussi pour les encadrer psychologiquement et émotionnellement. Bien sûr, il se peut qu’un ou deux d’entre eux n’y parviennent pas, mais nous ne prévoyons pas un grand nombre d’échecs. 

L’une des forces de l’ALU est le réseau d’entreprises mécènes. Pourquoi cela est-il si important ?
Notre enseignement met l’accent sur l’apprentissage avec une plongée dans la réalité du marché du travail. Le rôle des entreprises est central dans notre modèle. En effet, le montant des frais de scolarité à ALU s’élève à 7 000 dollars par an. Nos entreprises partenaires (mécènes), qui opèrent en Afrique, prendront en charge en partie ce montant avec, en échange, la perspective d’embaucher ces étudiants à la fin de leur cursus. Ces derniers passeront chaque année huit mois sur le campus et quatre mois dans une entreprise mécène. Je suis convaincu qu’une des solutions aux problèmes qui frappent l’Afrique passe par ces entreprises mécènes. 

Vous avez l’ambition de créer 25 campus répartis sur tout le continent africain. Le premier est à Maurice. Pourquoi ce choix ? Quelle est la place de ce pays dans votre stratégie ? 
Le choix d’ouvrir le premier campus d’ALU à Maurice a été prise en tenant compte de plusieurs facteurs. Le pays se classe régulièrement parmi les premiers en Afrique concernant « l’ease of doing business » (la facilité à faire des affaires). Les autorités mauriciennes, en particulier le BOI (Board of Investment), l’organisme chargé de la promotion des investissements, mais également le groupe de services financiers et de conseils ABAX, qui est notre principal partenaire, et le groupe Terra, qui est le propriétaire du foncier, nous ont été d’un grand soutien quand nous nous sommes installés début 2015. Par ailleurs, le niveau d’éducation à Maurice, ainsi que la stabilité économique, sociale et politique étaient des éléments importants pour arrêter notre choix. L’île est idéalement positionnée pour devenir un « hub » pour l’éducation tertiaire, d’autant qu’elle rassemble une confluence de cultures incroyable qui reflète le cosmopolitisme d’ALU. Nous voulons que le campus de Beau Plan serve de modèle pour les autres campus qui vont bientôt être créés à travers le continent. 

Quelle est la part d’étudiants de l’océan Indien que vous comptez accueillir ? 
Aujourd’hui, nous avons 180 étudiants provenant de 22 pays d’Afrique. Nous projetons qu’un tiers de nos nouveaux étudiants viennent de l’océan Indien. Nous avons déjà des étudiants malgaches et nous avons reçu nos premières candidatures d’étudiants mauriciens. Nous avons hâte de recevoir celles d’étudiants de La Réunion, des Comores et des Seychelles. En ce moment, les étudiants francophones et lusophones représentent 18% du corps estudiantin. Nous aimerions qu’ils atteignent à l’avenir 35% à 40%, de façon à mieux représenter les réalités linguistiques de l’Afrique. Nous travaillons d’ailleurs en ce moment à mieux faire connaître notre modèle dans ces pays franco-phones et lusophones.

FRED SWANIKER : LE SURDOUÉ
Né au Ghana en 1976, il est diplômé de la prestigieuse université californienne Stanford Graduate School of Business où il a obtient un MBA. Embauché par le cabinet international McKinsey & Company, il démissionne rapidement et fonde, en 2005, l’African Leadership Academy (ALA). Il la voit comme une passerelle vers les grandes universités occidentales. En 2008, il inaugure la première classe de l’ALA à Johannesburg. En 2010, il fait partie des 115 jeunes leaders africains invités à la Maison Blanche par le président Obama pour le Sommet inaugural des jeunes leaders africains. En 2011, le magazine américain Forbes l’a classé parmi les Africains de moins de 40 ans les plus puissants du continent. Et en 2012, il est nommé « Jeune leader international » par le Forum économique mondial. 
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