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Réunion

Geoffroy Mercier dans la course avec Runéo

1 juil 2018 | PAR Alain Foulon | N°331
Ingénieur Arts et métiers, Geoffroy Mercier est originaire de Champagne, comme son épouse. Il est père de trois enfants (deux filles de 22 et 20 ans et un garçon de 15 ans). Guillaume Foulon
« Run » fait référence à Réunion, ça veut dire aussi « courir » en anglais. Et le directeur général court avec ses salariés de Runéo, entreprise locale qui a pris le relais de l’établissement de Veolia dans l’île. Objectif : les courses du Grand Raid en octobre. Mais aussi une entreprise plus compétitive.

« Les gens se sont appropriés l’entreprise. » Geoffroy Mercier résume en quelques mots les bienfaits d’une décision stratégique de Veolia. La multinationale française, poids lourd mondial dans les services collectifs comme l’eau et l’assainissement a choisi de créer en juillet 2017 une filiale à La Réunion alors qu’elle était présente dans l’île depuis 1976. Runéo est une société par actions simplifiées dont le nom et le logo ont été choisis par les salariés de l’entreprise, en concertation avec le designer réunionnais Stéphane Lafarge. 
« Nous dépendions beaucoup de Paris ; nous avons maintenant un peu plus de pouvoir », précise Geoffroy Mercier, directeur général. Même s’il s’agit d’une filiale à 100 % et que, dans la gestion de l’eau et de l’assainissement pour des collectivités, une assistance juridique, financière et technique de Paris est nécessaire. Cela a été le cas récemment avec la création d’une société d’économie mixte à opération unique (Semop), première du genre à La Réunion, pour gérer Les Eaux de La Possession. Runéo y est actionnaire à hauteur de 51 % et la commune de La Possession à 49 %. 

Un projet pilote en aquaponie

Un joli coup de Geoffroy Mercier qui a pu obtenir un apport financier de l’Agence française de développement (AFD) pour doper les investissements de la Semop et a remporté la compétition face à Aqualter, une entreprise française à l’origine de la plus importante Semop dans le domaine de l’eau. Les Eaux de La Possession vont pouvoir investir 10 millions d’euros, sur dix ans, dans le réseau d’eau potable et mettre en place le télérelevé sur toute la commune. Une technologie permettant de mieux maîtriser la consommation de cette matière précieuse que devient l’eau. Seuls quelques quartiers de la commune de Saint-Pierre en étaient jusqu’alors pourvus. 
Dans la compétition face à Aqualter, Runéo a pu également séduire avec un projet de « maison des services » qui permettra de combiner l’accueil des clients des Eaux de La Possession (40 % viennent encore régler leur facture en cash) avec d’autres services comme ceux d’EDF et de La Poste, ou même de sociétés de transport. Enfin, un projet pilote en aquaponie ne pouvait que plaire à la municipalité de sensibilité écologiste. L’aquaponie est une technique visant l’élevage de poissons à partir d’eau recyclée et la culture de plantes en hydroponie. La pollution des poissons apporte les nutriments nécessaires à la croissance des plantes. 
« La semop a pour ambition de faire de La Possession une ville d’eaux d’ici à trois ans, souligne Geoffroy Mercier. Elle va remettre l’eau au cœur de la ville, créer des murs d’eau et décorer les réservoirs. » De quoi prétendre au label Nou la fé qui valorise la production locale et rattraper le gros retard que la commune a subi en matière d’alimentation en eau potable. 

Une démarche d’intelligence collective

Tout cela est en phase avec l’esprit de Runéo, entreprise qui se veut à forte identité réunionnaise et entend jouer collectif. Sur le plan économique, l’objectif est d’être plus compétitif. « D’apporter de la valeur ajoutée », ajoute le patron qui est sans doute le premier, au sein de Veolia Réunion, à s’entraîner à la course avec une partie de ses 260 salariés. Trois fois par semaine en vue de participer, pour une quinzaine d’entre eux, à l’une des trois courses emblématiques que sont le trail des Mascareignes (64 km), le trail Bourbon (112 km) et le Grand Raid ou Diagonale des fous (164 km). Le manager se contentera du trail des Macareignes, ce qui est déjà une belle performance avec un dénivelé de 3 700 mètres. « On marche dans les montées et on court dans les descentes », précise-t-il, humblement. 
Né en mai 68, Geoffroy Mercier vient donc de fêter ses 50 ans et a pour mission d’insuffler un nouvel esprit à la « vieille dame » Veolia à La Réunion. Pas seulement un lifting mais un renouveau. Il a l’avantage de bien connaître l’île et la « maison » pour avoir dirigé de 1999 à 2004 l’agence de Saint-Paul. De retour en 2015 comme patron de Veolia pour toute l’île, après avoir occupé plusieurs postes dans l’Hexagone et aux Antilles, cet ingénieur Arts et métiers s’est attaché au lancement d’une « démarche d’intelligence collective ». Une démarche qui, fort logiquement, est passée par la création de Runéo et la mise en œuvre d’un projet d’entreprise qui vise à améliorer la motivation et la productivité des équipes. 

Un nouveau marché, celui des industriels

Dans l’activité traditionnelle de gestion de l’eau et de l’assainissement pour les collectivités, la croissance trouve cependant ses limites. La consommation d’eau connaît une baisse importante depuis dix ans, passant de 250 m3, en moyenne annuelle par famille, à 160 m3. À titre de comparaison, on se situe à 120 m3 dans l’Hexagone. La mise en place des télérelevés dans toute l’île devrait permettre de rejoindre cette moyenne nationale. D’où le besoin de trouver de nouveaux relais de croissance pour Runéo. « Nous pouvons dégager plus de valeur ajoutée avec de nouvelles usines d’eau potable et de nouvelles stations d’épuration. C’est alors de la technologie que nous vendons. Mais il y a aussi de nouveaux marchés à développer, en particulier celui des industriels. » Geoffroy Mercier s’attaque à ce segment où l’externalisation de l’exploitation des stations d’épuration est encore loin de s’être généralisée. « Mais ça ne fonctionne pas toujours très bien alors qu’il y a de plus en plus de contrôles sur les rejets. » L’argument imparable consistera surtout à montrer aux industriels que Runéo peut gérer au mieux leur station et pour moins cher. 
Un nouveau challenge pour Geoffroy Mercier qui compte sur les innovations technologiques de Veolia et sur ses ressources humaines. Il est d’ailleurs très attaché à ceux qu’il appelle des « jeunes pouces » et qui émergent grâce à la démarche d’intelligence collective. « Il faut juste leur permettre d’évoluer, de bâtir un plan de carrière et cela passe le plus souvent par la mobilité hors de La Réunion. Il y a tellement d’opportunités chez Veolia ! »

UN CHIFFRE D’AFFAIRES DE 60 MILLIONS D’EUROS
C’est ce qu’a généré l’activité en 2017 à travers les contrats de gestion passés avec des communes de La Réunion : huit contrats pour le service de l’eau potable et neuf contrats pour l’assainissement. Runéo exploite sept stations d’épuration et, au total, traite chaque année 19 millions de m3 d’eaux usées. En matière d’eau potable, elle dessert 400 000 Réunionnais, ce qui représente 65,5 millions de m3 annuels. 
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