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Océan Indien

Il faut secouer le cocotier dans nos îles

1 juin 2017 | PAR Alain Foulon | N°320

« Il n’y a pas d’innovation sans désobéissance. » J’aime bien cette citation du designer industriel Michel Millot dans l’article de Tatiana Hossein-Zadeh, dans ce numéro de L’Eco austral. La désobéissance, c’est aussi et surtout par rapport au conformisme qui règne dans nos îles qui cultivent de la canne à sucre et des préjugés, comme le disait Malcolm de Chazal pour Maurice. À La Réunion, un gros projet industriel innovant a du plomb dans l’aile parce qu’il gêne certains acteurs économiques, qui ne veulent pas trop partager le FEDER (Fonds européen de développement régional), et des administratifs de la Région plus habitués aux secteurs traditionnels. Si le projet voit le jour – ce qui est de moins en moins sûr – il sera beaucoup moins soutenu financièrement. Ce n’est pas la même chose pour le nouvel abattoir de volailles de Crête d’Or, à Etang-Salé, tellement surdimensionné qu’il s’est révélé être un gouffre financier. Pour stopper l’hémorragie, on a mis la pression sur l’Abattoir Duchemann & Grondin, qui, lui, s’en sort bien, pour qu’il se rapproche de Crête d’Or. On peut craindre une absorption pure et simple. Est-ce cela l’économie de marché ? Mettre en place un monopole du poulet ? Qu’en pensent les consommateurs ? 

LE MANQUE D’AUDACE À LA RÉUNION ET À MAURICE

Mais le premier secteur traditionnel, c’est la filière canne à sucre, tellement sous perfusion qu’on peut se demander si elle ne va pas finir par ne produire rien d’autre que des subventions. Ici encore, il ne faut surtout pas désobéir à la ligne officielle qui fait de la canne à sucre le pilier de l’agriculture réunionnaise. Au point de n’avoir pas anticipé la fin des quotas européens en vigueur depuis le 1er janvier 2017. Dans ce même numéro, un article fait le point sur ce sujet brûlant. 
À Maurice, on ne se montre pas plus audacieux. Le dernier Budget de l’État, qui vient d’être présenté par le Premier ministre, également ministre des Finances, manque singulièrement de souffle et de vision stratégique à long terme alors que le pays se trouve à la croisée des chemins. Le secteur de la finance, notamment, considéré comme un pilier économique, risque pourtant de connaître le même sort que le textile pour d’autres raisons. L’adhésion aux accords internationaux et la révision du traité de non double imposition avec l’Inde obligent le secteur à se réinventer. Pour éviter de figurer sur la liste noire des paradis fiscaux, le pays a dû s’engager à des échanges automatiques d’informations fiscales, à respecter au moins partiellement les standards d’échanges d’informations sur demande et à signer la convention multilatérale (adoptée en novembre et signée en juin à Paris par 68 pays) contre l'évasion fiscale pratiquée par les grands groupes. Comme dans le textile, il faudra donc générer des activités à plus forte valeur ajoutée. Mais encore faut-il avoir les ressources humaines pour cela et l’on peut se demander ce que vont devenir les 13 000 salariés employés par le secteur financier. Les « petites mains » risquent de passer à la trappe. Malheureusement, un secteur comme celui de l’économie de la mer, qui pourrait encore recruter des « petites mains », n’en est qu’à ses balbutiements. À La Réunion comme à Maurice d’ailleurs. 

ON NÉGLIGE L’ÉCONOMIE DE LA MER

Pour décoller, l’économie de la mer aurait besoin d’un véritable partenariat public-privé permettant de réaliser de grands projets comme celui de la climatisation marine (SWAC) qui peut générer des activités annexes dans l’aquaculture, la santé et la cosmétique… Mais il est gourmand en capitaux et exige, dans un premier temps, une contribution publique importante. Le modèle existe déjà à Hawaï où le SWAC génère indirectement quelque 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires. C’est d’ailleurs à Hawaï qu’on vient d’abandonner la culture de la canne à sucre pourtant ancrée dans l’histoire de cet État américain d’Océanie. 
« Il n’y a pas d’innovation sans désobéissance ! ». Il faut donc désobéir en sortant des modèles désuets et secouer le cocotier dans nos îles qui vivent de rentes de situation. Les start-ups sont bien placées pour cela, mais elles manquent de moyens pour mûrir et livrer leurs fruits. La plupart des entreprises de nos îles sont des micro-entreprises, fragiles et ne trouvant pas toujours une stratégie de développement territorial leur permettant d’émerger à l’international. Cette question de stratégie est peut-être plus importante que celle des moyens financiers. 

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